Tome II, p
Lo
Remarquons, d’autre part, que les adversaires de la réforme lui adresssent les objections de principe les plus opposées : par là même, elles se neutralisent et se détruisent. En effet, on ne saurait reprocher en même temps à la représentation proportionnelle d’accentuer les luttes électorales et l'esprit de parti, d’une part, et d’éteindre la vie publique, de l’autre ; pas plus qu’on ne saurait prétendre en même temps qu’il n’y aurait plus que des majorités trop faibles pour soutenir efficacement le gouvernement, — et que, par l'excès de leur stabilité, ces majorités pourraient présenter un péril pour la tranquillité publique.
Ce qu’il faut reconnaître, au contraire, c’est que tous les partis pouvant s'organiser suivant un programme net et précis, le corps électoral y trouvera son avantage: au lieu de généralités vagues et confuses, les partis lui présenteront des idées claires et capables de lui donner une orientation politique bien déterminée ; d’autre part, favorisant ainsi la constitution des partis avec un programme nettement défini, la représentation proportionnelle permettra à la majorité gouvernementale d’avoir plus de consistance et de stabilité, maïs cette stabilité ne sera pas la stagnation complète car le Parlement reflétera toujours l’opinion publique et la suivra dans ses évolutions. Or, « ce qui fait la force des majorités parlementaires, c’est moins leur nombre que leur
consistance ; le système majoritaire donnera peutêtre le nombre et encore est-ce une question de hasard, il ne donnera pas la consistance. Le système proportionnaliste ne donnera certainement pas un nombre factice, mais il donnera à la majorité toute la consistance et toute la solidité d’une institution issue de l’élection elle-même et d’un produit organique du suffrage universel, au lieu d’être le résultat d’une simple combinaison parlementaire (1). »
En somme, bien que la réforme ne soit pas une panacée,il faut du moinsreconnaître, lorsque l’on compare le caractère des élections faites selon le principe proportionnel et des élections faites selon le principe majoritaire, que le système proportionnel est tout à la fois juste, puisqu'il maintient l’égalité des citoyens dans la représentation, vrai, puisqu'il réalise, autant que cela dépend de la loi, l’accord de la majorité du corps élu et de la majorité du corps électoral, et pacifique, puisque,aux luttes électorales toujours fertiles en conséquences funestes, il substitue une émulation salutaire entre divers groupes, certains d’obtenir, dans la mesure où ils recruteront des adhérents,
leur juste part du pouvoir législatif.