‹ La Représentation Proportionnelle Devant Les Chambres Françaises Étude D'histoire Parlementaire Et LégislativeChapitre 41 sur 73 · HET · texte numérisé non relu

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Ainsi les deux principes se trouvaient opposés Fun à l’autre; tous les deux furent brillamment défendus : le principe majoritaire par MM. Malavialle, Maginot, Thomson et Pelletan, et le principe proportionnaliste par MM. Jaurès et Groussier (1).

M. MALAVIALLE. — La Chambre doit-elle conserver sa confiance au vieux mode majoritaire ou mettre ses espérances dans l’exotique nouveauté de la représentation proportionnelle, séduisante par son apparence de justice, mais déconcertante en fait par la complicité de son mécanisme, par la singularité de ses procédés de répartition, par linexactitude de ses résultats, enfin par le commun patronage, également compromettant, des réactionnaires et des révolutionnaires coalisés, qui provoque chez la plupart des républicains, une méfiance bien naturelle,

Le système majoritaire a fait ses preuves.

Cest celui qui fonctionne dans la libre Angleterre et dans tous les grands États parlementaires.

C’est celui que Rousseau a préconisé dans son Contrat social; c’est celui que la Révolution a donné à la France; c’est celui auquel notre démocratie demeure profondément attachée parce qu’elle le connaît, parce qu'il est clair et sûr, parce qu'elle veut garder le choix de ses représentants, au lieu de l’abandonner à des officines secrètes eb serviles de toutes les puissances de l'intrigue et de l'argent.

(1) Discours des 20 et 2? juin 1911, Annales, 1911, L, ?, pp. 391 et suivantes,

Normalement appliqué, le principe majoritaire incarne la représentation et la souveraineté nationales dans le corps des élus de la majorité de tous les collèges électoraux. Un Parlement ainsi nommé n'étouife pas les minorités qui y gardent leur part de représentation, leur droit de parole et de vote.

Ainsi les élections sont ce qu’elles doivent être : une lutte entre partis, sur des programmes, pour conserver ses positions, ou enlever celles de ses adversaires.

Le résultat, c’est la réforme continue, sans secousse et sans révolution.

M. JAuURÈS. — Les majorités homogènes et efficaces sont nécessaires, mais ce que contient la formule majoritaire, ce n’est pas que la nation légifère et gouverne, c'est que, dans chacune des circonscriptions, la m'ajorité ne fût-elle que d’une voix, fût-elle une majorité de coalitions, prenne la représentation tout entière et ne laisse rien aux autres citoyens.

On dit que si la majorité a tout pris dans une circonscriplion, elle n’a rien reçu dans une autre où elle s’est trouvée en minorité. Alors la même injustice ct la même violence se sont produites en sens contraire, mais ce n’est pas ainsi que le droit des citoyens doit être garanti dans une démocratie.

Le scrutin de liste a pu avoir, à certaines heures, sur le scrutin d'arrondissement, le mérite d’obliger les esprits à regarder plus loin que leur horizon immédiat, mais il offrait aussi un péril, celui de laisser le pays à la merci d’un faible déplacement de suffrages, produit par une émotion d’un jour.

Le seul moyen de le rétablir, de le faire vivre, c’est de le corriger, de le tempérer par la représentation proportionnelle.

Le vole sur l'amendement Malavialle. — Par 341 voix contre 223 cet amendement fut repoussé.

Entre les deux principes, la Chambre s'était prononcée, mais les résultats du scrutin montraient que la réforme allait désormais se poursuivre contre la majorité des républicains sur lesquels, en dehors de cette question spéciale, tout Gouvernement devait s'appuyer à la Chambre.

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