‹ La renaissance; scènes historiquesChapitre 160 sur 210 · GRADENIGO · texte numérisé non relu

GRADENIGO

Je les verrai avec un plaisir extrême. Le seigneur Aide est un héros d'érudition. Les connaissances accumulées dans cette savante tête suffiraient pour la gloire d'une brigade entière d'hellénistes et de latinisants. A ce propos, je viens de recevoir une lettre du seigneur Navagier.

MALIPIERO,

Est-il toujours à Pordenone chez le vaillant et spirituel seigneur Alviane?

JULES II S7

LUIOT ORADENiao.

Sans doute II me fait le plus grand éloge de la société de gens polis et de grande instruction réunis par notre capitaine général dans cet élégant sanctuaire des Muses.

LEONARDO MOCEMIQO.

Son poème avance-t-il ?

LUIGI GRADENIOO.

Ce beau travail tire à sa an, et le seigneur Navag'ier en a fait la lecture à ses amis, avec toutes sortes d'applaudissements. Mais, illustrissimes seigneurs, je crois que ma gondole est au bas du traghetto, et noi» allons partir. Rendons-nous d'abord chez maître Titien, nous visiterons ensuite le Robusti et les autres.

MOCBNIOO.

A vos ordres, magnifique seigneur, et trop heureux, pour ma part, de consacrer une si belle journée à contempler des chefs-d'œuvre en compagnie d'un connaisseur aussi fin que Votre Excellence illustrissime.

FSRRARE

tTne S3.l\t an palais dans les appartements de la duchesse. Riches tapisseries de Flandres à sujets mythologiques, meubles d'ébène sculptés, tableaux, statues. — Mme Lu- | crèoe Borgia, duchesse de Ferrare ; Lviigi Eembo.

LE BSMBÔ,

Voas êtes inquiète?

MADAME LUCRÈCE, »rmrîaat.

ï*as absolument... n^ais préoccupée. Tentz^. je res^semble assez bien à ce qu'on doit penser de 1 Italie. Quand vous êtes arrivé, je lisais ce manuscrit ouvert id sur mes genoux. Ce sont les premiers chants du poème de Louis Arioste. Cet homme, vraiment sublime, me l'a remis ce matin, je me laissais aller à une admiration enthousiaste. Mais, en même temps, il m.e passait dans l'esprit que les affaires de monseigneiir ne sont pas en aussi bon état que je voudrais les voir; le Pape a voulu l'assassiner dernièrement, et Sa Sainteté ne répond à nos avances que par la menace. Mon mari, je le sais, n'est pas homme à s'intimider. Néanmoins, le souci me tient par instants; car, vous le savez bien, Louis, il s'agit de l'avenir de mes enfants, de l'état de notre maison; cela vaut la peine qu'on y songe; et quand je vois oii en sont réduits les Flor-entins, je me dis que la liberté des princes et des républiques est bien précaire en face du plus ambitieux

des Pontifes. Notre tour de ruine finirait par venir si le ciel n'y mettait ordre. Ainsi, vous le voyez, ami de ma vie, j'ai la tête enivrée de la poésie, la raison tourmentée d'inquiétudes politiques, le cœur soucieux pour mon mari et pour mes enfants, et l'âme..,

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