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CHAPITRE PREMIER

Conceptions ou systèmes comportant la suppression radicale de la représentation nationale politique Le syndicalisme révolutionnaire et Maxime LEROY.

Les plus catégoriques, les plus entiers de ces systèmes sont ceux qui nous viennent du syndicalisme ouvrier et qui comportent la suppression radicale de la représentation politique et l’octroi aux représentants des professions d’un pouvoir de décision et non plus seulement d’un pouvoir consultatif. C’est le but de la G.G. T., comme celui de la C. G. T. U.

Le Conseil Economique du Travail était dans l'esprit de ses créateurs une atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat ; il visait la conquête de toutes les fonctions gouvernementales.

M. G. Clémenceau qui en repoussa le projet lorsqu'il lui fut proposé, pourrait s’écrier comme en 1892 à la Tribune de la Chambre : « Il faut avoir le courage de le dire, et dans la forme même, adoptée par les promoteurs du mouvement. C’est le quatrième état qui se lève et qui arrive à la conquête du pouvoir. »

Un promoteur de marque de ce mouvement, fut M. Léon - Jouhaux, secrétaire général de la C.G.T. qui fit approuver par le Congrès fédéral de Lyon (15 au 21 septembre

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1919) (x) son projet de constitution d'un Conseil Economique. À la tête de ce Conseil, il plaça un Comité directeur de 13 membres, lui-même, Charlestaurent, Ernest Poisson, Roger Francq, en faisaient partie.

Les 9 sections d'études groupant chacune 3 délégués des organisations membres du Conseil étaient appelées à réunir des chefs d'industrie, des délégués ouvriers, des conseils techniques, des économistes, des consommateurs, des délégués du Gouvernement. Les secrétaires réunis des o sections d’études constituaient le Comité de répartition du travail. Son but... « la nationalisation industrialisée sous le contrôle des producteurs et des consommateurs, des grands services de l'Economie moderne : les transports terrestres et maritimes, les mines, la houille blanche, les grandes organisations de crédit » en d’autres termes : préparer la nationalisation des moyens de production.

Mais qu'entendaient-ils au juste les syndicats confédérés à Lyon en parlant de « nationalisation industrialisée ». Voici leur réponse : « L'exploitation directe par la collectivité des richesses collectives... mais nous ne songeons pas à augmenter les attributions de l'Etat, à les renforcer ni surtout à recourir au système qui soumettrait les industries essentielles au fonctionnarisme avec son irresponsabilité et ses tares constitutives. Par la nationalisation, nous entendons confier la propriété nationale aux intéressés eux-mêmes : producteurs et consommateurs associés ».

Le 8 janvier 1920, le Conseil se mettait au travail, ses sections se bornèrent à élaborer des projets divers, parfois

(@) « Un millier et demi de délégués y représentaient 44 fédérations nationales, 68 unions départementales et 2.025 syndicats ». Jouhaux, Le syndicalisme et la C. G. T., 1920, édition de la Sirène.

sérieusement étudiés sur l’outillage national, les finances publiques, la crise du logement, l’école unique, la natio» nalisation des moyens de production. Cette première tentative de Conseil Economique du Travail n’en fut pas ‘moins en définitive vouée à un échec.

Le Congrès de la C.G.T. de février 1923, devait se borner à exprimer le vœu de sa remise en mouvement. Maxime Leroy voyait ainsi tomber ses illusions et Paul Boncour ses espérances.

Cette belle institution « directement opposée au pra- 4iques du vieux blanquisme, aux techniques dictatoriales de la révolution, aux survivances anarchistes dans le monde démocratique issu de 1789... » (2) faisait long feu, C'était l'application de la peine capitale que réserve l’ordre logique des choses aux improvisations hâtives ou aux institutions hasardeuses trop tôt apparues dans un milieu insuffisamment préparé à les recevoir.

Donnez en effet pour but au Conseil Economique du Travail la nationalisation de tous les moyens de production ct pour mission secrète la conquête de toutes les fonctions gouvernementales, c'était entre autres suppositions purement gratuites, poser le postulat du caractère intégral et obligatoire du mouvement associatif, du fédéralisme. Or, l'inscription au syndicat n’est pas encore obligatoire et le fédéralisme économique est par ce fait même loin d’être absolu.

La C.G.T. finit par le comprendre. En attendant l’apparition des Conseils économiques régionaux dont elle souhaite si ardemment la création, en mars 1924 elle éla-

(2) Maxime Leroy, « Les techniques nouvelles du syndicalisme », P. 107:

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bore un nouveau programme minimum réclamant bien encore la création d’un Conseil Economique du Travail, mais donnant à ce cadet une toute autre physionomie ; il ne s’agissait plus d’absorber les fonctions gouvernementales ; pas même de constituer en marge du Parlement une sorte de Chambre Economique. Le C.E.T. ne devait être doté d'aucun pouvoir législatif ; simple organe d’étude et de préparation, il procéderait à des enquêtes, serait. obligatoirement consulté par le Gouvernement sur les difficultés relatives à l’ordre économique, à la production, donnerait des avis. Ses études seraient publiées. £n un mot son rôle serait purement consultatif, cette consultation serait parfois obligatoire, mais en aucun cas, ses avis ne lieraient le Gouvernement. Dans ce cadre réduit on peut cependant dire que la C.G.T. est parvenu à réa- Jiser ses desseins. |

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