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républicaine pour la réforme électorale, présidée par M. le Sénateur Henry Béranger.
D. Les partis el les groupements politiques. — Toutes les organisations politiques, les unes favorables et les autres hostiles, prirent également position dans le débat.
L’'Action libérale populaire fit appel à tous ses amis, et publia des bulletins périodiques, tels Le Proportionnaliste», de Roubaix, dans lequel on trouve, numéro 15, de janvier 1909, page 13, cette exhortation aux comités du parti : « Prenez courage et travaillez. « Ne regardez pas vers le passé; l'avenir est devant « vous, grâce à la représentation proportionnelle. »
Un peu plus loin, page 14, l’auteur se demande s’il convient, pour s'adresser à l'opinion dans son ensemble, de placer trop ostensiblement la propagande à faire sous le patronage de l’Action libérale, 11 ne le croit pas parce que « l'opinion se détournerait», et il estime lus heureuse la tactique qui consiste à réunir « sur une même estrade des hommes appartenant aux « fractions les plus diverses de la Chambre pour faire « en commun campagne en faveur de la réforme. »
À remarquer que, pour la franc-maçonnerie, la représentation proportionnelle «disloque le bloc de droile», et que, pour lAction libérale populaire, «elle assure l'avenir ».
La Fédération du parti progressiste, ou Fédération républicaine, et l'Alliance républicaine démocratique
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se prononcèrent également pour la représentation proportionnelle, de même que la Commission administrative permanente du parti socialiste, ainsi que les Congrès du parti tenus à Limoges en 1906, et à Marseille en 1908.
Au Congrès de la Fédération républicaine ouvert à Paris le 23 novembre 1909, M. Exbrayat, secrétaire général, dans son rapport disait, au sujet de la campagene de conférences qui s'était poursuivie dans toute la France : «Le pays entier a été remué et comme « bouleversé par cette croisade patriotique, et il est « certain que la graine semée ne tardera pas à germer, «et que la préoccupation de la réforme électorale « dominera la grande consultation de 1910» (1).
E. Le Parti radical et radical-socialiste. — Mais le parti radical et radical-socialiste, qui possédait la confiance du pays, et qui, à lui seul, pouvait avoir la majorité à la Chambre, se trouvait profondément divisé sur cette question; la très grande majorité de ses représentants étaient irréductiblement hostiles à la réforme; certains autres, non des moindres, appartenaient au contraire à ces «troupes bigarrées» qui s’en allaient à travers le pavs faire campagne en sa faveur.
Il en résultait, dans ses rangs, un malaise d’autant plus profond qu'il avait ses amis au pouvoir; sa division, en effet, sur une question si grave, ne
(1) Journal des Débais, 23 novembre 1909.
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pouvait que jeter la confusion dans les esprits, diminuer son autorité, et par suite autorité du Gouvernement.
Dans ses Congrès annuels, la question de la représentation proportionnelle faisait l’objet, depuis plusieurs années déjà, d’ardentes discussions.
Cest au Congrès de Lyon de 1912 qu’elle fut posée pour la première fois. La Commission, spécialement chargée d'étudier et de rapporter toutes les propositions ayant un caractère électoral, demandait au Congrès de renouveler le vœu émis l’année précédente et qui tendait à la substitution du scrutin de liste au scrutin d'arrondissement.
M. Vazeille, après s’être déclaré favorable à la réforme réalisée en Belgique, proposa simplement de laisser toute la question en suspens, pour étude nouvelle, jusqu’au congrès suivant.
Sa motion fut repoussée, et les conclusions de la Commission adoptées.
Devant les Congrès de Marseille, 1903, Toulouse, 1904, et Paris 1905, la question de la représentation proportionnelle, encore posée, fut également et promptement écartée.
À celui de Lille, en 1906, elle fut déjà plus amplement discutée et renvoyée à l'étude des comités locaux adhérents au parti; e’était un premier succès des proportionnalistes au sein de ces Congrès.
En 1907, à Nancy, M. Bonnet présenta le rapport sur cette consultation des comités locaux.
[Il constata tout d’abord que la majorité s'était
prononcée pour le scrutin de liste pur et simple, et que la minorité réclamait, une partie le maintien du scrutin d'arrondissement, l’autre partie le scrutin de liste avec représentation proportionnelle. Cette constatation faite, comme des comités avaient exprimé le désir qu'on leur précisât les avantages et le fonctionnement de ce dernier mode de scrutin, M. Bonnet en exposait le mécanisme et présentait en sa faveur un plaidoyer très habile et très documenté. Comme conclusion, il proposait au Congrès d'émettre le vœu «que la Chambre discute prochainement la réforme « électorale, et vote le scrutin de liste avec représen- « tation proportionnelle.» (1).
Énergiquement combattue par différents congressistes, cette proposition, malgré l’appui que lui apporta M. Ferdinand Buisson, fut écartée encore par le Congrès qui se prononça en faveur du scrutin de liste pur et simple.
Le Congrès de Dijon, de 1908, déclara, sans discussion, qu'il n’y avait pas lieu de revenir sur la décision prise à Nancy.
Devant celui de Nantes, en 1909, il fut donné lecture d’une lettre adressée aux congressistes par M. Léon Bourgeois, de laquelle nous extrayons les passages qui suivent :
«Je suis loin de prétendre à la supériorité théo- «rique du scrutin d'arrondissement sur le scrutin de « liste, et s’il ne s’agissait que du rétablissement de
(1) Septième congrès du parti radical et radical-socialiste, à Nancy, 1907. Brochure du Comité exécutif.
« celui-ci, je discuterais bien volontiers sur les avan- « tages et les inconvénients de chacun des deux « systèmes. Je suis convaincu qu'il s’agit là, non « d’une question de doctrine ou sont impliqués les « principes mêmes de la politique démocratique, « mais plutôt d’un problème d'ordre pratique dont « les résultats, nous l’avons bien vu en 1885 et en 1889, «varient suivant les circonstances et suivant les « mouvements passagers de l’opinion.
«Mais s’il s’agit de la représentation dite pro- «portionnelle que je vois soutenir par les adversaires «les plus divers de notre Parti, autant je comprends «qu’on en fasse la délicate expérience dans certaines «élections d’ordre purement administratif, voire «même dans les élections municipales, autant, lors- «qu’il s’agit de la direction politique du pays, j'en «redouterais les effets pour notre démocratie.
«Nos ennemis disent que le défaut d’une Répu- «blique démocratique est de n’avoir pas d'unité direc- «trice. Une Chambre, sans majorité politique, divisée centre plusieurs partis, dont quelques-uns sont «inconstitutionnels, serait vite réduite à l’impuis- «sance et à l’anarchie. Certains pays connaissent «trop ce jeu de bascule, où un faible parti, en se por- «tant alternativement d’un côté ou de l’autre, rend cimpossible toute action prépondérante.
«Aux heures graves, aux heures décisives, une «majorité forte, unie, volontairement disciplinée, «peut seule donner au Gouvernement d’un grand «pays l'autorité nécessaire, soit pour faire aboutir
«une grande réforme, soit pour affirmer au dehors «la volonté de la nation» (1).
La Commission des réformes électorales s’inspira, dans ses conclusions, de la lettre de M. Léon Bourgeois; elle déclara « que le scrutin de liste ou le scru- «tin d'arrondissement sont des modalités politiques, «non de principe, mais de circonstance», et elle se prononça, en raison de la proximité des élections législatives, pour le maintien du scrutin d'arrondissement.
Son rapporteur ayant exprimé le regret que des radicaux se fussent joints aux socialistes et aux progressistes pour mener la campagne en faveur de la représentation proportionnelle, une nouvelle discussion s'établit. M. Bonnet présenta de nouveau la défense de la proportionnelle, mais en déclarant s’incliner devant le vote de Nancy qui l’avait repoussée.
Les conclusions de la Commission furent adoptées, mais dans la Déclaration du parti qui clôtura les travaux du Congrès, M. Dessoye, son rédacteur, s’exprima ainsi, au nom du Parti tout entier :
«La question du système électoral n’est pas une «question de doctrine qui doive engager l’activité «solidaire d'un parti. Le Congrès laisse à chacun sa « liberté » (2):
C'était un nouveau et important succès pour les radicaux proportionnalistes qui pouvaient continuer leur propagande sans enfreindre les règles du Parti.
(1) Armand Charpentier, Le parti radical et radical-socialiste à travers ses congrès (pp. 147 et 146), Paris, 1913.
(2) Neuvième Congrès du parti radical et radical-socialiste, à Nantes, 1909, Déclaration du parti. Brochure du Comité exécutif.