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La rente viagère

J'avais perdu de vue presque tous mes camarades de collège, mais parfois encore je songeais à quelques-uns d''entr''eux , et j^ivais du bonheur à leur serrer la main (juand je les rencontrais par liasard.

Alors , si Tun d'eux s''oriVait à mon j)assage , nous faisions ([uclques tours de promenade ensemble , et nous parlions

avec plaisir de nos compagnons crcnfance, de nos joies et de nos doulours du premier âge; et puis, de moment en moment, bien des noms, presque elTacés de notre souvenir, nous revenaient à la mémoire, et nous passions en revue tous nos concitovens de collège. Quelques-uns avaient déjà fait de brillantes fortunes, de beaux mariages; ils étaient pères de famille ; etl'écolier paresseux et mutin, qui tendait en pleurant les doigts à la férule impitoyable, était devenu grave et sévcie magistrat, maître des requêtes, majestueux plénipotentiaire, ou tout autre personnage aussi important dans le royaume. Mais tous n''avaient pas eu une part égale à ce large festin du budget que cliaque année dévore; beaucoup de nos anciens camarades avaient a[)pris, au sortir des classes, que les plus grandes douleurs ne sont pas enfermées toujours dans les murs d'un collège, et (ju'une fois afl'raiicbi du grec et du lalin, on est bien loin cncoïc d^ivoir secoué

le joiig (lu travail, de la misère et de Tesclavage; ils avaient appris, liëlas ! ces pauvres jeunes gens , que , prison pour prison , le collège vaut encore mieux que le monde, et qu'à tout prendre , le plus heureux temps de la vie est certainement celui qu'ion passe sur les gradins universitaires.

Mais, quand nous refeuilletions toutes ces pages de nos premières années, comme parfois nos cœurs se gonflaient de tristesse! comme nous sentions nos paupières se mouiller, ([uand parmi cette foule jeune et insouciante, qu'il nous semblait voir encore dans les joyeux ébats des récréations, la pensée nous venait tout-à-coup que plusieurs avaient déjà péri misérablement, les uns coupables , d'autres victimes!

Oh ! m'écriais-je avec un serrement de cœur, se peut-il qu^en si peu (Fannées, la mort ait fait tant de cadavres parmi cette heureuse et folle jeunesse ([ui était si pleine dévie, d'es[)érance et d''avenir !

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Oh! ([uc c'est ciïrovable à penser! Paul Siirvillc, Delcoiirt, Forcy, et ces deux frères inforliinés que rongeait sourdement Je poison de Castaing, ils sont tous morts, morts! Et tant d'autres, bon Dieu! que je pourrais nommer dans cette liste funéraire, mais dont je ne veux pas remuer les cendres et le triste souvenir, pour ne point faire saigner le cœur des pauvres mères et des veuves! Oh! qui aurait dit, il y a quehiues années, en voyant tous ces fronts roses et calmes, tous ces jeunes visages imberlxîs , (ju'^il y avait tant de feux , d'orages et de passions dans ces blondes tètes d'cnfiins, dans ces natures joueuses et frivoles ! Oh ! qui aurait dit qu'il v avait tant de flammes souterraines dans CCS volcans tout couverts de fleurs? Mais nous sommes dans un siècle qui dévore ; l'àme de Werther, de René et (rAntony a passé dans presciue toutes les poitiines; un impérieux besoin de bonheur indélinissablc nous tourmente, et

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change nos nuits, autrefois paisibles, eu brûlantes insomnies pleines de fièvres; nous cherchons un bonheur impossible , qui ne vient pas, qui ne peut venir , et quand le désespoir nous a pris dans ses bras glacés, il nous jette tout meurtris et sai^nans dans une tombe ouverte par le suicide !

En effet, j''y songe avec effroi , presque tous ces pauvres jeunes gens sont morts^ parce qu'ils Pont voulu : l'un, fatigué de l'existence qiril connaissait à peine, s'est fait sauterie crâne dans un tir au pistolet, et cela sans idée fixe, sans préméditation; il venait de brider trente ou quarante poupées de suite avec une merveilleuse adresse; on lui battait des mains, on l'applaudissait comme Talma, quand soudain un nouveau coup part, et des cris d''horreur retentissent : le malheureux avait brus([uement relevé son arme et venait de se l'appuyer sur le fiont ! Un autre, je m''cn souviens, très ardent de

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cœur et d'imagination, un des plus cliauds partisans do la nouvelle école, était monté par un mac;niri(iuc soleil sur les tours de Notre-Dame; il feuilletait l'admirable roman de Victor llur^o , et ses yeux allaient continuellement du livre au panorama grandiose et vivant qui se déroulait devant lui avec une inconcevable majesté.

11 était sombre et triste comme Tarchidiacre Claude Frollo, et le mot fatal ANArKH s'écbappait sourdement de ses lèvres; il réfléchissait sans doute que tout ici-bas est mal , et que la somme des biens et des maux est trop inégalement répartie, que tous les bonheurs tombent sur les uns, toutes les calamités sur les autres, et que riiomme est le jouet d\ine destinée aveugle et méchante, qui Tétreint jusqu''au sang dans ses doigts de fer. Je ne sais pas néanmoins tout ce qui se passait alors dans les orages de cette tcte, mais je sais trcs-bicn ([u'il ferma tout-à-coup son livre n montrant le poing au ciel, et ([ue fran-

chissant les baluiilradcs avant que le gardien pût le retenir, il sVlanea dans le gouffre, et, bondissant de pente en pente sur les saillies de pierres scupltées, il tomba mort et sanglant sur la place du parvis. Quant à ces deux frères empoisonnés par leur ami , tout le monde connaît leur lugubre histoire, je n'en parlerai donc pas. I\Iai3 il en est une plus effrayante encore peut-être, dont je ne savais point tous les détails il y a quelques années ; c'est un drame sombre , douloureux et terrible, dont j''ignorais entièrement le nœud, rinti'igue et les ténébreux mystères; je n''en connaissais pas même le dénouement, la catastrophe. Pourtant la plupart des personnages de ce drame ne m'étaient pas inconnus ; le principal même d'entre eux avait fait une partie de ses études avec moi. Bien que je fusse moins âgé que lui de quel([ucs années, et qu'un intervalle de trois ou quatre classes nous séparât, cependant j''avais toujours eu pour Cyprien une

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espèce (le picclilcclion : je Taimais (riiistinct, comme on aime tout ce qui est beau, noble et bienveillant. Il y avait tant de franchise , de courage et de bonté dans sa physionomie ! C'était un î^rand jeune homme , d'une taille élégante et svelte, le front haut , les yeux bleus et veloutés, avec de beaux cheveux blonds, une figure rose et blanche comme celle d^ine jeune fille. Cependant, malgré celte apparence de beauté presque féminine, il était d^ine force herculéenne, d"'une bravoure presque folle; et, bien qu''il n''eiit jamais abusé des avantages que lui donnaient celte vigueur et cette mâle énergie, il savait pourtant se faire craindre et respecter; jamais il n'avait provoquépcrsonne,maisil n''étaitjamais resté sourd aux provocations. Tous ses camarades, les plus jeunes surtout et les plus faibles, Taimaienl comme un frère aîné qui protège, car il sYtait posé dans la pension comme le redresseur des torts et des injustices, comme le défenseur des op-

primes, et jamais un plus jeune n''avait réclamé vainement l'appui de Cypricn contre les attaques des grands et des forf s.

Non, ceux qui ne Tout pas connu, ce généreux et brave jeune homme, ceux-là ne peuvent savoir tout ce que son âme enfermait de chaleur, d'amour et d'enthousiasme : c'était vraiment une de ces riches organisations qui peuvent tout, qui réussissent dans tout, mais que parfois trop de vie et de passion jettent dans le désordre et la ruine.

Après ma sortie du collège , je ne voyais plus Cyprien qu'à de longs intervalles ; ma société n''était point la sienne, et c''est au bal de l'Opéra seulement , aux foyers des théâtres que je le rencontrais (piel'qucfois. Alors nous échangions une poignée de main affectueuse, nous causions quelques momens dupasse, puis chacun de nous s'éloignait; et très probablement, dix minutes après, nous ne pensions plus Tun à Tautre.

Ouclcpies années sY^coulèrent; je n'^avais

pas revu Cypricn. il avait quitte Paris pour faire un long voyage; son esprit léniéraire et aventureux l'avait, je crois, entraîné dans ces régions de FAfrique , où peu de voyageurs encore avaient osé pénétrer. Depuis ce voyage je n''avais plus entendu i)arler de Cyprien.

Un jour( il y a deux ans de cela), fatigué du tiavail, fatigué de Paris et de la chaleur étouiïantc qu''on y respirait, j'avais pris la malle-poste et je m'en allais à Nantes. Voyageant sans but , sans dessein , je ne voulais qu**une chose, changer d\Tir et de pensée, me distraire : on ni"'avait beaucoup parlé d'une petite ville charmante, bâtie en ani- I)hithéàtre sur le bord de la mer, à quatre ou cinq lieues de Paimbœuf ; on m'avait surtout vanté les bals délicieux de rétablissement des bains, la grâce et Paimable nature des baigneuses, qui presque toutes sont anglaises, et par consé({ucnt roses, blanches et satinées; mais ce qui n'enchantait pas moins ma pauvre imagination

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flétrie par le prosGÏsmc de la vie parisienne, c'était la cote sauvage et pittoresque , les rochers noirs et sourcilleux, les vagues terribles , cpii parfois grondent au pied de cette ville si paisible et si calme.

J'arrivai donc enfin à Pornic , et je vis

'^ '*c^e ses apologistes ne m''avaient point trom- Zff^: Tié; leurs pompeuses descriptions étaient

(^, (fidèles, et j''avouc qu''en descendant de 5^ /Toiture, un sentiment de bien-ctrc indér ' r -

^J" / "-/înissable s''empara de moi tout-à-coup: mes yeux venaient de plonger sur le golfe qui semblait une nappe d'or aux reflets du soleil couchant; les rochers, qui formaient comme une ceinture à celte crande masse d^eau, étaient noirs comme de l'encre, et se découpaient bizarrement pareils à des flèches de calhcdrale gothique sur Patmosphère pure et limpide.

Mais le plus beau site, Tendroit le plus pittoresque , est bien nu parfois et monotone ([uand on est seul, absolument seul, en proie à des pensées allligcantes, et sans

un cœur ami pour cpanchcr le trop [)lcin de son iinio. Maigre la joie douce et profonde qui nrinondait, je ne pouvais m'cmpcchcr de faire celte rédexion pénible, et je soupirais, quand je m'entendis appeler par mon nom; cette voix, je la connaissais bien: c''était celle d^in ami; mais depuis des années elle n'avait point frappé mon oreille. Je me retournai vivement:

— Henri ! m'écriai-je, c''est toi!...

Et le cœur bondissant, je courus vers lui.

Ce fut un embrassement fraternel : nous étions si heureux de nous revoir! Et les questions pressaient les questions , les mains serraient les mains. En vérité, nous étions comme des enfans, nous pleurions de [daisir.

— Mais par quel hasard, me dcmandat-il , par quel hasard te rencontrai-jc ici , à cent lieues de notre bonne ville? C'est une rencontre piesque aussi romanesque que toutes celles qu'ion voit dans tes romans !

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Et, sans me donner le temps de répondre, il me secouait toujours les mains, avec une amitié frénétique, en répétant:

— Mais dis-moi par quel hasard ? par quel hasard ?...

Je parvins néanmoins à lui faire comprendre que le hasard n''avait rien que de très naturel , et que nous étions sans doute aussi las de Paris Tun que Tautre^nous venions probablement tous deux pour voir les côtes de Bretagne, les beaux effets de tempête, et surtout pour prendre des bains à la lame.

Alors Henri me déclama pompeusement les premiers vers d''Andromaque :

Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle , etc.

Puis, avant toutes clioses, avant même de changer de costume , malgré la poussière de la route qui semblait avoir mis un collet d''hcrminc à nos redingotes noires , nous résolûmes d aller faire immédiate-

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ment une excursion sur le rivage , pour voir ce magnifique diorama que le soleil éclairait encore. Nous cheminions bras dessus bras dessous , à travers les fiagmens de rochers pointus qui hérissent la côte, et nos poitrines , dilalées par cet air vif et piquant de la mer, respiraient plus librement; notre imagination engourdie par le roulement de la voiture, se réveillait peu à peu, et les souvenirs d''autrefois renaissaient en foule et tombaient danslaconversation. Comme presque tous les amis de collège, lorsqu''ils se retrouvent après une longue absence, nous parlâmes de nos premières années, de ce temps si malheureux qu'on regrette!... Nous fîmes tour-à-tour repasser devant nous tous ces pauvres diables qu''on nomme maîtres d'étude , les uns graves , majestueux et despotes comme de vrais Sylla; les autres doux, faibles et bafoués , pres([ue bernés comme Sancho; q.t chaque fois nous éclations de rire, quand nous venions à nous rappeler quelques bons

tours qu'ion avait fait à ces pauvres hères,

— Parbleu! lui clis-je en riant aux larmes , te souviens-tu de ce gros Auvergnat, je ne sais plus son nom, de ce gros monstre au ventre énorme, pourpre et joufflu comme Tartuffe , qui mangeait d'une manière si affreusement dégoûtante que les morceaux nous tombaient de la bouche, bien que nous ne fussions pas de petites maîtresses? Te souviens-tu de cette bouteille d'encre rouge cpi'on lui servit un jour en guise de vin, et qu'il avala d\ine gorgée sans même s'en apercevoir?...

— Parfaitement, répondit Henri avec un sérieux admirable; c'est une farce que je n\ai jamais approuvée, elle nY'tait vraiment pas de bon goût.

— LVncre rouge? interrompis-je, j\iimc à le croir.c. Au fait, je frissonne quand je pense au boulcversemcnl effroyable ([u'un pareil breuvage a dû produire dans les entrailles du goinfre! Et dire ([u'il a pu ingurgi-

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ter cet horrible liquide sans faire la moindre grimace ! c''est prodigieux !

— Il en eût avale bien d''autres ! répliqua flcgmativemcnt Henri. Mais enfin il faut croire que son estomac était moins robuste que son palais , car Pinfortuné cuistre eut à la suitedece diabolique dîner une si épouvantable indigestion, que Fœil gauche lui sortit presque de la tête et qu'ail en resta louche pendant trois mois. Oh! non, décidément le tour était pendable , et c'*est un vrai scélérat qui Tavait imaginé, c''est Gaétan.

— Gaétan! m'écriai-je oubliant tout-àfait le maître d'^étude, oh! oui, en effet, cYtait là un être vicieux et méchant ! Quelle figure sombre et fausse! Je crains ([u''il n''ait mal tourné.

— Oh ! mal, horriblement mal ! répondit Henri en secouant la tête.

— Vraiment! lui dis-je, qu'est-il devenu ?...

— Ccst toute une histoire; mon ami,

une longue et malheureuse histoire, que je connais peut-être seul clans ses détails ! Tu n'^as pas oublié Cyprien?

— Cyprien de Rochepont! répliquai-jc avec vivacité... Non, je ne l'oublierai jamais ; c''est un bon , c'est un loyal jeune homme. Mais, à propos, a-t-on de ses nouvelles? Est-ce qu'il est toujours en voyage?

— Non, il est à Paris. Le pauvre garçon ne voyagera plus! continua-t-il avec un profond soupir.

— Mais de quel air tu me dis cela! Mon Dieu! parle.... Est-ce qu''il lui serait arrivé quelque chose de malheureux?

— Jamais homme ne fut plus à plaindre !

La voix d'^Henri devenait sourde et voilée. Nous marchions toujours le long de la côte; mais le soleil , qui s'abaissait rapidement vers riiorizon, allait bientôt disparaître derrière un promontoire : la mer commençait à monter, et les vagues revenaient battre les roches creuses et sonorefe* Les lames mouillaient déjà nos pieds, et nous

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ne songions pas encore à regagner le sentier sec et battu qui serpente comme un ruban craruent , au-dessus des schistes noirs et anguleux que recouvre un peu de terre végétale. J'avais cru sentir quelque chose de si profondément triste dans l'accent de mon ami quand il m*'avait parle de Cyprien, que j''hésitais à Tinterroger de nouveau sur un sujet qui lui semblait si pénible; mais enfin une curiosité pleine d'intérêt et cl''alarme l'emporta dans mon cœur. Savais toujours beaucoup aimé Cyprien; ses malheurs ne pouvaient donc pas m'étre indiffércns : je renouvelai mes questions, et je suppliai Henri de médire ce qu'il savait, relativement à ce jeune homme.

11 parut éprouver d'abord une certaine répiiç^nance à me satisfaire; mais enfin, comprenant qu'il ne pouvait me laisser plus long-temps dans une pareille incertitude, il sembla quelque temps réfléchir; puis, cherchant un endroit commode pour nous asseoir au milieu des rochers, il nrattira

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près de lui, garda quelques instans le silence , et me raconta une longue et fatale histoire que j''écrivis peu de jours après , sans y rien changer, et presque mot pour mot.

Cette histoire, j'^avais l'intention de la publier, et, bien qu''elle soit malheureusement trop vraie , sans imbroglio romanesque, sans préparation dramatique, elle est pourtant plus étrange et plus saisissante que toutes ces combinaisons fabuleuses , nées dans Tesprit sombre des romanciers et des dramaturges. Mais lorstjue Henri sut que j'avais rédigé sa narration, et que je me disposais à la mettre sous presse, il me supplia de n''en rien faire et de laisser dormir ce manuscrit dans mon portefeuille , pour ne pas irriter des plaies douloureuses et saignantes, pour ne pas troubler des cendres à peines refroidies ; il me conjura d''attendre que les derniers acteurs de ce drame sinistre fussent disparus du monde. Je lui promis alors de ne pas dérouler ce

manuscrit avant (ju'il ne m'en donnât luimcme la permission : j'ai tenu ma promesse. Voilà deux ans que cette histoiie est écrite, et je Taurais gardée toute ma vie dans le silence de mes cartons; mais il y a quelques mois, j''ai reçu une lettre d'Henri qui me déliait de mon serment ; cette lettre la voici;

Bordeaux, ce 15 avril 1858.

(( Mon cher ami ,

(f Je ne vois plus maintenant d''obstacle à la publication de Thistoire que je t^ii racontée un jour à Pornic; la seule personne que je tenaisà ménager dans toutceci n''e\istc plus !.. le seul cœurqu^mc pareille lecture aurait pu faire saigner encore a cessé de Lattre! Je ne crois même pas ([u''il soit nécessaire de changer les noms : la famille de notre pauvre camarade est entièrement éteinte; ton livre n'éveillera aucune suscei)tibilité

douloureuse. Je serai dans une quinzaine de jours à Paris, et j''ajouterai au récit que je t''ai fait déjà, quelques détails indispensables, qui. serviront naturellement d'explication à une foule de choses mystérieusesqui seraient toujours restées presque incompréhensibles dans ce drame singulier. « Je te relève donc de ta promesse, et te permets de faire à cet égard tout ce que tu voudras. Seulement, pour Tintérêt du livre, je te conseille d'envelopper un peu la vérité dans les fictions du roman , et d''embrouiller beaucoup plus Pécheveaudc Tintrigue, car elle est vraiment trop simple, trop vide, trop nue de péripéties.

« f^ale , iteràmque vale,

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