SCENE V
TULLIA
Va! nous nous aimerons d'un amour jamais las!
FABIEN
Nous aimer!
11 se recule. — A part.
Insensés! Entre nous deux, hélas!
Se dresse un souvenir que vainement je raille! Entre nous deux je sens s'épaissir la muraille Où debout sur l'oubli l'orgueil veillait, gardien Des glaces de son cœur et des brasiers du mien! Elans tardifs! Derrière un rempart tutélaire, Lâches élans! dormez! Sans plainte et sans colère, Redresse-toi sur eux, fierté dont je m'armais! Rien ne peut plus renaître entre nous désormais!
Se rapprochant de TuUia, qui l'a suivi des yeux avec angoisse, et qui va à lui.
Ainsi donc, vous croyez, lorsqu'un vain souffle emporte De notre cœur un jour la rose à moitié morte, Que rouge et chaque jour encor s'élargissant, Elle y peut refleurir sur sa racine en sang? Vous croyez qu'un éclair en s'éteignant dans l'âme Peut y faire surgir un paradis en flamme.^ Vous croyez qu'un refrain arrêté brusquement Peut nous suivre la nuit comme un rugissement
Qui dans un. noir ravin rebondie d'angle en angle? Qu'on peut faire un vautour d'un oiseau qu'on étrangle? Et d'un caprice un soir pour un autre oublié, Un amour immortel, ardent, fier et souillé? Dites, le croyez-vous?
Oh! Fabien!
FABIEN^ avec emportement.
Alors, dites Lequel sait plus aimer ses souffrances maudites, Des deux tyrans qu'on nomme orgueil et lâcheté? Dis-le, toi, femme, amour, perfidie et beauté?
TULLIA, suppliante.
Grâce pour ton supplice, ô Fabien ! je t'adore ! Et Toccident de pourpre est l'envers d'une aurore Immense! Crois en moi, Fabien! et pour toujours!
FABIEN, amer.
Oui, tu sais oublier, toi, femme ! Toi, tu cours Sans qu'un baiser te laisse à toi sa cicatrice,
nouveau caprice