FLORIMOND ROBERTET
Pas un homme raisonnable ne pense autrement
MARIE GAUDIN
Ni une femme raisonnable non plus.
LE ROI
Foi de gentilhomme ! nous sommes tout aussi bons pour faire sauter les écus de mes peuples que les Borgia, les Rovère ou les Médicis! Mais savez-vous que les Allemands commencent aussi à se fâcher tout rouge contre les collecteurs ponti&caux? Je suis curieux de savoir ce que pense mon frère Charles des remuements de Wittenberg !
M. DE LAUTREC
Des sottises, s'il ne prend pas conseil de Votre Majesté!
LE ROI
Je ne serais nullement fâché de voir l'Eglise ramenée au train modeste recommandé par l'Evangile.
MARIE GAUDIN
Le Pape devrait vous donner les belles choses dont
il n'a, au fond, nul besoin. Vous nous en feriez part n'est-ce pas, Sire?
LE ROI
Foi de gentilhomme! je ne garderais jamais rien pour moi! Tout à vous, ma belle! et à mes amis!
MARIE GAUDIN
Je ne veux que le cœur ! A votre santé, mon maître !
TOUS
yive le Roi! mille et mille années! et davantage!
ROME
Une salle dans le Vatic3.n. — Léon X assis près d'une fenêtre ; le cardinal de Bibbiena, le cardinal Bembo, le cardinal Sadolet. Dans le fond de la salle, près de la porte, le seigneur Charles de Maltitz, gentilhomme saxon, attendant qu'il lui soit dit d'approcher.
Je me mêlerai moi-même de cette affaire de WittenbergfCtje prétends la diriger de façon à mettre fin aux sottises par lesquelles on l'a embrouillée. Ce Lutherus, contre lequel les Franciscains réclament si fort, n'est pas un sot; ce n'est pas un moine illettré, comme la plupart -d'entre eux. Il a de l'esprit, du savoir, de la raison. Il m'a écrit sur le ton le plus convenable, et je le soutiendrai contre les Tetzel, les Eccius, et cette bande de fanatiques ridicules! De telles gens voudraient mettre le feu en Allemagne! Je ne l'entends pas ainsi !
BIBBIENA
Votre Sainteté me semble dans la route de la justice et de l'à-propos.
Soyez-en sûr. Il ne s'agit pas ici d'une question religieuse; c'est bonnement une difficulté de forme. Nos gens s'y sont mal pris pour obtenir l'argent qu'il nous faut, et je donnerai tort à nos gens.
SADOLET
Si les prédécesseurs de Votre Sainteté avaient toujours agi d'après des principes aussi sages, nous n'eussions pas eu à déplorer les funestes histoires de Jean Huss et de Jérôme de Prague.
Et, surtout, celle de Savonarole. Soyez-en sûr, je ne permettrai pas qu'on la recommence. Ce Frère Jérôme, qui, après tout, n'était qu'un énergumène, un ennemi de ma maison, on a réussi à en faire un saint par la sévérité absurde dont on a usé à son égard. Martinus Lutherus n'aura pas de ma main l'honneur du martyre.