‹ La rencontreChapitre 5 sur 13 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

TULLI A.

Une femme, une amie, écaic là, ce me sembler^ Je la cherche...

FABIEN

Excusez, madame, je n'ai vu Personne ici.

TULLI A.

Pourtant, tout à l'heure j'ai cru Vous entendre appeler par quelqu'un ici-même.

Avec intention.

Pendant que nous causions avec franchise extrême. Et je croyais...

FABIEN

J'arrive.

TULLIA

Et de notre entretien,-^ ..

FABIEN

Je n'ai, rassurez-vous, madame, entendu rien!

TULLIA, à part.

Si grande insouciance est-elle fausse ou vraie?

— Et qui vous dit, monsieur, que si fort je m' effraie J^ Si ce que nous disions vous est resté secret...

FABIEN

Sur l'honneur!

TULLIA

Je rapprends peut-être avec regret !

Vous m'eussiez crue alors, sans peine, j'en suis sûre.

FABIEN, à part.

O serpent! qui veut voir le trou de sa morsure!

— Vos secrets sont à vous, madame, gardez-les!

TULLIA

Ah! si c'était de vous pourtant que je parlais?

FABIEN

De moi? madame; en vain je cherche, et ma surprise Est égale à l'honneur dont on me favorise !

A part.

Orgueil ! plastron menteur, doublé d'horribles clous ! Mais je mourrais, mordant le fer comme les loups. Plutôt que d'avouer ce qu'en moi je surmonte Et nourris chaque jour de torture et de honte! O sirène!

SCElNE V. is

TULLIA, les yeux baissés.

J'avais grand tore, assurément, S'il faut croire sincère un tel étonnement^

FABIEK.

Je n'ai sujet aucun d'avoir recours au masque!

TULLIA, le regardant.

Non, car à votre front l'orgueil luit comme un casque!

FABIEN

Je n'ai rien à défendre!

TULLIA, doucement, après un silence.

Et moi, rien, n'est-ce pas, A regagner d'un cœur si tranquille aux combats? La première je fus d'un peu d'oubli coupable ; Mais de tout souvenir êtes-vous incapable? Et vous estimez-vous, en vous-même, si peu. Pour que vous puissiez croire à mon complet adieu ? Souvent le repentir de bien près suit la faute, Et fait au fond de nous une place plus haute A l'absent, dont l'image où palpite une voix

Sur le rêve trahi flotte comme un pavois ! L'amant qu'on a quitté, c'est celui que l'on pleure Le plus, peut-être ! Ici^ disais-je tout à l'heure !

FABIEN

J'aurais lieu d'en avoir vraiment quelque fierté!

TULLIA

Ainsi, je vois par vous mon regret insulté?

Ah! que saurions-nous donc absoudre, si la bouche

Qui fait un tel aveu n'a plus rien qui nous touche î^

Et qu' avions-nous aimé jadis, si nous gardons

Au cœur plein de remords notre cœur sans pardons }

FABIEN

Mon incrédulité peut-elle être une offense? Mais j'ai bien quelque droit de m'étonner, je pense, D'on ne sait quel regret qui depuis six grands mois S'éveille étrangement, pour la première fois.

Silence.

TULLIA, douloureusement.

Ah! l'abîme est profDnd qui toujours nous sépare! Homme ou femme, ici-bas, chacurt garde en avare

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