‹ La rencontreChapitre 8 sur 13 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Nous avons échangé bien des sermencs jadis,

Mais de ceux que chacun en soi-même renie !

Ce fuc l'amour tranquille en sa double ironie,

L'aventure ordinaire au terme si prévu,

L'union où chacun s'estime heureux, pourvu

Qu'il sente son cœur libre et fragile sa chaîne.

Et rêve sans pâlir la rupture prochaine!

On ne rompt même pas ce lien passager;

On le laisse tomber un jour, sans y songer;

Et l'amour de la femme aisément se rattache

A plus menteuse voix, à plus fme moustache!

Sitôt l'ennui venu, vient le nouvel amant!

Que vous reprocherais-je? Avez-vous seulement,

Par un remords vulgaire, essayé d'un mensonge?

Pas même une heure ! Et moi j'en souris quand j'y songe.

Car celui-là mérite à mon sens le mépris,

Qui d'un espoir brisé ramasse les débris!

TULLIA

Amèrement aussi ce soir je vous écoute! Et je sais mesurer à l'effort qu'il en coûte Pour nier aujourd'hui sa richesse, un passé Trop méconnu de moi, faussement méprisé Par vous !

FABIEN

C'esc me montrer une foi légitime Dans le haut prix auquel une femme s'escime! Et je vous félicite, en toute humilité, Pour votre clairvoyance, ou votre vanité.

TULLI A.

Vanité bien étrange alors, qui tout entière Vient s'offrir elle-même à l'ironie altiére!

FABIEN

Comme une amorce, où luit clairement Thameçon!

TULLIA

Non, Fabien! comme un gage et comme une rançon!

FABIEN

Gage? De quel espoir, > Rançon? De quel reproche?

TULLIA

Est-ce donc à plaisir qu'un cœur se fait de roche?

FABIEN

Est-ce donc sans raison qu'un cœur froid reprend feu?

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