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communs, une solidarité commune. Il se crée ainsi pour une profession, une souveraineté limitée aux points d’intérêt commun et à laquelle se soumettront les groupements représentant les spécialités de ces professions. De même les souverainetés exercées par les groupements de professions similaires dans une même région, se soumettront à une souveraineté commune toujours limitée aux points d'intérêt commun, sur lesquels sa nécessité s'impose.
Ainsi de proche en proche concçoit-on, la formation d’un fédéralisme économique national, créateur d’une souveraineté économique générale, mais spéciale aux points d’intérêts économiques communs à un grand nombre de professions (6).
M. Marcel Prélot (5), subordonne cette organisation à certaines conditions : « Il convient que les gens de métiers sortent d’abord de leur isolement individualiste, puisque leurs groupes sporadiquement formés se concentrent jusqu'à s’unir en quelques grandes fédérations nationales. Il faut ensuite que ces tendances organisatrices se manifestent à peu près dans tous les domaines et qu’elles s’affirment comme le fait, sinon de la majorité, du moins d’une imposante et active minorité. Il est nécessaire enfin qu’un mouvement d'entente rapproche les unes des autres, d’une part les différentes directions et obédiences syndicalistes, d’autre part, les grandes unions patronales et ouvrières. »
Mais si « de telles conditions se trouvent pour la pre-
mière fois réalisées dans l’Allemagne de 1920 », il n’en
ést pas de même en France. Je crois malgré tout qu’un
(6) P. Boncour, « Le fédéralisme Economique », p. 391. (7) M. Prélot, « La Représentation professionnelle dans l’Allemagne- Contemporaine », p- 107.
projet de représentation professionnelle peut être sérieusement élaboré sans attendre la consécration par les faits d'un fédéralisme intégral,. sans rendre obligatoire pour l'individu l'inscription à un syndicat.
Tout ceci indique qu'avec M. Paul-Boncour, il en est qui reconnaissent au groupe professionnel des intérêts égoïstes communs à tous ses membres ; ils se déclarent d'accord avec Proud’hon qui avait proclamé justement : « On s'associe contre tout le monde », mais par contre considèrent que la diversité et l’antagonisme des intérêts de plusieurs associations considérées dans leur ensemble font d’un système « pluri-professionnel », un organisme qui ne pourrait que tendre d’autant mieux à l'intérêt général, qu’il serait plus complexe.
Passons sur ce vice rédhibitoire de la complexité qui entraîna, souvenons-nous en, la chute et l’impuissance de la Commission du Luxembourg en 1848.
Voyons plutôt jusqu'où peuvent aller les champions du fédéralisme, créateurs d’assemblées professionnelles soidisant représentatives d’un intérêt général, non seulement corporatif, mais national :
« Chaque profession, prétend M. Maxime Leroy (8), ne forme pas un intérêt isolé dans l’ensemble: les professions ont des intérêts communs, dépendent les unes des autres, font des échanges de matières, collaborent.
« Alors devrait intervenir l'institution pluri-professionnelle destinée à donner de l’unité à toutes les professions du pays: c'est elle qui déciderait des règles ressorlissant à une compétence moins étroitement spécialisée, jouant le rôle de ce que l’on appelle aujourd'hui l'Etat; “elle serait l'Etat par rapport à tous les groupements particuliers. Des professions diverses seraient ainsi amenées à discuter en commun, mais
(8) « Transformation de la puissance publique », chap. VII, L'Etat Æutur.
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À la différence de ce qui se passerait dans le Parlement imaginé par M. Ch. Benoist, les questions ne dépasseraient jamais leur compétence respective: les professionnels auraient à examiner non pas un point en dehors de leur spécialité, mais la manière de concilier, d’accommoder les uns aux autres les intérêts différents qu'ils représenteraient,.
« Toutes les professions se touchent: ces points de contact n'appar-
tiennent plus à aucun spécialiste: Ainsi, l’organisation d'ensemble n'aurait à s'occuper que de questions d’ensemble, d’un caractère effectivement collectif. Des spécialistes pourraient alors discuter utilement sans cesser d’être des spécialistes.
« Resterait à dire comment l'organisation ouvrière y répond. Aux congrès particuliers de chaque profession, fréquents et très spécialisés, s'ajoutent les Congrès de la C. G. T., où ne sont discutées que les questions dépassant le cercle de la compétence de chaque fédération: distinction de pratique dans le détail de laquelle il ne peut être question d’entrer. :
« L'intérêt général que l’auteur de « la Crise de l'Etat moderne » pensait faire servir par le Sénat se trouverait tout naturellement mis en œuvre par la délibération de celte organisation pluri-professionnelle, véritablement compétente, parce qu’elle n’aurait à discuter que des questions d'ordre pluri-professionnel: cet ordre pluri-professionnel se confondant nécessairement avec l'intérêt général, auquel il donnerait une armature technique que le jeu constitutionnel ne pourrait Jui <enlever.
« L'intérêt général, c’est en effet l'intérêt commun à toutes les professions, à tous les individus, qui, par définition, rempliront tous un rôle professionnel, c'est-à-dire productif dans la société. Il n’y a pas de fantaisie d’opinion possible parce qu'il y a un ensemble de règles précises dans chaque profession que des hommes compétents ne peuvent enfreindre par une nécessité qui est autant d'ordre social que
d'ordre psychologique. »
M. Leroy. Transformation de la puissance publique, Chap. VIH, L’Etat futur.
Voilà bien l’Economique suffisant à tout et s'appropriant tous les attributs du pouvoir politique. « L'atelier remplacera le gouvernement », mot de, Proud'hon répété à satiété ; il disait encore : « La classe laborieuse substi-
tuera, dans le cours de son développement, à l’ancienne
société civile, une association qui exclura les classes et leur
antagonisme, et il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément
le résumé officiel de l’Antagonisme dans la société civile ». Mais la vraie pensée de Proud’hon n'est-elle pas simplement, et n’est-ce pas ainsi qu’il faut comprendre. « il n'y aura plus un gouvernement de parti. La foire d’empoigne des opinions n'aura plus sa raison d’être ».
Nous allons voir que les opinions politiques ont tout de même un rôle à jouer, mais avant d'abandonner le fédéra-
lisme économique et ses créations plus ou moins chiméri-
ques, notons qu'il nous conduirait en premier ressort à la
résurrection des corporations 3t en cela il est conforme aux vœux des partisans des « Etats Généraux ». Or nous avons déjà noté plus haut à quel point elles furent accusées d’être néfastes à l’intérêt général par leur routine, leur esprit de corps et ennemies nées de la participation des compagnons à la direction.
Ce serait, la C.G.T. l’a reconnu avec M. Jouhaux en 1919 et en 1924, la Conjonction de l'intérêt patronal et de l’intérêt ouvrier contre l'intérêt général (9). Nous serons pour ces raisons adversaires de tout projet tendant à la résurrection du système corporatif.
Le fédéralisme économique intégral nous conduirait en second lieu, inévitablement, au système de la Production
(9) « Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’une large part du grand patronat, dont la guerre mondiale a décuplé le pouvoir, aspire un peu partout à confisquer à son profit la puissance publique. Le développement de l’entreprise est gêné par l'opposition des travailleurs organisés. Du jour, où les masses prolétariennes, cédant à l'attrait d'avantages pécuniaires aussi faciles à retirer qu’à impartir, s’accorderaient avec les magnats, renonceraient du même coup aux projets de collaborations internationales qu’elles caressent, les seigneurs du coton, du fer, de la houille seraient bien près d'être les maîtres de l'heure. » M. J. Caillaux. Préface du livre de M. Emile Cazalis: « Les positions sociales du syndicalisme ouvrier en France. »
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