‹ La renaissance; scènes historiquesChapitre 53 sur 210 · LE PRJEUR DE CAPOUE · texte numérisé non relu

LE PRJEUR DE CAPOUE

Ce qu'on y reçoit encore mieux, c'est notre argent. D'après vos ordres, seigneur Pierre, j'en ai envoyé à

SAVôNaROLB 113

rornabuoni. Il m'écrit que le nombre de ses pensionnaires augmente. Monseigneur Jean, voulez-vous venir visiter l'atelier du Titien ?

LE CAkDINAi. JÉAJî.

Avec plaisir. Je vous ferai remarquer mes nouvelles livrées pour les gens de nos gondoles.

PIERRE

Allez vous amuser. J'écrirai quelques lettres avec Bibbiena.

FLORENCE

Une arrière-boutique. — Deux marchands attablés.

PREMIER MARCHAND

Mangez encore cette gaufre. Les Piagnoni de Frère Jérôme ne nous voient pas.

SECOND MARCHAND

Vous êtes bien honnête. J'ai l'estomac faible et n'ose rien prendre davantage. Je vous le, répète, l'Angleterre est un pays oti l'on fait bien des profits.

PREMIER MARCHAND

Pour les soieries, il n'y a pas de doute, et encore plus pour les vins. L'année dernière, j'ai envoyé quarante barriques d'assez petite qualité à mon facteur de Londres. Il en a tiré bon parti. J'accorde volontiers crédit aux Anglais.

SECOND MARCHAND

C'est ce que je vous dis; ils sont solides.

PREMIER MARCHAND

Pourtant je préfère les Flamands. Anvers est peuplé de marchands vraiment respectables.

SECOND MARCHAND

Entre nous, est-ce que Frère Jérôme, que d'ailleurs je vénère, je vous prie de le remarquer, ne ferait pas

mieux de nous céder à bon compte tant de belles choses qu'il fait détruire? Ces bons Flamands nous les achèteraient.

PREMIER MARCHAND

C'est mon avis. Le digne Frère est intraitable sur ce point. D'ailleurs, on ne peut lui parler aussi librement qu'autrefois. Il s'emporte au premier mot et vous dit des injures.

SECOND MARCHAND

Il faut avouer que les pécheurs incorrigibles lui causent des chagrins.

PREMIER MARCHAND

Ne m'en parlez pas! Je ne sais comment il y résiste. N'importe, il eût mieux agi en conservant cette belle tapisserie à fleurs d'or ! On nous l'eût achetée et payée en monnaie sonnante. Le prophète prêche ce soir à Saint-Nicolas. N'y venez- vous point?

SECOND MARCHAND

Que dites- vous .<* Je m'en fais un devoir sacré et ne voudrais pour rien au monde être accusé de tiédeur; car, entre nous, j'ai ici d'assez belles choses et ne tiens pas à attirer l'attention.

PREMIER MARCHAND

Précisément comme moi, voisin. Dans ces temps difficiles, il faut être prudent. Allons ! mettons-nous en route. L'église sera pleine. Prenez- vous un cierge

SECOND MARCHAND

Je n'y manque jamais, cela donne bon air. Voyez! c'est un vrai mât de navire!

Il6 LA RENAISSANCE

PREMIER MARCHAND

Moi de même^ je rivalise avec vous.

Ils rient et sortent.

La. cellule de Frère Jérôme. Il est étendu sur sa couchette, se couvrant les yeux de ses bras croisés. Assis sur des escabeaux, Frère Sylvestre Maruffi, Frère Domenico Buonviciai.

FRÈRE JÉRÔME

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?

FRÈRE SYLVESTRE

C'est vous, maître, qui vous abandôniiez; noiis rie cessons de vous le dire.

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