TV. Li Provençalo, p
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Pape 212, SO-AP:5230:
‘tienne. Pâques, c'est déjà la maison ouverte au soleil, le renouveau de la nature, l'inquiétude de l’amour, Noël, c’est la fête de la famille et de l’âme; il n’entre rien de physique en son allégresse. Alors que toute la nature est endormie, l’âme s’éveille et chante, malgré la tristesse des plus courtes journées. Autour de la bûche traditionnelle la famille se resserre, oublie un instant ses soucis ou ses petites querelles, et chante la divine naissance. À Pâques, la joie est facile, elle est l'ivresse du printemps; à Noël, il faut pour se réjouir, que la Foi crée un printemps intérieur; c'est de cet effort mystique que naissent les touchantes coutumes, les repas de famille avec leur cérémonial minutieusement réglé, les « crèches » en carton, les belles chansons que l’on chante autour d'elles, tandis que les petites bougies se consument et que les enfants déjà inclinent leurs bonnes têtes dans le sommeil.
En langue d’oc la floraison des Noëls8i fut constante et constamment gracieuse; c'est un genre qui convient tout à fait aux natures méridionales, la familiarité facile avec la’ divinité, la tendresse faible pour l'enfance, les détails pittoresques et populaires de la visite à la crèche, tout cela s’harmonise très bien avec l'inspiration naïve et malicieuse à la fois des poètes de langue d’oc. En Provence spécialement ce genre fut très aimé :-dans toute la Provence Avignon s'en fit une spécialité, grâce à son Noëlliste du dix-septième siècle, Saboly, et à son continuateur du dix-huitième siècle l’ouvrier Peyrol. Vers ce milieu du dixneuvième siècle où Roumanille commence à écrire, leurs Noëls sont encore populaires. Roumanille ne pouvait manquer à son tour d'écrire des Noëls.
Il en écrit quelques-uns de charmants, d’autres sont trop lit-
81. Nous ne pouvons songer à dresser ici une liste des « Noëls ». Les plus célèbres auteurs de Noëls sont ceux que nous citons plus loin. À ce genre, il faut joindre celui de la pastorale, qui représente sur la scène tous les épisodes de la naissance du Christ. La plus célèbre en Provence au dix-neuvième siècle fut et reste encore la Pastorale de A. Maurel, jouée pour la première fois en 1844, à Marseille, éditée en 1856 (Boy-Marseille) et rééditée en 1898 (Ruat- Marseille). Citons aussi la Pastorale de P. Bellot (Boy-Marseille), 1851. Celle de A.-L. Granier (Marseille, 1853, rééditée en 1886). Celle de l'abbé Moyne (Avignon-Seguin, 1854), enfin « Pastorale sacrée », anonyme (Marseille- Chaultard, 1852) et « Pastorale chantante par A. Guyon »; Aix, 1854. (Renscignements communiqués par M. Auguste Rondel.)
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téraires. C’est un genre qui demande la plus grande spontanéité; c’est le vrai triomphe de la littérature populaire, les Noëls de Saboly, de Peyrol, ceux du pauvre Cassan, le contemporain avignonnais de Roumanille, sont certainement supérieurs aux compositions, un peu apprêtées, du poète des Margarideto. Un signe incontéstable en est que certains Noëls de Saboly®, de Peyrol, de Gassan® sont devenus populaires, et que ceux de Roumanille ne le sont point devenus au même degré.
Ils ne manquent sans doute point de mérite, mais d'une certaine force populaire, comique et sentimentale à la fois, tout à fait nécessaire au genre. D'ailleurs ils sont d'une langue pure et
.douce, d’un accent religieux et sincère, mais justement l'œuvre d'épuration nuit en un tel genre où l'accent populaire est indispensable. Les Noëls de Roumanille ressemblent parfois à ces personnages de « crèche », à certains « santons$i », trop bien faits, trop bien habillés, pour l’humble décor où ils doivent être placés, et qui nous émeuvent moins que telles grossières et sincères figurines où vit en raccourci toute une race rustique et croyante.
Certains pourtant sont gracieux; la rencontre des bergers incrédules et des bergères qui reviennent. de Bethléem, racontant le grand miracle, la prière de l'enfant qui a supplié sa mère de le mener voir cet autre enfant, qui est né dans une crèche, les paysans qui se pressent autour de l'Enfant-Jésus endormi, le départ d’une famille de « ménagers », dépeinté avec un vif réalisme, et c’est peut-être le meilleur de tous ces Noëls, car toutes les fois
82. Dès 1848, Augustin Boudin (1805-1872) fait paraître un petit poème Lou Sounge de Saboly (Avignon, Seguin, in-8°), précédé d’une notice sur Saboly. À la même époque Roumanille, selon le témoignage de Mistral (Mém., p. 119), consulte à la bibliothèque d'Avignon les manuscrits de Saboly, il en fait en 1852, 1856 et 1858 des rééditions successives. À la réédition de 1852 sont ajoutés des Noëls de poètes vivants : Roumanille et ses amis.
83. V. Cassan : Li Nouvé; Avignon. — s. d. V. aussi les autres œuvres de Denis Cassan réunies en 1860 sous le titre : Li Parpello d'Agasso (Avignon, Roumanille), et sur Cassan le livre de P. Aubry : La vie de D.-C. Cassan, poète avignonnais (Avignon, 1884). Cassan à publié encore : Li Cassaneto (Avignon, Maillet, 1880). k
84. On appelle « santons », en Provençal « santoun » (les petits saints), les personnages rustiques qui figurent dans les « crèches » que l'on organise pour
la Noël dans les familles.
que Roumanille reprend pied dans la réalité, il est incomparable. Mais le plus célèbre des Noëls de Roumanille, c'est « la jeune fille aveugle », ce n’est pas peut-être le meilleur, mais ce qu'il a de sentimental suffit à en assurer le succès. C'est une jeune aveugle qui supplie sa mère de la mener à Bethléem; elle ne pourra pas voir l'Enfant divin, mais elle le touchera.…. Et voici la fin : ?
L'avuglo plouri tant, et tant préguè, pécairel À si geinoun,
Tant piei trauquè lou cor que pousquè plus sa maire Dire de noun.
ue pièi dedins lou jas arribè la paureto, Trefouliguè!
De Jèuse su soun cor meteguè la maneto..
E ié- véguèl...85
On voit combien le miracle sert ici la poésie. Roumanille, peut-on dire, a fait des Noëls gracieux, mais il n’a point fait oublier Saboly.
Cet art du récit et du dialogue que Roumanille manifestait dès 1847 dans tel petit poème de son modeste recueil de vers, il allait en user, les années suivantes, pour servir üne cause qui lui était particulièrement chère.
Les années suivantes, ce sont celles de la Révolution de Février, de l'éphémère République, des journées de Juin, du Coup d'Etat, temps de trouble et de confusion, où s’agitent tous les appétits, où s’exaltent toutes les idées, où les esprits bouillonnent terriblement. On n'a pas assez indiqué, combien ce bouillonnement fut utile à la poésie populaire; les intelligences les plus fortes sont en émoi, on discute, on pérore, on chansonne passionné-
85. « L'’aveugle pleura tant, ct pria tant, la pauvre — A ses genoux — Elle perça tant le cœur de sa mère — Qu'elle ne put plus dire non — Quand ensuite dans l’étable, arriva la pauvre petite — Elle tressaillit — De Jésus
sur son cœur elle mit la petite main — Et elle vit. »
ment, et comme la seule langue que le peuple ait alors à sa disposition c’est le provençal, on voit tout ce que le provençal va gagner à cette explosion de sentiments. La meilleure preuve en est dans le succès de Roumanille.
Cela aussi, on ne l’a point assez remarqué; Roumanille à ses débuts, ce n’est point le poète désintéressé, l'artiste en langue provençale, le restaurateur de cette langue, c’est le représentant POPUIAIrE du parti catholique, c'est le Veuillot d'Avignon. Ce n'est pas simple coïncidence : Veuillot après ses polémiques dans les journaux de province, devient en 1843 rédacteur de l'Univers, il en est directeur en 1848; c'est désormais le grand homme du parti catholique; bien que Roumanille ne le nomme point, on peut net que dans sa petite sphère il aspire à jouer le même rôle, et c'est comme tel qu’il est encouragé, soutenu par tout le clergé d'Avignon, qu'il est accueilli par la bourgeoisie et le peuple, que son nom se répand, que, l’ordre rétabli, il sera populaire en même temps qu'officiel, dans la meilleure position pour diriger le mouvement provençal, ayant la faveur de son public en même temps que celle des autorités. Veuillot devait plus tard le saluer en ces termes : « Nous sommes de même souche; donne ta main, frère Roumanille, «cette main qui fait le signe de la croix 87! » à
L'occasion était belle pour un polémiste catholique; la Révolution de Février avait mis en feu toute la France, plus spécialement tout le Midi, et surtout la ville d'Avignon, où les passions
politiques ont toujours sévi furieusement, c'est à Avignon que
fut donné, en 1797, le signal de la Terreur, à Avignon que, vingt-quatre ans plus tard, le maréchal Brune fut assassiné par la populace. Depuis cette époque Blancs et Rouges se sont toujours regardés avec des yeux de haine. Roumanille était Blanc, — nous avons vu combien profonde était sa foi catholique, mais C était un bon catholique, non point un sectaire, un vrai cr oyant, à l'âme douce, poète tendre, — nous l'avons vu; s’il fonce droit sur les
86. Y. Mistral : Mémoires, ch. 1x, et la chanson républicaine en français que Mistral compose à cette occasion.