CONCLUSION
Le développement de la production agricole a toujours été, dans ce pays, une question importante pour les esprits éclairés, puisqu'elle représente la forme principale de notre expansion nationale. Depuis le commencement de la crise économique actuelle, laquelle, observons-le bien, a précédé la guerre, de même qu’elle la suivra, son importance a doublé. Et maintenant que les peuples sont engagés dans cette lutte d'endurance, où l’épuisement des ressources économiques jouera probablement un rôle décisif, cette importance devient prédominante, capitale.
La ligne de conduite à suivre apparaît clairement, tant au point de vue des affaires que du patriotisme. Vingt millions d’hommes, venant pour la plupart des districts ruraux, ont été mobilisés en Europe. Même dans les pays neutres, un grand nombre ont abandonné la culture pour aller rejoindre leurs régiments. Tout indique qu'ils ne seront libérés à temps pour effectuer les prochaines semences. De là un déficit énorme dans la récolte à venir. La production agricole va se trouver désorganisée pour long-
(1) Gaston de Montigny, dans son “Etoffe du Pays”, prétend que Lafontaine est toujours moderne, parce que... l'esprit ne vieillit pas !
temps peut-être ; et il faudra satisfaire d'immenses besoins en denrées alimentaires de toutes sortes, animaux et végétaux. Comme l’observe justement un journal d’agriculture, “c’est le moment favorable pour nos cultivateurs de déve- “lopper leurs ressources, d'améliorer leurs cultures pour “leur faire produire plus de récoltes ; d’augmenter leurs bes- “tiaux , bétail laitier, bétail de boucherie ete. Tout le “monde debout... et à l’oeuvre !” C’est bien le mot d’ordre qui convient, mais n'oublions pas que toutes les classes sont intéressées au mouvement.
Est-il besoin, messieurs, d'ajouter à tout cela ln note patriotique touchant les intérêts spéciaux des Canadiens- Français dans la Confédération? Le moment est propice aux inventaires et examens de conscience ; et l’on emploirait utilement à ce travail salutaire une partie des loisirs qu'impose à plusieurs d’entre nous la crise impitoyable qui s’étend, de proche en proche, à tout le monde.
Loin de moi l’idée de récriminer, ni d'adresser des reproches à personne; mais ne vous semble-t-il pas, messieurs, que le souci de peupler l'immense solitude qu'est encore notre province comparée à d’autres pays, n’affecte pas assez ceux que cela concerne, c’est-à-dire tout le monde? (1) J’ai vaguement entendu raconter, à l’école de mon village, que les premiers défricheurs en ce pays, tels Louis Hébert et ses compagnons venus d’outre-Atlantique, inaugurèrent leur oeuvre civilisatrice dès le commencement dul?e siècle. S'ils revenaient après trois cents ans, seraient-ils flattés vraiment de voir qu’un dixième, au plus, de la tâche entreprise est accompli, quoique leurs successeurs n’aient à combattre, au cours de leurs défrichements, ni les iroquois féroces, ni les mille obstacl.s inévitables au début de toute colonie ?
À de rares exceptions près, l'on considère l’établissement de nos immenses domaines comme une oeuvre de seconde ou de troisième importance, alors qu'elle est, en réalité, de toute première grandeur. Le tiers de notre population est contenu dans notre bonne ville de Montréal, qui, pour l’heure, n’en saurait être félicitée. Durant la dernière décade
(1) Nous n'avons pas 6 habitants par mille carré, ce qui équivaut à la moitié d’une famille canadienne ordinaire, mais exactement 5.69. La Belgique en possède 381 par mille. Evidemment les extrêmes se touchent,... 1--squ'on fait cercle!
recensée, la population urbaine au Canada s’est accrue de 62 pour cent, tandis que celle des campagnes n’atteignait que 17 pour cent. Aujourd’hui, la classe rurale dépasse à peine en nombre 50 pour cent de la population totale, tandis qu’elle en formait autrefois les sept-huitièmes. Nos “habitants” des campagnes en train de disparaitre, mais c'esc un comble ! Et pourtant... ils s’en vont !
Voilà dans quelle position languit notre agriculture, que tous nos hommes publics appellent emphatiquement, dans leurs discours de “husting,” la principale force, la base d'appui la plus sûre de notre organisation sociale...
D’un autre côté, notre quote-part de la dette fédérale, nos redevances et obligations provinciales, municipales, de fabriques, de sociétés, de compagnies etc., atteignent un volume imposant pour un pays neuf. Nous nous reposons, pour l’avenir, sur la richesse de nos ressources, que les prospectus de tous genres assurent être inépuisables. A quoi bon, si on ne les exploite pas ?
Que de fois j’ai entendu dire par des européens observateurs qu’ici les gens ne cultivent pas la terre, mais se contentent de la gratter un peu, s’en remettant, pour le reste, à la fécondité naturelle du sol et à (1)... la Providence!
Assurément, messieurs, le pessimisme ne mène à rien de bon. Mais n’est-il pas temps de réfléchir un peu sur notre situation présente ct de vérifier si la race canadienne ne Passe pas maintenant par une crise sérieuse: si elle n'est pas menacée de perdre pied tout à fait pour s'être éloignée imprudemment de sa base naturelle, qui est la possession, l'exploitation du sol ?
En face d’un problème aussi grave, j'ai confiance que la Chambre de Commerce du District de Montréal “fera quelque chose,” pour employer une expression à la mode. J’espère qu’elle étendra la belle initiative, dont elle a fait preuve dès le début de la crise économique et financière, de manière à protéger ct promouvoir les intérêts des Canadiens d’abord, puis de tous leurs alliés que nous confondons, pour l’heure, dans un même sentiment d’ardente sympathie et de profonde admiration.
RE mg DR
(1) Nous ne dépensons Pas, en moyenne, 3 livres d'engrais chimique par acre, — exactement 2.68 livres, — ce qui démontre quel genre de culture nous pratiquons sur si peu de terre occupée. Quelle statistique significative !
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Notre pays æ fait en 1913, à’ Gouvernement fédéral, les importa tances alimentaires, produits de la
Articles
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Quantités Valeur 2,433,405 $ 276,568.
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RE PRET ET ere 7e 19,924 2,569,826.
PROUION- 229,771 627,677.
Autres animaux PETITE 170,969.
Bacon et jambon .. .. .. Ibs 13,554,394 1,946,278. Boeuf salé .. ., 1,018,857 69,057.
Mouton et agneau, ‘frais | "3 " 5,649,118 548,770. Porc .. .. OR TT 10,204,676 1,026,277.
Autres viandes + * 4,778,216 830,301.
Conserves: viandes, volaille, gibier .. te et “ : 2,226,484 398,174.
Extraits de viandes res 327,173.
Lait condensé .. .. .. .. : 261,555 21,171.
NE in LS “ 7,989,269 2,081,989.
FPOMASS .,",; .. : . ” 1,495,758 802,158.
Volailles .. . SN Tree Le 27,118 45,026.
pd et à gibier Se ie de 402,634.
Oeufs ++ + +. OZ. 13,240,111 2,783,665.
Plume Se ee nt NES 190,389.
Miel . ce + 66 (IS 652,817 66,871.
Cire d'abeilles = SE 116,173 36,255.
Os, entiers ou pulrérisés .. qix. 99,271 150,009. Soies de porc .. .. .. dbs 252,418 223,263.
Poil de cheval | ET Re ss 1,104,167 282,927.
Graisses .. .. Y 16,118,878 1,007,404.
Graisses et composés | Le " 13,853,408 1,520,450. Cuirs et peaux, bruts .. .. ss 64,856,440 13,305,471. Huiles animales .. .. .. gal. 117,653 64,840. Boyaux pour saucisses . .. 162,474. | Laines .. és 9,209,170 2,068,028. | Laine et articles en— Dee 80,557,107. | Bougies .. .. is. où Fe 820,751 98,705.
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