SCENE V
ap
TULLIA
N'appelle pas ainsi mon amour d'aujourd'hui!
FABIEN
Que sais-tu de l'amour r^ Ne parle pas de lui!
TUXLIA.
Qu'il a soif de croyance!
FABIEN
Et faim d'hypocrisie!
A part.
O misérable orgueil! Qu'es-tu donc, jalousiei^
TULLIA
Je sais qu'il peut grandir sous des regards ingrats !
FABIEN, à part.
Oh ! pouvoir lui rouvrir éperdûment mes bras !
TULLIA
Je sais qu'il met en moi l'ardeur dont toi tu brûles!
FABIEN
Tu sais qu'il meurt aussi sous des lèvres crédules Et boit au souvenir comme on boit au Léthé! Mais s'il renaît en vous de sa duplicité.
Crois-tu qu'il ne soïz fait pour nous que de bassesse i^ Non ; de sa propre gloire il s'enivre sans cesse ; Et quand sa propre honte a fait son piédestal, Il ne redescend plus à son tréteau natal ! Et, tout éclaboussé de sa cendre avilie, L'amour peut pardonner, mais jamais il n'oublie!
TULLIA, après un court silence.
O Fabien! je comprends à présent ton orgueil!
Et, fière aussi, j'irai, muette, sous le deuil
D'un bonheur dont Tamour est le gardien farouche
Et qui nous entre au cœur en nous fermant la bouche î
Lui-même il nous sépare, ayant en moi versé
Même frisson hautain, même horreur du passé,
Elargissant en moi ta blessure profonde.
Mais en laissant en toi mon âme, morte au monde! ■
Elle se dirige vers la droite pour sortir.
FABIEN, suppliant, les bras vers elle.
O TulHa! pardonne à ton tour : j'étais fou!
TULLIA, après un moment d'hésitation, revenant vers lui.
Eh bien, jette-moi donc tes deux bras à mon cou !
Fabien veut s'élancer vers elle, mais il s'arrête, et ses bras ouverts retombent comme malgré lui.