‹ La Représentation Proportionnelle à l'Étranger: Dans les Élections PolitiquesChapitre 2 sur 55 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La représentation proportionnelle était contenue en puissance dans les premières constilutions libérales surgies à l'horizon politique. Elle devait, comme nous le verrons, par son principe même, en suivre le cours logique jusqu'a l'avènement des démocraties. C'est à cette date seulement qu’elle allait prendre son essor définitif et recevoirquelques-unes de ses premières applications.

Naturellement, tant que les peuples n’eurent pas conquis le suffrage universel pur et simple, sous la forme la plus brutale du scrutin majoritaire, la question ne pouvait se poser avec ampleur et clarté. D'ailleurs, comme toutes les grandes idées politiques, elle ne s’est pas triomphalement imposée tout d’un coup. Loin de là. Elle a soulevé les discussions les plus passionnées, subi les vicissitudes les plus diverses, fomenté les projets les plus complexes et

J. Robin 2

EN

souvent hélas! les plus abracadabrants, avant d'entrer dans le domaine de la réalisation pratique.

« La représentation proportionnelle, a dit M. Deschanel, à la tribune de la Chambre française (1) a eu le sort de toutes les grandes idées, de tous les grands progrés, d’abord méconnus, méprisés, dédaigés, honnis. Il y a encore peu d'années on ne lui faisait même pas l'honneur de la discuter. Idée de professeur, disait-on. Il en a été ainsi de tous les grands progrès politiques et sociaux parce qu’il est plus facile de rejeter une idée nouvelle que de chercher à comprendre les raisons de l’adopter. »

L'idée de professeur a fait son chemin. A l’heure actuelle, elle fonctionne daas une vingtaine de législations étrangères sous des formes politiques. administratives ou judiciaires. Elle y a triomphé des embüches et des obstacles les plus divers : vieux préjugés politiques, complexité effrayante des projets proposés et surtout incertitude des partis sur ses résultats futurs, la politique de parti passant bien souvent hélas! au-dessus de la politique nationale. Oui, ce dernier obstacle a surtout retardé l'avénement de la réforme. Le saut dans l'inconnu ! voilà le grand argument lâché. Et c’est en obéissant à la préoccupation nullement prétentieuse de déchirer un peu ce bandeau sur les

yeux du législateur que nous avons eu la pensée d'écrire

1. Discours prononcé par M. Paul Deschanel le 22 octobre 1909. Journal officiel.

cette œuvre modeste comme couronnement de nos études universitaires.

D'autres, nombreux avant nous, à la même Faculté ont entrepris d'exposer les uns, d'une façon générale, les autres en traitant certains points très particuliers, l'immense question de la représentation proportionnelle. Il y avait encore place pour un ouvrage mixte qui envisagerait le problème d’une façon générale à travers les législations étrangères et qui se donnerait comme tâche particulière l’étude des élections purement politiques. Telle est la direction spéciale que nous avons suivie.Ainsi nous aurons quelque peu négligé volontairement, le côté historique et juridique, d’ailleurs traité magistralement en 1899 par un lauréat de la Faculté. M. Saripolos dans sa thèse sur La Démocratie et la représentation proportionnelle. Nous aurons laissé de côté toute appréciation philosophique et mathématique, pour n'avoir en vue que l’exposé clair et simple des systèmes en vigueur dans les législations étrangères avec les résultats politiques et sociaux obtenus. En un mot, nous avons voulu faire plutôt œuvre pratique.

Quant à la méthode technique suivie, la voici. Et d’abord, après un court aperçu indispensable sur les fondements de la proportionnelle, une étude schématique, mais précise, des systèmes proportionnalistes pris dans leur développement rationnel, s'imposait pour la clarté même du sujet et afin que le lecteur ne soit pas dépaysé dans le dédale des systèmes en vigueur à l'étranger toujours

mélangés et complexes, presque jamais à l'état simple.

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Puis nous avons entrepris la partie décisive de notre tâche, l’étude de la R. P. dans les législations étrangères, avec de nombreux documents à l'appui et aussi récents que possible, et, négligeant quelque peu l'historique ou plutôt l’évolution de la réforme dans chaque pays, nous nous sommes efforcé principalement de montrer le fonctionnement précis des systèmes et surtout de recueillir, et c'était là la difficulté à cause des dates récentes d'application, des renseignements précieux sur leurs résultats.

Nous avons enfin tiré de cette étude une conclusion qu'on nous pardonnera d'avoir faite un peu courte. Mais en pareille matière et avec une application aussi peu lointaine, il était bien téméraire par un coup d’œil d’ensemble qui eût paru prétentieux, de jeter un jugement défi-

nitif.

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