LA QUESTION
La vraie, la seule question sociale est la question agraire, la question du sol: toutes les autres dépendent de celle-là.
Un économiste Monsieur le Président, Messieurs.
Au début de la guerre actuelle, Son Excellence le duc de Connaught déclarait à Toronto que “ces époques trou- “bles et critiques par lesquelles passent les peuples offrent, “par ailleurs, de superbes occasions d'initiatives utiles et de ‘développements avantageux; qu'elles font découvrir des “possibilités étonnantes de promouvoir le bien général et “particulier.”
Devançant en cela les hommes d’affaires de la vieille Angleterre, dont le motto est “Business as usual, that is “patriotism,” notre gouverner faisait appel à l'attention, à l'esprit d’entreprise et à l'action des Canadiens pour la raison qu'en temps de guerre, le pays, qui a l’avantage de poursuivre l’exploitation de ses terres et de ses industries, n’a qu'à le vouloir pour accroître indéfiniment le volume de ses exportations et donc de sa richesse. Quelle carrière magnifique est ouverte à notre jeune patrie, dont les ressources naturelles pourraient être développées pour ainsi dire à l'infini!
De même, en temps de guerre, certaines vérités économiques sont plus faciles à saisir, comme par exemple la nécessité d’augmenter la production alimentaire, quand la
(1) Le Canada produit par acre moins que tout autre pays, excepté la Sibérie russe. Cette année la production est moindre que jamais, — Les statistiques.
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famine est à nos portes; e trouver de l'emploi aux “san
t'encore le besoin pressant de
s-travail,” lorsque, par milliers,
ils menacent de troubler l’oxdre social en violant la propriété.
Et puis, les passions politiques font trève en face du danger; les volontés, stimulées par l'instinct de la conservation, savent mieux s’unir vers un objectif commun ; bref le temps est propice à une action féconde et durable. Or Pour obtenir des résultats sérieux, il faut un programme et une organisation quelconques répondant aux exigences créées par l’état de guerre et propres à nous faire tirer, aujourd’hui comme à l’avenir, le meilleur parti possible de la situation.
Quand on songe à la destruction formidal 'e de vies, de
richesses diverses, d'oeuvres incomparables édifiées au cours de longs siècles, par laquelle va se solder la lutte actuelle, lesprit reste confondu et porté au découragement. Cependant, l'expérience de tous les temps l’a démontré, il reste une ressource immense, qui, seule, a pu soutenir et relever nos premiers parents tombés en disgrâce; une ressource créatrice, capable de restaurer à peu près toutes choses, c'est le recours à Pexploitation du sol, à la culture de la terre, cette grande nourricière du genre humain. Si la guerre signifiait Pour nous “loccasion” de rétablir l’équilibre entre la production et la consommation, elle ne serait pas, après tout, un aussi grand malheur.
Vous ne trouverez donc pas étrange, messieurs, qu'en une période aussi critique, j'aborde un tel sujet, que j'étudie avec vous la question de l’accroissement de la production agricole par la culture intense ; et cela dans le triple but d’abord de fortifier d’une façon générale la position des J l e du domaine agraire; secondement de faciliter la participation de notre pays à l’oeuvre du jour, qui est le ravitaillement des troupes alliées (1) ; et
—Vauban.
rt de la guerre n’est rien Sans l’art de subsister”.
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“enfin comme moyen d'élargir et de multiplier, sous une forme acceptable, l'hospitalité que tous nous sommes anxieux d'offrir aux victimes héroïques de la guerre. Inutile d'insister sur la noblesse de ces motifs: elle est de toute
évidence.
Que s’il était besoin d’une autre justification pour traiter devant cette Chambre un sujet d'économie sociale, j'ajouterais, M. le Président, que, non-seulement vous m’en avez fait l'invitation, mais que vous-même avez mis la question à l’ordre du jour, en janvier dernier, dans votre discours d’inauguration, où se trouve le bilan de la situation économique de notre pays, de notre province et de notre ville, en même temps qu’un éloquent appel en faveur d’un développement agricole urgent, comme moyen d’abaisser le coût excessif de la vie.
D'autre part, je tiens à observer que c’est en qualité de membre de cette Chambre, titre dont je m’honore, que je lui soumets ces quelques notes, et non pas comme représentant d'intérêts étrangers de quelque nature que ce soit. A ce propos, il me revient un souvenir précieux de ma réception comme membre de la Chambre de Commerce du District de Montréal. Rencontrant un jour dans la rue cet homme bon et dévoué, qu’on appelait “Joson Perrault,” comme on aurait dit, tout court, Cartier ou Laurier, il me demanda à brûle-pourpoint : “Pourquoi ne feriez-vous pas partie de notre Chambre de Commerce ?”—“Mais, lui dis-je, je” ne suis point dans le commerce!” — “Ça ne fait rien, tépondit-il ; il faut encourager une oeuvre canadienne”. — “Eh! bien, répliquai-je, si ce n’est pas plus difficle que cela, j’accepte; un tel motif en vaut bien un autre” A la séance de la semaine suivante, il se faisait mon parrain et j'étais admis membre.
Mais il me falkit peu de temps pour comprendre que “Vobligé,” dans cette affaire, n’était pas la Chambre de
si
vraiment importantes soumises à sa considération et des sujets aussi intéressants que variés traités par des spécialistes compétents. Enfin que cette institution, réellement “canadienne” de caractère, était une véritable tribune, dont les orateurs avaient l'oreille d’un public sérieux. Quelle était capable, par l'autorité de son journal et de ses membres, de propager des Principes sains, aussi bien que de défendre des causes utiles et justes. Bref, que son rôle était bienfaisant et de nature à rendre d’inappréciables services à la société.
N'étant ni marchanc, ni même homme d’affaires, mais un simple profane Parmi vous, je me crois excusable de tenir ici de tels Propos, n’auraient-ils d’autre excuse que celle d’être véridiques et absolument sincères. En tout cas, je demande pardon Pour cette digression et je- m’empresse d’entrer en matière.
Le développement agricole de notre Pays par la vulgarisation de la culture intense et la pratique des industries
s’efforce de jeter le plus de lumière possible sur un sujet qui touche par tant de côtés à notre vie sociale et l’affecte d’une manière aussi vive, aussi profonde. J’en profiterai
ET
bison
pour abréger mes propres observations, me bornant à exposer brièvement ce qu’on entend par culture intensive et à
indiquer les moyens de la vulgariser parmi nous.