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LES PARTIS POLITIQUES

Pendant longtemps, la politique genevoise n'a connu que les deux grands partis historiques des conservateurs et des radicaux. On ne sait trop pour quelles raisons les premiers s'appelèrent d'abord indépendants, et ensuite démocrates.

A côté de ces deux grands partis et à leur remorque

les catholiques et les ouvriers. Ces derniers marchant naturellement derrière les radicaux. Les autres un moment retenus dans le clan radical par l’habileté de James Fazy, se rattachèrent plus tard au grand parti conservateur protestant.

Vers 1890, une scission se produisit dans le parti radical; certains mécontents prirent le nom de radicaux-nationaux, pour se distinguer desradicauxlibéraux qui constituaient le gros du parti. Ils eurent leur organe attitré, le Radical-National, mais rentrèrent peu à peu dans le sein du part dont ils s'étaient détachés.

En 1895, ils furent remplacés par le groupe national; si bien qu'actuellement on peut distinguer à Genève cinq partis principaux :

1° Le parti démocratique, ayant pour organe le Journal de Genève et composé des conservateurs protestants.

8° Le parti indépendant ou catholique romain, dont les idées sont défendues par le Courrier de Genève.

3° Le part radical-libéral, représentant la nuance progressiste avancée, radicale-socialiste méme, soutenu dans la presse par Le Genevois.

4 Le parti ouvrier-socialiste, et son journal Le Peuple, de Genève.

5° Le groupe national, qui mériterait de s'appeler parti indépendant au sens français du mot, et dont le programme est appuyé plus spécialement par le Signal.

—Noore

La presse genevoise compte encore un autre organe fort répandu et qui ne se rattache à aucun + parti politique déterminé : La Tribune de Genève.

L'HISTOIRE DE LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE DANS LE CANTON DE GENÈVE

La représentation proportionnelle fut présentée pour la première fois à Genève après la révolution de 1841. Un membre de la Constituante de 1842, M. Hoffmann, proposa d'établir légalement la représentation des divers groupes d’électeurs réunis par la communauté de leurs opinions autour de candidats de leur choix. L'idée parut bizarre ; on n’y prèta aucune attention.

La question fut enterrée jusqu'à la révolution de 1846. Victor Considérant, qui se trouvait alors à Genève, adressa aux membres de l’Assemblée Constituante une brochure sous forme de lettre, intitulée : De la sincérilé du gouvernement représentatif ou exposé de l'élection véridique (26 octobre 1846). — Il n'eut pas plus de succès que M. Hoffmann en 1842.

Pourtant, les dernières élections au Grand Conseil (3 avril 1846) avaient fort nettement démontré les inperfections du système en vigueur : 1.409 électeurs radicaux avaient obtenu 19 députés, et 1.342 électeurs conservateurs en avaient obtenu 29.

La Constituante du 24 mai 1847 maintint néanmoins le système majoritaire. Des anomalies semblables à celles de 1846 allaient se reproduire.

Le 12 novembre 1854, les listes démocratiques l'emportèrent en Ville à 315 voix et à ia Rive droite à 108 voix de majorité, et ainsi avec 423 voix de majorité seulement obtinrent 58 députés, tandis qu'à la Rive gauche la liste radicale passant à 516 voix de majorité ne nommait que 38 députés.

En 1864, la majorité radicale dans le canton, comptant 5.580 électeurs, n'obtint que 44 députés, tandis que la minorité conservatrice, ne comptant qu'une moyenne de 5.900 voix, en obtint 61 (1).

La Constituante de 1862 vit éclore deux projets destinés à obtenir la représentation des minorités : l’un, présenté par un radical avancé, le docteur Mayor, était le vote limité aux trois quarts; l’autre, dû à deux députés conservateurs, MM. Antoine Morin et Charles Bellamy, était une variété du système des listes concurrentes. — La commission, dans son rapport du 4 septembre 1862, écarta l’une et l'autre proposition, comme « étant, d'une applicaüon difficile et n'offrant pas à la population quelque chose de clair et de précis. »

La question ne resta pas longtemps dans l'ombre; elle reparut à la suite d’une révolution nouvelle.

Le 22 août 1864, M. Chenevière était élu membre du Conseil d'État contre le fameux James Fazy, par

(1) Ces chiffres et les précédents sont fournis par M. Charles Bellamy. — (Un progrès démocratique, Genève, 1879).

AN

9.677 voix sur 11.025 votants. Les partisans du célèbre homme d'État refusent d'admettre cette défaite ; ils font prononcer la nullité des opérations

-par le bureau électoral ; puis, ils prennent les armes

et tirent sur la foule. Le gouvernement se montre impuissant dans la répression de l'émeute, et les troupes de la Confédération doivent intervenir pour rétablir l’ordre troublé. Une enquête est ordonnée par le Conseil fédéral, elle aboutit à un arrété du 2 septembre 1864 qui annule la décision du bureau et valide l'élection de M. Chenevière comme membre du Conseil d'État dans le canton de Genève.

Quelques jours après (12 septembre 1864), M. Ernest Naville, qui allait devenir l'apôtre de la représentation proportionnellé, écrivait: «Les élections genevoises sont devenues une occasion périodique de troubles. » [l montrait que tout le mal provenait de l'exclusion des minorités, que le remède était dans la représentation de tous les partis et que tel était le but où devaient tendre les citoyens soucieux du bien de leur pays.

En vue d’y arriver, il fonda le 15 janvier 1865, avec six autres Genevois, une association réformiste, « société libre ayant pour but d'éclairer l'opinion publique sur la nécessité d'une réforme électorale, et d'étudier les principes de cette réforme et leur application pratique (1) ».

(1) Article 1° des statuts adoptés par l'assemblée générale du 15 février 1865.

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