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d'Etat, c’est-à-dire, en somme, à la nationalisation des moyens de productions. Fa
Le vice d’une pareille méthode d'exploitation est de supprimer l’aiguillon de l'intérêt personnel ; son faible rendement productif, (exemples : 1° en Allemagne l'exploitation constamment déficitaire des chemins de fer d'Etat, avantguerre ; 2° en France : mauvaise organisation et exploitation du réseau d'état des chemins de fer), le fonctionnarisme outrancier qui en est la conséquence ont été trop souvent dénoncés ou flétris pour que nous nous y attardions.
La production d'Etat, c’est-à-dire la création illimitée de nouveaux monopoles d’Etat pour satisfaire à toutes les activités productrices de la nation, ce serait aboutir à un système bureaucratique dispendieux ; nous ne voyons pas comment pourrait raisonnablement la C.G.T., se défendre
d'aboutir à ce résultat, si on acceptait de la suivre sur le terrain où elle nous convie de la nationalisation industrialisée, n’en déplaise à M. Jouhaux qui a affirmé hautement le contraire en 1919, au Congrès de Lyon. — Jaurès avait bien aperçu le péril, puisque pour y parer, il en arri- .vait à proposer une autonomie des groupes, une décentralisation : « Il serait impossible à un gouvernement économique central de pourvoir d'autorité à toutes les nominations, de parer à toutes les difficultés dans le monde immense et complexe du travail affranchi. Déjà le gouvernement politique qui a une tâche bien moindre est obligé de se décharger d’une partie de sa besogne et de sa responsabilité sur des autorités locales élues : Conseils généraux, Commissions départementales, maires, etc. À plus forte raison -faudra-t-il décentraliser et faire appel à l'autonomie des
groupes et des individus (10). »
$ b. — Nécessité d'une conception politique pour de gouvernement d'un peuple
Mais il y a plus : nous prétendons qu’un fédéralisme même complet, idéalement pyramidal et synthétique, groupant une multitude de syndicats rendus obligatoires, une foule de fédérations et d’unions d'intérêts économiques, même si on accordait à ce fédéralisme, supposition gratuite, la faculté de couronner l'édifice par un comité suprême ayant l’entendement parfait des mesures propres à assurer le respect des grands intérêts économiques de tout un peuple, ne suffirait pas à la tâche ; il faudrait adjoindre aux brillants économistes de ce comité suprême, des hommes d'Etat politiques. — Et cela parce qu’une conception politique est nécessaire pour le gouvernement d’un peuple, parce que l'intérêt en lui-même n’a jamais été et ne peut être un principe de gouvernement.
C'est à la justification de cette emprise du politique et à la démonstration de sa nécessité, que se rattachent les écrits de MM. Lucien Romier et Guy Grand, que je vais citer ci-dessous, à la lettre desquels je ne veux pas toucher et dont l'élévation de la pensée m’empèche d’accompagner de commentaires. À
Souveraineté de principes ou équilibre d'intérêts ? —
M. Lucien Romier s'exprime ainsi (11) :
« L'Etat contemporain s’éloigne de plus en plus du prin-
cipe abstrait de souveraineté pous s'appuyer sur l'équilibre
concret des intérêts particuliers, intérêts de groupes ou de personnes.
(to) Jaurès, « Contre l'organisation de la Production par l'Etat », Revue socialiste, août 1895, p. 137.
(11) L. Romier « Explication de notre temps » p. 242.
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« Mais la substitution trop complète dans l'Etat du simple équilibre des intérêts à l’exercice d’une souveraineté de principe, entraîne pour une nation, deux graves inconvénients.
« Le premier inconvénient est que l’équilibre des intérêts ne comporte pas forcément leur solidarité.
Un autre inconvénient de Ja formule des intérêts, c’est qu’elle est par définition une formule passive.
« Passive en ce sens qu’elle enregistrera tôt ou tard toutes
forces qui se manifesteront en tant que forces et quel que
soit leur valeur, bonne ou mauvaise, conforme ou hostile à la tradition nationale.
« Passive surtout parce que l’équilibre ne contient en soi aucune autre raison que son inertie : il est fait d’immobilités successives qui se déplacent et se remplacent sans direction préconçue, sans ordre voulu, sans idéal, à la merci des surprises brutales.
« L'Etat transformé en formule d’équilibre des intérêts, c’est la race dépouillée de sa personnalité spirituelle et livrée aux viols du hasard. ;
« Si la mystique nationaliste, qui est extérieure à l'idée même de l'Etat, venait à disparaître, les Etats n'ayant plus d’autorité propre se dissoudraient pour ne laisser survivre que des associations d’intérètz. Nous serions dès lors soumis à une sorte de colonialisme universel... Il n’est malheureusement pas certain que notre civilisation puisse échapper à cette fin logique de son évolution présente. »
Georges-Guy Grand dans la « Grande Revue » (12),
s’exprime à son tour ainsi :
(12) « Grande Revue ». Décembre 1925. La Cris du Parlementarisme, G. Guy Grand.
« La représentation des forces économiques, le remplacement de « opinions » par les « intérêts » bref ce qu'on appelle d’un mot le syndicalisme est une des idées originales du « stupide » xyim° siècle, Saint-Simon, Fourier, Proud'hon en sont les théoriciens et près de nous G. Sorel et Lénine. Dans le brusque éclatement du socialisme consécutif à la Grande Industrie, ces précurseurs comprirent que les sociétés modernes allaient être profondément modifiées par l'avènement des forces économiques et qu'il fallait leur faire une place dans le gouvernement des Etats. Seulement tandis qu'énivrés de scientisme ils avaient cru que la science allait désormais résoudre tous les problèmes, même ceux des fins humaines et de la destinée, l'importance de l'Economique les éblouit à un tel point qu'ils crurent, que devenue elle-même une science rigoureuse elle allait détrôner et remplacer la Politique.
Est-ce à dire que la politique soit définitivement éliminée ?
Ici s’accusent les divergences.
Il ne se trouve plus personne pour le soutenir à la lettre. Supprimer le Parlement, le remplacer par des Etats Généraux où des assemblées professionnelles, cela veux dire que l'ère des discussions politiques est close et qu'elle est désormais remplacée par la confrontation des Intérêts. Et le pouvoir exécutif n'est plus à son tour que l’agent technique de ces assemblées économiques.
Mais rabattre ainsi, la vie politique d’un Etat, sur le plan purement économique ou professionnel, c’est sous-entendre que les grandes questions nationales, celles qui regardent l'orientation de la politique extérieure ou intérieure, la vie religieuse ou morale, l'instruction publique, bref ce qu'il y à de plus fondamental aux yeux des citoyens et de plus
profond dans l’âme humaine, que tout cela peut-être l’objet de discussions purement techniques. C’est bien en effet la conclusion à quoi il faut aboutir, si l’on supprime les débats politiques. Et c’est ici qu’éclate le postulat inadmissible du système. Il y a dans l’âme humaine, il y a dans la conscience civique autre chose que des préoccupations purement professionnelles ou économiques ; il y a autre chose dans la vie nationale que des problèmes techniques. Toute politique est la mise en œuvre d’une philosophie, d’une certaine conception, qui doit être réfléchie et murie, de la vie nationale, sociale, humaine. Cette conception si elle était tout entière de nature scientifique le problème serait résolu. Mais quelque confiance qu’on accorde à la science, on est contraint de reconnaître, qu’elle n’a pas encore apporté, qu'il n’est peut-être pas de son ressort d’apporter des solutions définitives aux problèmes les plus hauts, les plus poignants, les plus tragiques de la vie nationgle et morale. C’est pourquoi en ce domaine on en est réduit à des actes de foi, à des « opinions. »
M. Rolland, professeur à la Faculté de Droit de Paris a dans un de ses cours (13) appelé l’attention sur ce point d’une manière à peu près identique : « Si pénétré qu’on soit de l’insuffisance de la représentation des intérêts professionnels, il est impossible d'admettre que les intérêts collectifs de tout un peuple organisé en Etat s’intègrent seulement dans des besoins et des intérêts économiques et que ceux-ci dominent les autres. Ce qui fait qu’une société subsiste comme nation, ce ne sont pas des communautés d'intérêts matériels, mais bien une communauté
(13) Cours de M. Rolland sur la condamnation de la C. G. T. par le tribunal de la Seine, le 13 janvier 1921.
d’aspirations, par conséquent une communauté d'intérêts matériels et moraux. »
Gambetta tranchait le débat de cette façon : « On gouverne avec un parti, on administre avec des capacités », disait-il. Mais il est curieux de remarquer que Proud'hon lui-même a reconnu que l’âme d’une « société politique » c’est l’autorité ; principe de gouvernement coordonnateur des forces collectives particulières et des intérêts antagonistes.
« Qu'on suive tel système que l’on voudra disait-il, on arrive toujours à cette conclusion, que l'âme d’une société politique c’est l’autorité et que sa sanction est la force ». Or quelle que soit l’organisation économique et sociale préconisée, il semble bien que la nation prise dans son
ensemble restera de toutes façons une « société essentiel-
lement politique ». Ce qui nous autorise à dire qu'un
gouvernement devra émaner d’une représentation au sein de laquelle trouveront place les représentants des opinions et ne devra pas négliger d’être fort et puissant en s’appuyant sur un principe d'autorité.
Mais nous ne voyons pas la raison qui nous ferait conclure avec M. Rolland à la domination des organismes de défense des intérêts économiques par un gouvernement uniquement représentatif des intérêts intellectuels et moraux de la nation.
« Il est évident, dit-il, que ces intérêts intellectuels et moraux dépassent de beaucoup les autres » ; peut-être en effet pour les idéalistes et les penseurs mais il y a ici une part réservée à l'appréciation de tout un chacun. M. Rolland conclut : « Et il est tout naturel qu’au-dessus des organis-
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