LE NOTAIRE
Allons! nous en finirons aujourd'hui ou demain? Quel est ce gentilhomme qui vous a donné de l'eau bénite?
LA FEMME
Je ne sais pas; je ne l'ai vu de ma via
DES ESTAFIERS, repoussant la foule en grande h&ta»
Place! place! place à madame la duchesse!
Tout l« monde Rnrt âf. •'ée'-'o; le jea des orgue* continna.
ROME
La Vigne du cardinal Corneto. — Une salle donnant sxtr les jardins, par de grandes fenêtres garnies de pampres. — Le pape Alexandre VI ; don César Borgia.
C'est vrai ! bien que le soleil soit tombé, la chaleur est encore accablante. Jamais, pourtant, je ne me suis senti plus de force. La grandeur de vos projets, l'audace de vos résolutions élèvent ma volonté. Tout se dispose suivant nos vues. Nous touchons à un moment capital, et non seulement pour vous, don César, pour moi, mais pour l'Italie entière. Notre triomphe sera le sien; car c'est un pauvre politique celui dont le succès ne sert qu'à lui seul, et l'agencement de ce monde est tel que lorsque le sage voit réussir ses desseins, les multitude inertes des petits en profitent. C'est là ce qui justifie la nécessité des moyens. Nous allons frapper un coup hardi. Je ne me le dissimule pas. Vous le sentez aussi bien que moi. Demain, à son réveil, Rome apprendra les noms des cardinaux qui, cette nuit, vont succomber. Je le répète, c'est un coup hardi; il est nécessaire. Il faut terrifier nos ennemis, et, par une large incamération des biens que les défunts cardinaux vont nous laisser vacants, pourvoir aux impérieux besoins de votre entreprise de Toscane. Avec ce point gagné, nous pourrons à jamais nous passer des secours de la France.
DON CÉSAR
Nous n'aurons plus souci de personne. Le navire de nos espérances, animé par son propre mouvement, marchera même si aucun vent ne le pousse. Pour moi, je défi-e la Fortune de briser la chaîne dont je lui ai lié les bras.
LE PAPK.
Nos convives vont arriver... je les entends, je pense... Hein! don César, qui d'entre eux se doute qu'il ne sortira pas vivant de cette salle?... Mais je m'aperçois que je n'ai pas... Non! je ne l'ai pas!... C'est singulier!... Comment ai-je pu oublier cela?
DON CÉSAR
Qu'avez- vous oublié?
LE PAPS.
Peu importe!... Mais il ne faut pas que je reste sans l'avoir... Appelez Caraffa!
DON CÉSAR
Le voici dans l'antichambre... Entrez, CarafFa; le Saint-Père veut vous parler.
LK PAPE
CarafFa, retourne vite au Vatican... Entre dans ma chambre... Cherche, apporte-moi cette petite boîte d'or qui contient. . . tu sais ?
CARAFFA
Une hostie consacrée?
LE PAPK.
Cest cela même. Val
CÉSAR BORGIA iig
CARAFrA.
Comment! vous ne l'avez pas sur vous?
LE PAPK.
Que veux- tu? C'est une sottise; je l'ai oubliée, figure-toi !
CARAFFA
Comment peut-on négliger ainsi ce qui met à l^ahri de tout péril ?
LE PAPE
Tu as bien raison... Va me chercher ma boîte, ne perds pas une minute, entends-tu? Je ne serai pas tranquille que je n'aie ma boîte dans ma poche.
CARAFFA
Je covursl
n tort.
LE PAPB.
Avez-vous pris vos précautions, don César, pour que les choses s'exécutent à coup sûr ?
DON CÉSAR
Il y a six flacons de vin d'Espagne. Votre sommelier Matthias y a mis la cantarelle sous mes yeux, et je lui ai recommandé de n'administrer ce mélange qu'à ceux que je lui désignerai. Matthias est un homme de confiance.
LX PAPm.
Sans doute. En tous cas, je wo^s le dis encore, prenez bien vos précautions
DOK CÉSAR, «ouriaot.
N*ayez aucune crainte:
LS PAPE
f'aime votre esprit résolu... Mais qu'il fait chaud! Holà î quelqu'un !
tTN DOMESTiaUS.
Très Saint-Père!
LE PAPE
Dites à Matthias de nous apporter du vin; je meurs de soif.
DON CÉSAR
Je boirai aussi volontiers, et, ensuite, nous ferons un tour sous les ombrages du jardin en attendant nos convives.
Butieut deux vaieU portant »ur an plateau deux coupes et un flacon 06 tria. LK PAPE.
Pourquoi Matthias ne vient-il pas lui-même quand ! je le commande?