‹ La rénovation agricole [microforme]Chapitre 6 sur 15 · EXODE RURAL ET SES RAISONS · texte numérisé non relu

EXODE RURAL ET SES RAISONS

Démontrer que, parallèlement à la congestion des villes, il existe un cxode rural accentué est la plus simple des choses. Le recensement du Canada pour la décade 1901- 1911 établit d’une manière officielle le fait dans vingt-six comtés de la province de Québec, dont quelques-uns, durant la dernière génération, ont vu diminuer de cinquante pour cent le nombre de leurs “habitants”.

Le mal existe donc, et à l’état d’épidémie, ce qui aggrave sérieusement la situation. Etant connu, comment y remédier ?

Diverses causes sont attribuées à l'abandon de la terre que l'on a fini par considérer comme inévitable, thèse par

que des citoyens, au fond bien intentionnés, ont fini par croire et proclamer qu’il est inutile d'ouvrir des terres nouvelles à Ja colonisation, lorsque tant d'anciennes sont délaissées tous les jours. Quand même il n’y aurait pas de moyen connu d’enrayer, où simplement de mitiger cette désertion des Campagnes, il appartient aux hommes publics d’en trouver, Ils doivent y travailler avec courage et Persévérance. La science ne s’est Pas lassée, par exemple, de chercher un remède à “la peste blanche”, (tuberculose) ; et, quoiqu’elle n’en aît pas encore découvert la cure radicale, elle ne réussit pas moins, en attendant, à atténuer les ravages du terrible fléau.

Mais, de fait, il existe chez nous des Moyens de combattre

la classe dirigeante de Jes étudier et de les appliquer Je Plus tôt possible. Il n'est pas admissible qu’une terre jeune et féconde, comme celle de notre Province, puisse être condamnée à “mourir” de la façon décrite par René

moyen de remettre les choses en l’état, spécialement au point de vue du coût de la vie. Tout en réfutant victorieusement les prétentions du “Bulletin de la Commission de Conservation”, il donnait Ja synthèse du Programme et des méthodes à suivre pour atteindre le but cherché. Je ne aurais mieux faire que d’y référer Jes membres de cette Chambre en émettant le voeu que M. Lorrain Poursuive, au

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profit du public, ses études d'économie sociale.

L’argument favori, je dirais fatidique, de ceux qui proclament l’inutilté des efforts tendant à garder à la terre les gens de chez nous se résume à prétendre que les causes de leur exode sont d’ordre moral ; que, les Canadiens aimant le plaisir, le luxe et la vie facile. les villes, qui vifrent tout cela, exercent sur eux une fascination irrésistible. Je l’admets dans une certaine mesure. Mais que répondraient les tenants de cette opinion, si on leur démontrait qu'en réalité une bonne partie des déracinés prend une tout autre direction que celle des villes ? Qu'on les retrouve, par exemple, conservant leur état de cultivateurs, dans d’autres paroisses du Québec, dans les régions de colonisation, dans la province d’Ontario et celles de l’Ouest, et jusque dans les plaines éloignées de la république voisine. Devant un pareil fait, dont personne ne peut nier l'exactitude, que devient la théorie de l'attrait des villes ?

Il y a donc d’autres causes, qui sont plutôt d’ordre économique.

Ayant, depuis longtemps, l’avantage de vivre dans un ancien district affecté du mal de la dépopulation, je me suis étonné d’abord qu’un tel phénomène eût lieu chez une classe d'agriculteurs relativement aisée et en possession de fermes assez fertiles. Suivant la méthode recommandée par Le Plaÿ, j'ai entrepris une enquête locale, qui m'a d’abord révélé le fait cité plus haut et découvert ensuite les raisons profondes de la désertion de nos plus vieilles campagnes. Cette étude se résume dans la proposition suivante: l’intérêt étant le grand mobile de la conduite des hommes, et les cultivateurs se rendant compte que leur occupation, telle que pratiquée, devient une carrière inférieure, ils s’efforcent naturellement d’en trouver une plus avantageuse.

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Le mode d’expioitation suivi d'ordinaire à Ja campagne est défectueux. En tenant Compte du capital investi ane fermv, des dépenses pour les instrum du salaire que doit représenter le travail de chacun, le fermier constate que ce salaire n’atteint pas celui qu'offre la grande industrie dans les villes. En un mot, le résultat ne répondant pas à l’importance de l'effort et à la somme

des besoins à satisfaire, le départ devient une nécassité économique.

sur ents aratoires et

Les ouvriers des champs se divisent en trois catégories principales: 10 les métayers, ou “habitants” de chez nous, qui sont les Propriétaires fonciers : 20 Jes aides-fermiers, ou employés de ferme, généralement “engagés” à l’année; 30 les journaliers, employés temporaires ou d’occasion, utilisés AUX travaux variés de la culture. Il faut y ajouter, quoiqu’elle soit rare ici, la classe des directeurs de fermes, on chefs de culture. Enfin appartiennent à la même carrière le personnel enseignant de nos écoles, les conférenciers et

les inspecteurs, ou autres officiers d'institutions et d’industries diverses, reliées à l’agriculture.

Supposons un Propriétaire de ferme ordinaire, c’est-àdire dans une bonne moyenne, riche de huit à dix mille Piastres, en terre (de 100 à 150

tail, machines, ete. ; ayant, suivant Ja coutume,

une progéniture de dix à douze enfants,

dont quatre ou cinq gar- Ï autant de filles à doter.

E i il parviendra à Placer tout son monde autour de lui, dans sa Paroisse, en suivant Je mode de culture en honneur.

Avec un peu de calcul et d'observation, le problème est de solution facile : notre homme, fût- Y Parvenir, à moins de

sins, ce qui n’aurait d’a

il un héros, ne saurait déplacer quelques propriétaires voiutre effet que de ramener les choses

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au même point en laissant subsister, de fait, le fléau de l'exode.

Voyons, en second lieu, ce qu’il advient de la seconde catégorie, celle des aides-fermiers, ou serviteurs.

Autrefois, sur chaque ferme tant soit peu importante, on trouvait l’aide-fermier, mieux connu sous le nom “d’homme engagé.” Il avait son logis, son jardin potager, sa vache, son porc, quelques volailles et autres menus privilèges tout à côté du propriétaire, qui lui payait en outre un salaire annuel alors peu élevé, mais régulier. Il avait, en somme, une existence passable, frisant celle de “l'aurea mediocritas” des poètes.

La vulgarisation de la machine agricole et la disparition graduelle des petites industries domestiques amoindrirent fortement l'importance et l'utilité de son rôle, auparavant celui de l'“homme à tou ‘ e”. Et, plus tard, l'offre d’un salaire supérieur dans le. usines acheva de précipiter déroute. La population rurale en fut diminuée d’un bcn tiers, non pas au bénéfice des villes canadiennes alors sans usines, mais à celui des industries des Etats-Unis, qui furent durant cinquante ans notre grand pays d’émigration. Au début de l'essor industriel au Canada, pendant le dernier quart de siècle, l’exode terrien continua, mais en se repliant sur nos villes conadiennes, mouvement considéré

comme un moindre mal. L’émigration, qui constituait à notre point de vue une perte totale, s’est muée en une simple migration, ou transport d’un endroit à un autre dans les limites du pays, dont l'effet le plus visible est un chansement d’occupation et de genre de vie des Canadiens.

C’est ainsi, messieurs, qu'à mon humble avis, a fonctionné le mécanisme de l’émigration, cette plaie nationale, qui a fait le sujet de tant de discours et d'articles religieux, politiques et autres. Les causes morales n’y jouent qu'un rôle secondaire. Dans toute autre carrière que celle du

cultivateur, l'inconduite a sa répercussion sur le succès d lindividu; mais il n’est pas démontré, qu'au regard d l'abandon du sol, cet effet soit plus marqué ici qu'ailleurs L’exode rural, je le répéte, est qû surtout à des causes économiques, dont la Principale est le désir bien nature] de se créer une existence plus avantageuse,

Ces causes sont donc explicables et, Jans une large mesure, tout à fait remédiables. 11 s'agit simplement d'appliquer l’antique prescription : “Similia similibus curantur.” Puisque l'agriculture n’a pas évolué aussi rapidement que

rieure et pénible au point de vouloir s'y dérober: essayons donc de rétablir l'équilibre en remettant l'exercice de l’art agricole à son niveau réel, et en procurant à louvrier des Champs le confort qu’il espère trouver dans le domaine de l’industrie, qu'il est facile de mettre à sa portée par la création de petites usines en Campagne. Pour aller à lin. dustrie, le monde délaisse l’agriculture : faisons donc de celle-ci une industrie véritable, la plus belle de toutes !

L'emploi général des machines aratoires ayant laissé des loisirs aux fermiers, quelques esprits prévenus les ont taxés de paresse, Parce qu’ils ne profitaient Pas de ce bon temps pour se livrer à d'autres travaux Propres à grossir la production de leurs champs.

C’est une vilaine calomhnie !

que d’autres au reste, ne les ont instruits des “possibilités” offertes par ce Nouveau régime, Ils “marquent le temps,” faute de connaître mieux, La direction leur fait défaut. Pour savoir quelque chose, il faut l'avoir appris.

RC

uccès de gard de ailleurs.

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