‹ La Représentation Proportionnelle: Soumise à l'expérience belgeChapitre 17 sur 47 · A L'ÉGARD DU PARTI LIBÉRAL · texte numérisé non relu

A L'ÉGARD DU PARTI LIBÉRAL

C’est à la Représentation Proportionnelle que le parti libéral doit sa résurrection et il lui en sait gré.

Nous avons vu incidemment dans la section précédente que l'introduction du suffrage universel en Belgique avait eu pour effet d’annihiler ce parti politique que son ancienneté aurait dû pourtant garantir contre l’invasion d’un parti nouveau, puisqu'il ne datait que de 1893.

Dépossédé de toute représentation dans les provinces flamandes où les catholiques dominaient en maitres, luttant avec peine contre les socialistes dans les provinces wallonnes, c'est à peine s’il arrivait à obtenir à la chambre une douzaine de sièges pour un nombre relativement élevé de suffrages et qui dépassait mème le nombre de voix socialistes élisant cependant beaucoup plus de représentants.

Ce qui faisait qu'à chaque renouvellement partiel, les libéraux voyaient diminuer leurs contingents électoraux : les uns les quittaient à cause de leur

ere

faiblesse même, et pour aller aux socialistes d’où leur semblait devoir plutôt venir le succès, les autres au contraire se mettaient à la remorque des conservateurs pour faire face à cette croissance constante du parti d’extrême-gauche qui leur paraissait effrayante. |

Si donc le régime électoral n'avait pas changé, le parti libéral disparaissait complètement pour ne laisser en présence que le parti conservateur et le parti socialiste que ses récents succès rendaient de plus en plus combatüf. Il y avait là une situation pleine de dangers pour la paix publique.

Même au point de vue de la majorité, il y avait intérêt à changer le systèmequi, avec le cartell anticlérical, menaçait de constituer à la Chambre les libéraux, juges du camp. Aussi, était-ce avec raison que M. van den Heuvel, ministre de la Justice, indiquait le rétablissement de l’opposition libérale comme l’un des principaux avantages de la Représentation Proportionnelle.

Voici, à ce sujet, quelques lignes du superbe discours qu’il prononça au Sénat le 27 septembre 1899 : «Ce parti, disait-11en parlant du parti Libéral, » a été frappé par la révision qui a fait descendre le » suffrage des classes moyennes où il se recrutait » principalement, jusque dans les classes ouvrières, » où il compte relativement moins d’adhérents. » Encore a-t-il réuni plus de 400.000 suffrages.

» Si ce parti véutredevenirquelque chose, remonter » à la surface de l’eau, il ne le peut. Le hasard de

eV ee » la distribution des électeurs et du tracé des cir- » conscriptions donne au socialisme le moyen de » l’arrêter et de le tenir au fond de la rivière jusqu’à » ce qu'il ait abandonné dans une coalition une » partie de son indépendance. Cela est-il utile pour » le pays ou pour le Parlement? » (1).

C’est donc encore ici la Représentation Proportionnelle qui est venue changer la face des choses. Cette institution à rendu au parti libéral sa vie propre : elle lui a évité d’avilissantes compromissions en le dégageant des alliances socialistes : elle l’a aidé puissamment à recouvrer son autonomie et à se ressaisir. Aux élections de 1900, les libéraux arrivèrent au scrutin avec des groupes importants d’électeurs dans toutes les provinces du pays et spécialement dans les provinces flamandes que l’on croyait inféodées pour toujours sous la puissance conservatrice.

Et ce parti que l’on croyait anéanti parce qu'il n’était pas, comme le parti socialiste, resté maitre de certains arrondissements, arrive aujourd'hui à constituer à la Chambre et au Sénat une puissance plus grande que ce dernier. C’est ainsi que depuis 1900, tandis que les socialistes ont eu successivement à la Chambre 32, 33, et depuis 1904, 28 sièges ; les libéraux de 33 qu'ils étaient en 1900 sont aujourd’hui 43 à la Chambre. Nous ne ferons pas le même parallèle pour le Sénat où les chiffres sont beaucoup moins significatifs, puisque l’exigibilité d’un

4) Voir Annales Parlementaires, Sénat, 1899, p. 2.666.

Page 1