SCENE V
Ce qu'il fut, ce passé, qu'un hasard vous rappelle ,
Au peu qu'il en coûta pour briser autrefois
Ses chaînes, vous avez mesuré tout son poids !
Avons-nous cru jamais à nos propres paroles?"
Aux encensoirs anciens d'immuables idoles r^
Aux pas toujours unis dans les mêmes chemins?
Aux magiques rameaux toujours verts dans les mains?
Aux éclairs éternels? aux urnes jamais vides?
Non ! qui crut aux serments seul peut croire aux perfides?
Ce souvenir, madame, est affreusement loin!
J'ai beau fouiller au fond dii plus obscur recoin
De mon âme, vraiment, je n'ai pas de rancune!
Je suis sans plainte, étant sans jalousie aucune !
Le beau rêve perdu! Vous en vouloir! Pourquoi?
Quitté? Le grand malheur! mais n'est-ce pas la loi?
Non! madame, cela n'a rien qui m'assombrisse!
C'est fhistoire ordinaire, et c'était le caprice
Qui se raillait lui-même en se sentant banal.
Qu'un bal avait fait naître, et qui meurt dans un bal!
Pour cela qu'avant moi se lasse une maîtresse,
Moi, sentir ma pensée ou mon âme en détresse?
Non! c'est la vieille histoire et le vieux dénoûment,
Vieux, autant que les mots si doux et le serment
Qui dans tous les baisers voltigent sur les fièvres,
Vieux, comme les aveux, les regards et les lèvres, Vieux, autant que l'amour, ce mensonge! aussi vieux Que l'éternel ennui qui nous tombe des cieuxî
TULLIA, à part.
Il raille; et cependant il parle sous Pécreinte D'un mal profond!
FABIEN
INon, non. Riez! Je suis sans crainte, Quand vous me révélez vos regrets et vos pleurs! D'où viendraient vos remords ? d'où naîtraient mes douleurs? De quel rêve trahi me parlez-vous? Quel crime A donc soudain creusé sous ma vie un abîme, Et réclame si tard son pardon?
TULLIA
Et d'où vient L'amertume qu'en vain votre fierté contient? Je ne la sens que trop saigner, votre blessure!
FABIEN, se redressant.
Je ne suis nullement blessé, je vous assure!
Il n'est point d'amertume en ce que je vous dis!