CHAPITRE II
Effets et résultats
SECTION Î. — Les partis volitiques en Wurtemberg
el la représentation proportionnelle.
En Wurtemberg, aucun parti ne dispose d’une majorité considérable. Dans le cercle du Danube, sur les confins de la Bavière, il y a une très forte proportion de catholiques, ce qui donne la prépondérance au Centre dans cette région ; à Stuttgart et à Cannstatt, villes industrielles, la Sozialdemokratie prédomine ; quant au Volkspartei (l'équivalent des radicaux français), il est répandu à peu près dans tout le pays ; les Conservateurs proprement dits ne sont plus qu’un parti infime qui a fusionné avec le Bauerbund, parti essentiellement agrarien et ayant adopté toutes les idées protectionnistes des agrariens prussiens ; reste enfin le Deutsche Partei qui se recommande du national-libéralisme : or, la caractéristique des nationaux-libéraux allemands est d’être indécis sur leurs propres opinions. Ce sont eux, en
effet, qui, au Reichstag de l’Empire, ont accepté les
he premiers la constitution du bloc conservateur-libéral ; en réalité, ils sont plus nationaux que libéraux; ils ont, par exemple, toujours soutenu la politique autoritaire de Bismarck parce qu'ils la considéraient comme nationale et allemande au premier chef : d’ailleurs, leur chef actuel est M. Bassermann, qui pendant toute l’affaire du Maroc, fut le leader attitré des chauvins allemands.
Il existe donc en Wurtemberg un parti d’extrèmegauche, la Sozialdemokratie qui, d’après les prévisions, aurait disposé à la veille des élections, d’environ 91.500 voix ; un parti de gauche, le Volkspartei qui aurait eu, pour sa part environ 75.000 voix. Pour les partis de droite, le Bauerbund (agrariens) se voyaitattribué environ 50.000 suffrages, et le Centre (parti confessionnel catholique) aurait eu, d’après les mêmes prévisions, environ 90.000 suffrages ; quant aux Conservateurs proprement dits, ilsne constituaient qu’un groupe minime de 4.000 à 5.000 électeurs. Reste un parti indécis, le Deutsche Partei, pour lequel on prévoyait environ 68.000 suffrages, mais qui, disons-le dès maintenant, fit les frais de la première expérience de la représentation proportionnelle (1).
1. Voici, d’après la Neckarzeilung, citée par la Frankfurler Zeitung du 8 décembre 1996, le tableau récapitulatif des pertes et gains des divers partis de 1900 à 1906.
Pour mieux caractériser les élections wurtembergeoises du 5 décembre 1906 et du 11 janvier 1907, il faut encore mentionner qu'elles concordaient avec les élections au Reichstag, élections consécutives à la dissolution de cette assemblée qui s’était produite dans les conditions suivantes : M. de Bülow avait gouverné jusqu'alors avec des conservateurs, les agrariens, et avec le Centre, bien qu'il n’y eût pas d'alliance ouverte avec ce parti : il était aussi appuyé par les nationaux-libéraux ; il avait contre lui les socialistes venus en grand nombre au Parlement à la suite des élections de 1903, les libéraux avancés ou libres-penseurs (Freisinnige), et les députés des diverses nationalités (polonais, danois, alsacienslorrains). M. de Bülow n’ayant pas pu faire au Centre les concessions qu'il désirait au point de vue confessionnel, ce parti affirma son intention de ne plus soutenir la politique étrangère du Chancelier de l'Empire, et celui-ci, n’ayant plus de majorité possi-
ble, dut dissoudre le parlement. Les élections au
DAPARV Arr on PERD SD
Élections au Landtag 1900 67.884 69.658 76.040 37.719 58.721
— Reichstag 1903 61.420 62.608 89,939 48.913 91.657
— Landtag 1906 68.072 76.736 89.685 49.523 91.650
Il paraît curieux que, dans cette période de 1900 à 1906, tous les
partis aient gagné des voix ; mais, l'accroissement du nombre d’élec-
teurs s'explique en partie par la rapide augmentation de la natalité en; Allemagne.
Reichstag eurent lieu fin janvier et au début de février 1907. La question du Maroc étant alors brûlante et ayant été d’ailleurs la cause indirecte de la dissolution du Reichstag, le gouvernement se plaça sur le terrain patriotique, ce qui lui permit tout à la fois de rassembler contre le socialisme, le vainqueur des élections de 1903, tous les partis bourgeois autres que le Centre, de jeter sur le Centre la suspicion de n’être pas suffisamment patriote, et d’être plus catholique qu’allemand, et enfin de fortifier sa politique étrangère marocaine, anti-française et anti-anglaise, par la constitution d’un bloc national. Le parti socialiste revint au Parlement diminué de près de moitié, la droite et les libéraux de toutes nuances constituèrent un bloc, à la vérité un peu hybride, et le parti catholique se vit tenu à l’écart du gouvernement.
Aujourd'hui, la politique étrangère de M. de Bülow ayant échoué en très grande partie, et ayant même provoqué des dissentiments entre l’empereur et le chancelier, des scissions se manifestent déjà et le bloc commence à s’effriter.
Il semble donc que d’après la politique générale allemande de l’époque,ie Volkspartei et le Deutsche Partei wurtembergeois auraient dû marcher de pair contre la Sozialdemokratie en leur qualité de partis bourgeois ; or, dans la réalité, aux élections généra-
les, le Volkspartei ne fit aucune alliance, tandis que
le Deutsche Partei , au contraire, s’alliait au Bauerbund (parti de droite) dans la majeure partie des circonscriptions.
Aux élections proportionnelles, la scission entre les nationaux-libéraux et Les libéraux avancés s’accentua davantage encore,puisque le Vokspartei associa ses propositions d'élection à celles de la Sozialdemokratie dans les deux circonscriptions nationales, tandis que le Deutsche Partei s’associait de son côté avec le Bauerbund et les Conservateurs.
Le Wurtemberg resta donc indifférent en cette circonstance à la politique générale de l’Empire, et les événements qui s’y passèrent forment même un contraste frappant avec ceux que déterminera la politique de M. de Bülow.
En somme, ceci caractérise l’esprit d'indépendance relative de l'Allemagne du Sud, s’opposant une fois de plus à l’Allemagne du Centre et du Nord, et le véritable esprit local du corps électoral wurtembergeois ; c’est-à-dire: d’une part, le socialisme dans les villes industrielles et les grandes villes, d’autre part, le radicalisme chez une quantité de petits propriétaires ruraux, puis, un rapprochement d'intérêts se créant entre ces radicaux et ces socialistes : au contraire, la tactique inverse s’opérant chez les agrariens, et le Deutsche Partei, qui représente plutôt des idées sentimentales que des intérêts réels, se
dissociant suivant les tendances individuelles de ses
membres, ou bien dans le Volkspartei ou bien dans le Bauerbund. Quant au Centre, parti essentiellement confessionnel, il demeure impénétrable.
Il nous reste quelques mots à ajouter sur les opinions émises par les partis au sujet de la représentation proportionnelle.
Le Deutsche Partei, obligé de compter beaucoup sur l’influence personnelle de ses membres pour faire passer ses candidats, est adversaire de la représentation proportionnelle et constate avec mélancolie, au lendemain des élections, combien la nouvelle forme électorale lui a été préjudiciable. Le Schwcæbischer Merkur, organe du parti à Stuttgart, s’exprime en ces termes : «En ce qui concerne le Deutsche Partei. les électeurs ont apporté non pas précisément une désillusion, mais bien une confirmation des craintes que l’on avait dans le parti sur l’issue des élections proportionnelles, craintes déjà exprimées lorsque l’on avait adopté ce système d'élections lors dela revision de la Constitution. De tout temps le Deutsche Partei s'est adapté plus que tout autre parti au système de l'élection personnelle, et il lui manque, en conséquence, cette discipline sévère qui attache les électeurs au parti avant tout. Ceci devait apparaître dans les élections proportionnelles (1). »