‹ La représentation des Intérêts et l'importance des éléments professionnels dans l'évolution et le gouvernement des peuplesChapitre 33 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

concLusiori

Verrons-nous bientôt cette aurore radieuse d'une Patrie nouvelle, dont nous apercevons déjà, à travers les brunies roses du levant, les coulées d'or parmi les Edens et les Chanaansf? Verrons-nous, dans un avenir prochain la renaissance professionnelle qui s'ébauche et, avec elle, cette résurrection économique du Pays, dont nous venons de préciser l'élaboration future ? Nous le souhaitons passionnément parce que nous plaçons en elle notre plus grande espérance patriotique et sociale.

Quand la guerre aura passé sur le monde, avec sa grandeur tragique, les semences de la Paix devront germer sur notre sol français; elles y grandiront, elles y fleuriront, elles y porteront de beaux fruits, sources puissantes de force et de beauté, sources fécondantes pour de splendides avenirs !

Parmi toutes, nous avons foi en l'étincelle qui ne cessa jamais de briller sous la cendre au cours des âges, nous avons confiance dans les éléments professionnels. A l'aube des reconstructions nationales, ils offrent à notre pensée un spectacle grandiose.

quelque chose comme la vision de ces champs de guerre où le laboureur a creusé ses sillons après la mitraille, jeté ses graines fécondes en contournant les tombes et où bientôt les superbes moissons et les fruits de la Vie recouvrent les œuvres de la Mort.

De même, pour hâter les récoltes prochaines, pour assurer à la Patrie, à la Démocratie et à la lyiberté un radieux avenir, il importe de développer l'activité économique, de s'entourer des compétences, d'organiser les professions et d'assurer leur représentation dans la Cité. Nous avons essayé d'en préciser le sens et d'en décrire seulement les modalités les plus urgentes, car le penseur et l'homme d'Etat ne doivent jamais bâtir avec l'illusion de l'éternité, mais sous la perspective de l'évolution et du progrès en un perpétuel devenir.

« Doutes les questions humaines, disait Auguste Comte, envisagées sous un certain aspect pratique se réduisent nécessairement à de simples questions de temps ». Ainsi devons-nous concevoir le développement du povoir économique dans notre Patrie, comme chez tous les peuples dont les forces laborieuses aspirent aujourd'hui à réaliser un idéal professionnel de plus en plus élevé, selon une synthèse progressive toujours plus intime et plus large. Et c'est justement de cette évolution que nous croyons pouvoir espérer des institutions mieux comprises, mieux équilibrées et plus harmonieuses encore, car nous ne saurions affirmer que nos conceptions antérieures des rapports économiques et politiques seront rigoureusement juridiques à l'origine, ni qu'elles satisferont pleinement dès l'abord tous les principes

rigoureux du droit constitutionnel. Mais nous pensons urtout qu'elles auraient une réelle valeur pratique, qu'elles seraient l'origine d'une situation objective pleine d'avantages et de splendides promesses de développement; c'est précisément par les progrès de cet état de droit que nous entrevoyons la réalisation d'un organisme et d'une constitution de plus en plus adaptés aux nécessités politiques et professionnelles, comme aussi aux exigences de Véquilihre et de l'harmonie des pouvoirs, — et qu'il nous semble apercevoir au-dessus de notre vieille terre française, sur les âmes et les choses, sur les travailleurs et les métiers, comme un magnifique lever du soleil ! Il nous paraît en effet que le développement à venir — après avoir institué les fondements de défense et de représentation professionnelles, précédemmment décrits, — s'acheminera, par une éducation et une autorité grandissantes des professionnels, vers l'établissement d'une représentation professionnelle intégrale : lorsque l'organisation des Métiers et du Travail sera complète, lorsque l'harmonie du capital et du salariat sera réalisée, lorsque Les corps professionnels seront fortement constitués, la Démocratie pourra librement franchir une autre étape et créer un pouvoir économique plus puissant, avec un Sénat professionnel par exemple, en équilibre avec un pouvoir politique assaini, gardien des intérêts élevés et des idées généreuses. C'est, pour le monde des activités laborieuses, un rêve impressionnant ; c'est mieux encore une certitude de conquêtes séculaires, de rayonnement indéfini à travers les âges, c'est en quelque sorte la vision de

ce génie des Mille et une Nuits qui, délivré du vase étroit où il était enfermé depuis mil^e ans, grand t peu à peu jusqu'au ciel.

Par leurs conquêtes prochaines comme par cet épanouissement lointain, l'organisation et la représentation professionnelles, largement réalisées, créeraient un équilibre stable entre nos forces sociales et assureraient le développement normal de la Démocratie, tout en respectant cette économie des forces et du développement de l'Etat, si bien préconisée par notre éminent maître M. Maurice Hauriou, dans ses théories des équilibres et des harmonies du droit public (i). Elles permettraient une évolution progressive, toujours adaptée aux nécessités variables de l'avenir, sans verser dans les exagérations et les tendances révolutionnaires : elles réaliseraient une solution plus libérale et plus féconde que toutes les propositions collectivistes, parce qu'elles ne confisqueraient point comme elle la joie d'agir et de vivre, elles ne détruiraient point comme elles les initiatives du capital et les énergies jdu travail libre, à l'heure où les besoins de la Patrie et de son peupl e amoindri par la guerre exigent qu'elles soient suscitées et développées.

Car ce serait folie de s'abandonner aux nébuleuses utopies du Marxisme ou de l' Etat-Providence, mises en honneur par les penseurs d'Outre-Rhin, dans une illusion d'irréalisable égalité. Celle-ci aurait sans doute l'avantage de satisfaire notre instinct de justice, notre générosité native, par la suppression des

(1) M. Maurice Hauriou, Principes de droit public.

inégalités sociales, philosophiquement incompatibles, semble-t-il, avec l'éniinente dignité de la personne humaine, tant vantée par Kant et ses disciples. Cependant, au fond des choses, le nivellement social n'est point aussi désirable qu'il pourrait le paraître en théorie et l'égalité n'est point toute la justice.S'il est équitable d'assurer à tous l'existence, de procurer aux masses le bien-être indispensable, sans tenir compte des qualités professionnelles ou des talents intellectuels, il n'est point nécessaire ni souhaitable de garantir le superflu et la richesse au paresseux comme au travailleur, au bienfaiteur de l'humanité comme à l'indolent ou au parasite. Il n'y a pas seulement des inégalités naturelles, il y en a d'acquises et de justifiées par le labeur et le mérite, par les services rendus à la collectivité; il est indispensable qu'il subsiste des hommes supérieurs et privilégiés comme des esprits mieux doués; il est nécessaire des conserver des cimes, des héros comme disait Carlyle — héros de la science, de l'industrie ou du commerce, du courage ou du travail, des lettres ou des arts — , riches des talents humains et des biens de la Terre, — non pas seulement pour la beauté du monde, mais pour son utilité, pour guider les Patries, accroître leur prospérité et leur grandeur, diriger leur progrès. Enfin il est surtout des inégalités de rang, des inégalités professionnelles que les systèmes communistes les plus rigoureux ne pourraient niveler, parce qu'elles sont commandées par la division du travail, la hiérarchie des métiers et des fonctions, du manœuvre à l'usinier, du tailleur de pierre au maçon ou à l'architecte : par là

se trouve démontrée l'inutilité des Révolutions sociales de l'avenir dont notre Démocratie doit réaliser l'économie en relevant la foule souffrante des déshérités de la vie, en favorisant les développements professionnels et l'épanouissement des activités laborieuses .

Ce n'est pas en effet, contre les riches que le cri de justice s'élève, c'est contre les oisifs. Saint Paul disait simplement : « Qui ne veut pas travailler, ne doit pas manger. » Ce fut le cri de Rousseau; c'est celui de nos contemporaines et ce sera celui de nos iils : (( la Démocratie ne sera réalisée que, quand, dans une nuit du 4 août, elle aura obtenu l'abolition du privilège des paresseux : car voilà le scandale. Ne croyez pas que le peuple dispute, à l'homme laborieux, le fruit de son travail. Il sait que chaque peine mérite sa récompense. Il ne jalouse pas le vieillard qui, après de longues années de lutte, trouve le repos, le bien-être, la jouissance d'une retraite honorée au

bout d'une existence utile C'est une erreur

in fin ment naïve du socialisme que de vouloir faire, de l'Etat, l'héritier universel. Accaparer les fortunes au profit des fonctionnaires, c'est une des p us plaisantes survivances de cette vieille disposition étatiste et bureaucratique que l'Allemagne, où vécut Karl Marx, avait hérité indirectement de lyouis XIV et de Napoléon. » (i). Ce qui importerait au contraire, ce serait, en développant sans cesse les

9) M. G. Hanotaux, la Démocratie et le Travail, xlu et xliu.

fortunes pnvées, d'aeeroîtrc toujours davantage la richesse nationale, par le Travail qui, « satisfait de se continuer et de se survivre en tant que capital, obtiendrait, par le jeu des forces économiques, la place réelle qui lui appartient, — à la fois conservateur et initiateur. Il serait considéré, dès lors, comme le rouage principal et permanent de la société, l'arbre de couche qui reçoit la force et la distribue. Il deviendrait le véritable pivot de la Démocratie. Ellemême ne serait plus qu'une vaste entreprise où toutes les ressources physiques, intellectuelles et morales seraient soumises au règlement du labeur par une adhésion d'où le consentement unanime ferait bientôt disparaître toute contrainte » (i).

Cette acceptation joyeuse de la sainte loi du Travail doit permettre l'épanouissement le plus complet de la nature humaine, conquérante et ambitieuse, la réalisation la plus féconde et la plus heureuse de l'harmonie vitale.

Soyons donc pleins d'activité, pleins d'ardeur, pleins d'enthousiasme et de témérité même pour l'action, plus fiers et plus braves dans le labenr, car le monde qui s'élabore ne saurait tolérer la faiblesse, ni l'anémie sociales. Au troisième chant de la « Divine comédie » , Dante demande à Virgile quelles sont, errantes devant les portes de l'Enfer, ces âmes « qui gémissent sous le ciel sans étoiles ». Et Virgile lui répond : « Ce sont les âmes de ceux qui viennent

(1 M. G. Hanotaux, la Démocratie et le Travail, xlv.

sur la terre sans vertu et sans vice. lye Ciel les rejette pour que sa splendeur n'en soit pas obscurcie; l'Enfer les repousse pour ne pas affaiblir son horreur, I^e monde n'a pas gardé leur trace; la miséricorde et la justice les dédaignent. N'en parlons pas : regarde ^et passe ! » I^es hommes qui construiront la Cité prochaine, la Patrie idéale de l'avenir n'auront rien de commun avec ces âmes médiocres; ils ne connaîtront qu'une pensée, qu'un but, qu'un idéal : l'ardent Travail des résurrections nationales et l'héroïsme de l'Action !

Par eux, que le gouvernement de la Démocratie devienne le gouvernement du Travail ! Qu'il honore le Travail, qu'il s'entoure de Travailleurs, qu'il les consulte et qu'il agisse de cœur et de pensée avec eux, à l'exemple de ces anciens Empereurs de Chine qui traçaient, chaque année, le premier sillon, pour rendre hommage aux occupations professionnelles de leurs sujets. Ce n'est pas en effet la fatalité qui mène le monde, c' est\l' activité et lejabeur !

De plus en plus, dans l'organisation de l'avenir cette vérité s'imposera. ly' association sera la grande souveraine des métiers futurs, mais l'association libre, fondée sur le caractère français et sur les enseignements de l'histoire. Le pouvoir politique sera transformé, régénéré : au lieu de s'épuiser dans les champ des âpres compétitions démagogiques ou rétrogrades, il se trouvera appelé à collaborer plus activement à la prospérité du pays, à s'attacher, non plus aux intérêts locaux, mais aux grands intérêts généraux. Enfin par les collaborations et les puissances I du pouvoir professionnel, la Nation se-

ta dirigée vers l'emploi plus pratique et plus judicieux de ses ressources en hommes et en choses. Que de forces gaspillées seront largement utilisées ? L'activité économique sera intensifiée par le discernement des aptitudes, la répartition des mérites dans les diverses professions, l'orientation rapide de la jeunesse vers les carrières utiles, l'utilisation de toutes les compétences. Le siiffrage universel sera « organisé » et cessera d'être le régime du nombre — instable et anarchique lorsqu'il agit sans mesure et sans contrepoids. lya représentation formera l'expression meilleure et plus complète de la volonté réfléchie des corps sociaux; le syndicalisme aura sa place dans les institutions et ses griefs contre l'Etat moderne, ses revendications bruyantes s'évanouiront aux larges souffles de la justice sociale, I^a législation professionnelle, mieux étudiée, donnera satisfaction aux intéressés. I^a vie politique deviendra l'image de la vie sociale.

Ainsi sera réalisé le vieux proverbe espagnol, « Italia para nacer, Francia para vivir, Espana para morir » ! Il faut naître en Italie pour connaître la douceur toujours égale de son Jclimat et la beauté toujours sereine de son ciel, pour enivrer son âme de cette limpide clarté qui embellit tout, les choses et les hommes, les souvenirs et les paysages. Il faut mourir en Espagne pour goûter la paix infinie de ses couvents et abriter, dans le recueillement de ses cloîtres, une vieillesse pieuse, au seuil de l'Eternité où les âmes doivent s'épanouir un jour à cette autre

lumière d'une incomparable splendeur et d'une magnificence sublime :

Lux perpétua luceat eis !

Mais il fera surtout bon vivre en France dans ce renouveau professionnel, en ce printemps prochain dont les premiers bourgeons éclosent et les jeunes frondaisons murmurent d'allégresse, dont les sillons s'éveillent et les branches verdissent, après les heures sombres et les brumes maussades, sous la douce chaleur et les premiers scintillements des clartés renaissantes. Car, au delà des « Uerres meurtries » par la guerre, dans cette aurore économique, pleine de sourires et de promesses, que dorent les premiers rayons du soleil levant, se découvrent déjà les lumineux rivages et les splendides horizons de ces « Uerres promises » où le Monde

doit chanter dans l'or des moissons mûres,

aux heures radieuses de la Paix, avec l'Ode au !Dravail, —

L'hymme definitit des peuples rénovés* — les Harmonies sublimes qui rendront aux hommes le désirde s'Aimer et la douceur de Vivre !

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