LES PREMIERES NATIONS ORIENTALES
et les influences professionnelles
sur leurs migrations, leurs relations et leur évolution
L'étude des origines iraniennes et des premières collectivités orientales confirme l'importance des éléments professionnels dans les migrations, le développement et les rapports des peuples. La distinction primordiale est fournie d'un côté par les tribus de chasseurs et de bergers, toujours nomades et errantes, prêtes à la lutte mais inorganisées et faibles, — et en face par les peuples sédentaires, adonnés à l'agriculture, à l'industrie ou aux échanges, qui arrivent à constituer les plus grands empires. Chemin faisant nous y reconnaîtrons aussi la justesse économique de cette pensée que les routes, les voies naturelles et les marchés sont « l'appareil nerveux du monde ».
LES MIGRATIOnS PROFESSIOnnELLES
ET ÉCOnOMlQUES
Les Aryens descendirent des monts et des plateaux de Vlranie; les cultivateurs s'avancèrent peu à peu dans les vallées, refoulant la brousse et les marécages : « Tout était informe et vide « avant eux, dit la « Genèse » ; mais l'agentor donnateur fut irémigrant « descendu de la montagne » (i) et, à l'époque historique, c'est toujours du plateau de l'Iran que partirent les groupes dominateurs : Blamites, Mèdes et chefs Achéménides, Parthes et chefs Sassanides. C'est de l'Iran qu'apparaissent l'utilisation et le culte du feu (Zoroastre), beaucoup de travaux de la pensée (Saadi, Hafiz, Firduzi), le centre urbain d'Hekatompylos — où les comptoirs de commerçants, artisans et agriculteurs, attiraient jusqu'à l'Inde lointaine (2), — et encore la « Ville des Mulets » (Asterabad) .
Aussi ce n'est pas sans raison qu'Européens, Hindous, Chinois, Américains regardent les contrées de l'Iran comme un pays d'ancêtres et les légendes qui montrent les premières races descendant de ces monts ont un fond de vérité !
Mais, de ces régions âpres et rudes, les pasteurs devaient mener leurs troupeaux vers les vallées her-
(1) E. Reclus.
(2) Hermann Brunnhofer, Urgeschichte der Aryer in Vordet und Cen tral-Asien i, page 131.
beuses et les cultivateurs devaient pousser leurs récoltes jusqu'aux plaines; de là les premières migrations, au nord par le bassin du Tchu; — au nordouest par le cours du Sîr-Daria (plaine agricole de Ferghana) d'où partit bientôt une route commerciale (le « chemin de la soie ») ; — à l'ouest par la vallée de l'Oxus, sous un climat généreux pour les cultures, plus riche en eaux vives et possédant par les cols du Paropamisus des communications faciles avec l'Inde. De ces dernières régions partirent ensuite des colons pour la Chine, sous la conduite d'un roi ou « Nakhonta », devenu sans doute l'empereur Chi- Hoangti (i). Plus loin les migrations gagnèrent la Margiane (la « terre la plus fertile du monde ») arrosée par la Merv.
Toutes ces contrées traversèrent une période de puissance politique qui eut pour base une grande prospérité agricole : les colons surent utiliser les fleuves, construire des canaux, semer le millet d'abord, plus tard le froment et l'orge (2), créer des jardins, exploiter les bois et les forêts. Mais avec les variations du climat et ensuite les invasions de Septentrionaux, les mœurs pastorales succédèrent à celles des agriculteurs. Cette révolution professionnelle détermina la ruine de ces peuples : les canaux, envasés, disparurent ; le cours des fleuves, toujours grossi par le déboisement, agrandi par le piétinement des troupeaux sur les rives, devint une succession de marais. Les steppes succédèrent aux jardins! Com-
(1) Terrien de la Couperie, Oriental and Babylonian Record.
(2) Hahn, Demeter und Baubo.
me d'ordinaire, la régression économique détermina nne profonde régression politique.
A l'est dans l'Afghanistan et le Baloutchistan (anciennement Arachosie, Drangiane, Gédrosie), la rareté des pluies et des eaux courantes a rendu les habitants extrêmement industrieux pour la recherche et l'utilisation des eaux souterraines (canaux souterrains appelés Karez ou Kanât) (i). Ici encore les agriculteurs se trouvèrent attirés vers les plaines des Sept- Rivières par les brèches de Hérat, vers la vallée de Kabul par les cols de Karakotal et de Bamian, vers le Seïstan par le Hadji-Kak ou « Pas des pèlerins ».
Dans tout l'ensemble, la différenciation professionnelle — agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades — dut être longtemps une des principales causes des migrations, des invasions et des conquêtes réciproques, entre Aryens, Sémites, Touraniens et Akkad, car dans les conflits de peuples à peuples l'attaque vient souvent de nomades en quête de terres nouvelles que les agriculteurs cherchent à défendre.
LES PREMIERS ÉTATS DE PEUPLES SÉDEnTAlRES
Aux premiers temps de l'histoire, les Elamites, dont la puissance [connue ^remonterait à cent siècles (2), installés sur les premiers ressauts du Zagros,
(1) Yate, Loralai, Scottish Geographical Magazine,' July 1897, page 360|
(2) De Morgan, Histoire de l'Elam.
les montagnes et la Susiane, s'avancent eux aussi vers la plaine et s'efforcent de la ravir à ses habitants : leur science agricole est en effet très développée, avec la culture du millet et du froment, le labourage et le binage, l'introduction de la (i) canne à sucre (d'où le nom de « Khuz » ou Suse, « pays du sucre «) .
l/cur industrie (chars de guerre et catapultes; — cuivre, bronze et fer des plus vieilles sépultures de Warka et de Mugheïr) facilitera leurs conquêtes politiques. Leurs travaux intellectuels ne furent pas négligeables; ils possédèrent l'écriture, pratiquèrent les calculs, connurent les éclipses et le <' nombre d'or « astronomique. Leurs colons, si industrieux, s'avancèrent vers la Méditerranée, la Mésopotamie et la Chine.
Cet empire devait d'ailleurs succomber sous les coups des pasteurs du Nord. (Kimmériens et Scythes) et des riches rivaux d'Assyrie et de Chaldée, eux-mêmes supplantés par les Mèdes et les Perses.
Et déjà, Va légende semble nous apporter les premiers éléments d'une révolution sociale et d'un gouvernement professionnel : « le fait le plus antique de l'histoire iranienne, conservé comme un diamant dans une argile impure, nous montre, au milieu du fatras légendaire des chroniques contradictoires, que les anciens Perses, destinés à subir si durement l'oppression des rois, eurent aussi leurs jours de noble revendication : l'événement reste baigné dans l'ombre d'une période inconnue et l'on ne sait quels personnages s'étaient arrogé l'empire, mais la tenace
(1) Garl Ritter, Asien, IX, page 229 et s.
mémoire du peuple et la précision du récit, tel que le transmet l'épopée persane, ne permet pas de mettre en doute cette révolution des anciens jours (i), enchâssée dans la fable bizarre du monstrueux Zohak qui portait sur ses épaules deux énormes serpents n'ayant d'autre nourriture que des cervelles d'homme. Déjà dix-sept des fils du forgeron Kaoueh avaient été trépanés par les serpents royaux et il n'en restait plus qu'un désigné par le tyran pour subir le même destin. C'est alors que Kaoueh, brandissant son tablier de forgeron au bout d'une perche et suivi d'autres hommes de travail portant leurs marteaux, leurs poinçons et leurs scies, se précipita vers Zohak : le monstre s'enfuit tout blême vers le Demavend où le héros Féridun le cloua sur un roc de volcan. Pendant des milliers d'années, le tablier de Kaoueh resta l'étendard protecteur de la Perse » (2). Il n'en faudrait d'ailleurs pas déduire que ces peuples en vinrent à mépriser le labeur agricole. « Quelle est, dit un passage de l'Avesta, la bonne obéissance à la vraie foi ? — C'est, répond Ormuzd, la vigoureuse culture du blé. Quand le blé pousse, les démons ont peur; quand on le scie, ils hurlent d'épouvante; quand on le moud, ils disparaissent ». Bien plus, les luttes politiques symbolisées par l'Iranien Rustem et le Touranien Afrasiab, par le bon roi Féridun et le tyran Zohak paraissent surtout motivées par les rivalités économiques des champs potamiens (agriculteurs) et des steppes turkmènes (bergers), des campagnes et des cités.
(1) Mohl, Livre des Rois.
(3) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, Tome i, pages 428 et 429.
lya Mésopotamie fut de bonne heure le lieu de convergence des migrateurs; les merveilleux progrès de ses agriculteurs en firent le centre d'Etats puissants et fort civilisés. La Chaldée est appelée dans (i) une des plus vieilles inscriptions connues, vieille de soixante siècles , « Kengi » (« pays de canaux et de roselières «) et Hérodote décrit (2) avec une profonde admiration l'immense richesse agricole de la Babylonie, base de sa puissance politique. Il est facile de se représenter la place que devaient tenir dans l'Etat les préoccupations économiques et agraires, si l'on considère le prodigieux travail d'irrigation effectué et dont l'œuvre maîtresse était le canal de Nahrwan (le « Nourricier ))), long de 400 kilomètres.
Un autre talent professionnel des Babyloniens assura longtemps leur puissance politique : après les carreaux d'argile crue, ils découvrirent et utilisèrent la brique cuite. Or, (( la cuisson de la première brique peut être considérée comme un des faits les plus féconds en conséquences de toute nature qui se soient jamais accomplis sur la terre » (3). Ce fut l'origine des grandes cités et par suite des Etats puissants et savamment organisés; de plus ce fut la condition de la garantie de ces Etats comme en témoignent les puissants remparts de Babylone (90 kil. de longueur, 10 mètres de hauteur sur 30 de largeur, 250 tours, etc.) En un mot, le constructear avec sa brique, dit encore Ihering, « est la pierre angulaire du monde babylonien ».
(1) J. p. Peters, Nippur, 1890.
(2) Héradote livre i, Clio, 193.
(3) Ihering, les Indo-Européens avant l'histoire, traduction de Meuleriaerc.
Dans l'organisation politique de cet Etat, le Code de Hanimurabi nous montre déjà l'influence des cadres professionnels : agriculteurs et impôts, riches commerçants et banquiers (dont les usages étaient sévèrement garantis par les lois : contrats de sociétés, cautionnements et même lettres de change sur galettes d'argile : « siparte »), architectes, médecins et puissants navigateurs qui rapportaient tant de richesses des mers du sud.
Puis lorsque la capitale chaldéenne perdit son indépendance ne dut-elle pas à l'extrême importance professionnelle de ses industriels, commerçants et agriculteurs, de conserver une suprématie virtuelle ? Beaucoup de princes vainqueurs y vinrent d'Assur pour établir leur résidence, les Perses la conservèrent parmi leurs capitales à côté de Persepolis et de Suse et Alexandre y fixa le centre de son empire !
Au contraire les Etats plus strictement militaires à! Assyrie et leurs chefs sanguinaires qui fondèrent leur pouvoir sur les seules dévastations disparurent très vite de la scène du monde et leurs repaires furent rendus à la solitude par les Sakes (Scythes) nomades, répandus à la fin du règne d'Assurbanipal de la Bactriane jusqu'au Nil. Ninive elle-même, en partie détruite par ceux-ci, est ruinée peu après par les Mèdes.
Aux unes, aux collectivités laborieuses, industrieuses et fécondes, dont les premiers rois sont personnifiés par le pacifique « père Orkham » (i), l'influence durable. Aux autres, aux féroces conquérants, malgré leur puissance, terrible comme leur di-
(1) Ovide, Métamorphoses, iv, 212.
vinité (El-Ilon, « celui qui fait peur »), le pouvoir éphémère et la destruction rapide.
Enfin avec l'imniense empire perse s'opéra un échange fécond de connaissances professionnelles et une heureuse synthèse : les différents peuples — les Grecs eux-mêmes quoiqu'isolés — apportèrent dans le creuset commun leurs découvertes et l'originalité de leurs labeurs. C'est ainsi que dans les ruines de Persepolis des lettres grecques gravées sur les pierres révèlent la présence d'architectes helléniques et Pline parle d'un artiste phocéen, lîéléphane, vivant à la cour de Darius; en même temps les taureaux ailés rappellent l'influence assyrienne. Et le mélange suprême ne fut-il pas opéré par Alexandre « aux deux cornes », chef hellène et empereur asiatique, réalisant la solidarité complète des deux humanités civilisées, de leurs aptitudes professionnelles et leurs spécialités économiques ?
LES COLLECTIVITÉS nOMADES ET LES PEUPLES PASTEURS
lyes peuples qui précèdent furent très généralement des sédentaires, agriculteurs surtout, cultivant les terres légères des plateaux ou celles de grasses vallées; ils se déplacèrent rarement ,à de longs intervalles, et leurs guerriers seuls s'occupèrent de conquérir les terres rivales.
Au contraire au nord du Caucase, de la Caspienne ou du Pont-Euxin, dans l'immense steppe aux sables mouvants, aux salins et aux vastes marécages, les habitants furent surtout des pasteurs no-
mades ,courant sans trêve avec leurs troupeaux sur la plaine sans bornes : c'est là que passèrent les hordes fugitives et lointaines des Gog et Magog, Yadjuj et Madjuj (i), et sans doute même les Sémites nomades, Arabes et Hébreux, à en croire le verset du prophète glorifiant le « trône de l'assemblée » qui « s'élève au-dessus des étoiles du Dieu fort vers le Septentrion (2) » (souvenir du Caucase ?).
Aussi l'histoire n'a-t-elle gardé le souvenir fidèle que des peuples sédentaires, parqués entre leurs montagnes ou leurs vallées agricoles et y constituant des groupements stables, des institutions durables. Mais il n'en importe pas moins de signaler, pour les seconds, ces différences professionnelles qui amenèrent tant de migrations, de voyages et de luttes.
LES COnTACTS ÉCOnOMIQUES
Les points de contact, dans le Caucase, furent dès la plus haute antiquité, la cause de spécialisations commerciales célèbres : marchés de Dioscuias (Sukkum-Kaleh ) où soixante-dix races se rencontraient (3) ; — commerce probable entre le Pont- Euxin et la Baltique par les Osses ou les x\ses immigrés du Caucase en Scandinavie (4) ; — mythe de la Toison d'Or; — poursuite des Sc3rthes nomades
1) D. Ohsson. Voyage d'Abou et Cassim.
(2) Isaïe, chap. xvi, verset 13.
(3) Strabon, Géographie, livre xi, chap. n, 16.
(4) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, Tome i.page 472. Champeaux, Science sociale
Vivien de Saint-Martin, Recherches sur les populations primitives du
Caucase,
par Darius (i) pour arrêter et punir leurs incursions (poursuite effectuée jusqu'au delà du Tanaïs et des plaines désertes).
Et le souvenir des contacts violents ne nous est-il pas fourni par la Bible avec la discorde des deux fils d'Adam, le laboureur et le pâtre (2) ? N'y retrouve-t-on pas la préférence des Juifs nomades pour la vie pastorale puisque Dieu agrée l'offrande du berger Abel et repousse les fruits du laboureur Caïn ?
Ces migrations et ces luttes remplissent l'histoire primitive de l'Asie et de l'Europe .En rassemblant les quelques lueurs que la science moderne projette sur le tourbillonnement de ces peuples, nous trouverions le plus souvent les mêmes influences économiques et professionnelles. Qu'il nous suffise ici d'en avoir montré quelques-unes, empruntées aux plus célèbres collectivités de l'Orient primitif.
DE LiRAn A LA CHIHE
lyes mêmes contrastes, s'y retrouvent : tandis que les bergers du Pamir ne constituaient que de faibles tribus, éparses, plus loin prospéraient de riches cités industrielles (3) ou commerçantes (dont beaucoup sont aujourd'hui ensevelies sous les sables : Takla- Makan, lyU-Lan, etc., — ou jallonnaient la « route du jade » et la « route de la soie ») et les collectivités agricoles du Ferghana ou de la vallée des <( Eaux Rouges M.
Mêmes contrastes aussi entre les bergers de Mon-
(1) Hérodote, Histoires, livre iv, 122-123.
(2) Genèse, chap. iv.
(3) Sven-Hedin, Trois ans de luttes aux déserts d'Asie.
golie — nomades courant avec leurs troupeaux — ou les chasseurs de Mandchourie, d'une part et les agglomérations prospères ou les riches campagnes de la Chine.
De même, les immenses conquêtes de la Chine vers le Sud et vers l'Est se sont accomplies beaucoup moins par les armes ou la politique brutale que par la lente et féconde pénétration d'un peuple d'agriculteurs : « licencie toute ton armée » disait Confucius à un empereur du nord qui voulait combattre un rival du Midi, « emploie toutes tes ressources à instruire tes sujets et à développer l'agriculture; de luimême ce peuple du sud classera son prince et se soumettra à ta puissance ».
L,e centre politique de la Chine est resté, au Nord, dans le berceau professionnel, dans les fécondes « terres jaunes » dont la productivité merveilleuse a permis aux « cent familles » de croître et de se multiplier (i).
lya personnification du peuple cultivateur et de la prééminence professionnelle du labeur agricole en Chine nous est fournie par la légende de l'empereur Chun qui aurait été lui-même un paysan et aurait vécu sur le trône du travail de ses bras.
L'activité chinoise ne s'est point d'ailleurs bornée à ce métier prépondérant; elle n'a point négHgé les autres : industries des populeuses cités, exploitation antique (2) de la houille, comnierce avec l'empire romain (pièces romaines découvertes dans le Chang- Si, soieries, etc.)
(1) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, Tome m, page 72.
(2) Isabella L. Bishop, Journal of the R. Geographical Society, 1897, ii,
lya prépondérance de la cellule agricole devait entraîner la constitution de la commune et même de l'Etat sur le modèle de la cellule initiale. L'autonomie communale est très développée dans les groupes de paysans : dans chaque village, les chefs d'exploitation prennent part à l'élection d'un représentant agriculteur (c'est un maire également notaire, greffier, arbitre, intendant de cultures) et d'aides (arpenteurs, gardes-champêtres, scribes). Les petites cités ont aussi leur Conseil, et, dans les villes, chaque quartier nomme le sien. Et « l'Empire tout entier, comprenant des centaines de millions d'hommes, fut censé une prodigieuse famille ayant pris, dans son ensemble et dans ses parties, le type d'une exploitation agricole » (i).
Même en présence des oppressions politiques, les Chinois gardent leur instinct corporatif, leur besoin de groupement, comme en témoignent leurs innombrables sociétés secrètes. Leurs grandes initiatives, leurs mouvements ont toujours un caractère profondément collectif : les agitations partielles, les protestations individuelles sont presque inconnues; le mécontentement est toujours collectif et les révolutions, propagées d'abord par les sociétés secrètes, provoquent un « bouillonnement social )) de tout l'Empire.
AU PAYS DES CASTES : L'inPE
De même que la Chine, l'Inde présente de nombreuses analogies avec la Mésopotamie et son activité
(1) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, Tome m, page 82.
professionnelle fut grandement influencée par celle des populations chaldéennes : les marins venus des bouches de l'Euphrate apprirent aux Hindous leur numération et leur division du temps, l'emploi de leur monnaie avec son système duodécimal; les maçons, ingénieurs et arcliitectes furent formés à la même école et le^ plus anciens temples de l'Inde septentrionale sont des pyramides à étages comme ceux de la Mésopotamie.
Aux points de convergence des sentiers qui descendaient de l'Hindu-Kuch, dans les vallées himalayennes, et plus loin dans les riches campagnes d'alluvions, les commerçants et les industriels — avec autour d'eux les innombrables ouvriers agricoles — devaient constituer autant de Babylones nouvelles, autant de populeuses cités, dont la richesse et l'activité professionnelles devaient faire de puissants Etats : Hastinapura (aujourd'hui disparue sous les alluvions et les eaux du fleuve), Delhi, etc. lycs rivalités économiques, les différences de richesses et de moyens les dressèrent les unes contre les autres, et aussi contre divers autres peuples : Aryens du Nord, Kohlariens, Dravidiens.
I/Cs différences d'aptitudes professionnelle les inégalités de développement et de succès, ces luttes et ces conquêtes créèrent le régime des castes : « d'après les comm^entateurs classiques, la société hindoue aurait été divisée » à l'origine « en quatre castes bien tranchées, les prêtres Brahmanes, les guerriers Kchatrya, les bergers ou agriculteurs Vaiçya, enfin les Sudra, gens d'ordre inférieur s' occupant de divers
métiers réputés sans noblesse » (i), avec au-dessous la foule des « impurs ». Mais cette différenciation professionnelle et sociale fut trop rigide, les occupations et les métiers trop immuables dans les divers groupes, et les véritables travaux — les labeurs nourriciers — trop sacrifiés dans la hiérarchie.
Un relèvement des métiers féconds fut à l'origine de la rénovation boudhique et des prédications de Câkya-Muni; la tribu des Dasyu, puis la ville de Bénarès entendirent le Buddha prêcher la fraternité et la réhabilitation des travailleurs. Plus tard l'influence du réformateur fut déviée mais son caractère initial n'est pas douteux.
Une autre conséquence de l'évolution professionnelle fut le déplacement du centre politique : d'abord situé au niiHeu des terres du nord, avec les industriels et les agriculteurs (Prachya, Audh, Patna à l'époque d'Alexandre), le centre politique se déplaça pour s'établir sur les côtes méridionales lorsque d'innombrables commerçants, artisans et navigateurs surent utiliser les moussons pour trafiquer avec l'Empire romain (Udjein, capitale du puissant Vikrainâditya et de ses riches sujets, etc.).
L'EXPAnxion
D Uri PEUPLE DE HAVIGATEURS :