‹ La représentation des Intérêts et l'importance des éléments professionnels dans l'évolution et le gouvernement des peuplesChapitre 9 sur 36 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'ANTIÛOITE MEDITERRANEENNE

Comme pour les rtations du IPigre et de l'Euphrate, on retrouve une collaboration de professionnels à l'origine des Etats du Nil : far l'association, les riverains ont formé et irrigué ces admirables campagnes, source de leur puissance future; à l'opposé, la vie nomade des bergers Amalécites ne put créer rien de stable, tandis que les aptitudes commerciales des Phéniciens et des Grecs ou les qualités d'endurance des travailleurs romains furent à la base d'hégémonies durables.

DAnS LA VALLÉE DU HIL :

LES ÉGYPTIEHS

« La population des laboureurs s'est pressée dans la longue cavité que remplissent les alluvions du fleuve, entre les deux escarpements opposés des montagnes, tandis que de part et d'autre les espaces sableux ou rocheux qui bordent la dépression du Nil

sont ou bien sans habitants ou parcourus seulement par de pauvres tribus errantes » de bergers « trop faibles pour qu'il leur ait été possible d'exercer la moindre intervention efficace dans l'évolution politique et sociale des populations de la vallée. » (i)

De grandes analogies apparaissent avec la Chaldée et ses vallées fluviales : d'ailleurs ce seraient (2) des Sumériens de la Mésopotamie qui auraient dressé les Eg5^tiens au travail des métaux et à la culture des céréales.

Mais ici, en plus, de nombreuses ententes collectives furent nécessaires pendant les longs siècles de la préhistoire pour régulariser et utiliser les eaux du fleuve, les conduire dans de multiples canaux, construire pour les habitations des îlots artificiels au-dessus du niveau des crues, etc. En présence des inconvénients des rivahtés ou de l'isolement, les nécessités d'ordre professionnel et économique nous paraissent avoir été Vorigine du groupement politique d'où sortit l'Etat égyptien : d'abord « il dut s'organiser spontanément un conseil d'entente et de gérance commune, analogue à ceux que, dans toute société humaine, fait naître im danger imprévu ou permanent. C'est ainsi que se constitue tout droit entre les hommes par la recherche d'une égale répartition conforme aux intérêts de chacun. Dans les campagnes des contrées les plus diverses, partout où il s'agit d'une loyale distribution des eaux d'arrosement entre propriétaires intéressés, ne voyons-nous pas se fonder des syndicats dont les décisions sont respectées de tous

1) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, tome n, page 130. (2) Fr. Hommel.

précisément parce que tout caprice personnel leur est interdit dans le prononcé de leur jugement ? Même en pays de longue tradition monarchique et de pouvoir royal absolu, comme dans les campagnes de Murcie et de Valence, le « tribunal des eaux « dont l'origine est essentiellement populaire, ne s'est-il pas maintenu par la force même des choses, par le fonctionnement continu des nécessités et des travaux de chaque jour » (i) ?

Kn outre, s'il nous est permis d'ajouter à l'idée de Reclus une hypothèse personnelle, n'est-il pas possible d'envisager une origine professionnelle pour la royauté égyptienne puisque la légende nous montre bon fondateur mythique Menés comme un grand hydrologue et agriculteur, constructeur de digues et de bassins pour ses champs chargés d'admirables moissons ? Ce furent sans doute les plus compétents dans les labeurs communs qui furent d'abord les plus respectés et plus tard obéis. La Bible ne nous montret-elle pas, d'ailleurs, l'importance conservée par ces préoccupations professionnelles pour les Pharaons, avec Joseph créant le monopole des blés, puis achetant les terres, les chevaux, les brebis, les bœufs et les ânes. (2)

Plus tard, lorsque la royauté égyptienne eut abandonné peu à peu ces préoccupations professionnelles qui l'avaient fait naître dans un régime de « patriarcale liberté », elle devint vite « despotique et somptueuse » (3). En face du monde politique — courtisans

(1) Elisée Rlecus, l'Homme et la Terre, tome u, page 168.

(2) Genèse, chapitre xviii, 15-26.

(3) Renan, Mélanges d'Histoire et de Voyages, page 44

et fonctionnaires — on n'eut plus qu'une multitude de serfs de la terre, ancêtres des modernes fellâhin, ou d'artisans de la ville, comme ceux dont le surveillant Hatneckht décrit les plaintes et les souffrances (i) ; l'architecture elle-même subit une décadence rapide (2); les métiers surtout qui créent la puissance extérieure et la véritable influence — commerce et navigation — jadis florissants (Urdudu, sous le Pharaon i\ssa de la 5^ dynastie; Khirkuf ; relations avec les Hymiarites et les Chaldéens, etc.), disparurent. Le pouvoir politique, devenu absolu, « ne manqua pas, suivant le mode de toutes les autorités jalouses et soupçonneuses, de chercher à faire le vide autour de ses peuples, pour les soustraire aux influences du dehors La mer avait fini par être mau-

dte, exécrée, vouée aux dieux terribles et les naufrage étaient représentés comme de justes punitions dien haut » (3). Comme conséquence de cette abdication professionnelle, les Phéniciens supplantèrent d'abord les Egyptiens; les Hellènes ensuite monopolisèrent le commerce des pays du Nil : deux cités de commerçants grecs furent même fondées sur la terre des Pharaons (Naucratis et Daphne) et certaine rois, comme Amasis, essayèrent en vain de refouler cette intrusion étrangère pour parfaire l'isolement ; l'abdication commerciale de» Egyptiens la rendant indispensable, elle dut continuer et se termina par la conquête politique (Alexandre).

L'apogée de la puissance égyptienne se réaHsa sous

(1) Papyrus du Musée de Turin, 29« année du règne de Ramsès m.

(2) Renan. Mélanges d'Histoire et de Voyages page 40

3) Elisée Reclus, l'Homme et la Terre, tome i , page 277-228.

es Ptoléméeb qui surent, au contraire, diriger leurs sujets vers la navigation et le commerce : l'Egypte leur dut de devenir la puissance maritime par excellence de l'Orient et d'affirmer sa suprématie au loin sur Rhodes, les îles égéennes et même la ligue achéenne; et Alexandrie retira de sa prépondérance professionnelle, sa longue prééminence politique.

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