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plus, des membres de la droite constataient la disparition de quelques éminences de leur parti.
Mais cet état de choses n’était pas imputable à la réforme électorale. Pour certains d’entre eux, l’instauration d’un nouveau régime semblait n'avoir été que l’occasion attendue d’une retraite désirée, d’autres étaient passés au Sénat, d’autres enfin s'étaient retirés parce qu'ils n’avaient point voulu se mêler aux intrigues que suscitait entre les députés sortants la nécessité de faire aux adversaires le sacrifice de quelques sièges.
D'ailleurs les nouvelles Chambres figuraient
encore une transition entre deux régimes : la représentation basée sur les subdivisions du territoire et la représentation basée sur les groupements d'opinion.
- Il ne faut pas non plus se dissimuler qu’en politique l’on aura toujours affaire à des politiciens. Et s’il est très désirable d’avoir au Parlement des orateurs dont l’éloquence chaude et persuasive relève l'éclat des débats, des juristes qui puissent apporter dans les travaux législatifs le secours d’une pensée claire et précise, de telles ambitions peuvent sembler parfois un peu téméraires.
Une démocratie doit déjà s’estimer très heureuse de voir siéger au Parlement les véritables chefs des différents partis politiques qui l’incarnent. Et c’est là précisément l’un des résultats dont peut s’honorer à juste titre la Représentation Proportionnelle. Elle a contribué pour une très large part à faire entrer
la Chambre les principaux représentants des
trois grands partis politiques belges.
« Plus d’un nouveau venu parmi les libéraux et les catholiques, dit M. Goblet d’Alviella en parlant des élections de 1900, contribuera certainement à élever le niveau des débats. Quant aux socialistes, nous ignorons la valeur de leurs recrues, mais c’est incontestablement un mérite de la Représentation Proportionnelle qu'elle ait permis à MM. Van der Velde et Bertrand de prendre leur place naturelle parmi les représentants de Bruxelles, à M. Anseele parmi ceux de Gand et à M. Terwagne parmi ceux d'Anvers (1). »
Voici d’ailleurs un autre témoignage qui confirme
celui de M. Goblet et d'autant plus suggestif qu'il émane d’un ancien adversaire de la Représentation Proportionnelle : « Le nouveau régime, dit M. Ros-
seeuw, député catholique de Louvain, assure l’élection des personnalités les mieux en cours auprès des associations politiques. Aussi, à aucun moment de notre histoire parlementaire, la Chambre n’a-t-elle assisté à des discussions aussi longues, aussi incommensurablement verbeuses qu'aujourd'hui, forcée qu'elle est d'entendre des redites continuelles successivement reprises par des élus de chacun des partis dans tous les arrondissements (2). »
(1) GOBLET D’ALVIELLA, 0p. cit, plus haut p. 158. (2) M. Rosseguw, dépulé de Louvain. Enquête de La Croix,
9 août 1908.
se
L’honorable député semble regretter ce qu’il considère comme une perte de temps. Mais n’était-ce pas là une conséquence forcée de la présence à la Chambre des partis d'opposition quitrouvent désormais devant eux au Parlement des adversaires de force presque égale ?
Faut-il ajouter que ces discussions, que nous reconnaissons devenir souvent oiseuses, indiquent chez les députés un désir plus grand d'approfondir les questions et de poursuivre les réformes qui ne les intéressaient guère autrefois, alors qu'ils n’avaient d’autres soucis que celui de leur réélection. Aujourd’hui que la Représentation Proportionnelle a donné une plus grande stabilité aux mandats politiques, les élus n’ayant plus à compter comme jadis avec toutes les exigences et les faiblesses déprimantes que comporte le culte de la popularité, auront désormais plus de temps à consacrer au véritable but de leur mission.
Il ne peut être ici question de citation de noms comportant une série d’appréciations personnelles pour appuyer ce que nous avançons et prouver que le niveau parlementaire s’est considérablement relevé avec le nouveau régime. Nous n’avons aucune qualité pour le faire : ne faut-il pas connaitre les hommes et les avoir vus à l’œuvre avant de les juger ? Aussi préférons-nous en laisser la responsabilité à d’autres.
Laissons plutôt la parole à M. Franz Fischer. Voici ce qu'il nous dit des nouvelles recrues socia-
Te
listes de 1902 : « Les trois nouvelles recrues du » groupe parlementaire socialiste sont précieuses, » écrit-il, Léon Meysmans, le nouveau député de » Bruxelles, est un'écrivain dont le grand mérite a » consisté dans une propagation constante et sys- » tématique de la conception matérialiste des événe- » ments historiques ; ses adversaires le dénomment » le vicaire de la chapelle marxiste. Le docteur » Branquart, élu à Soignies après une éclipse » parlementaire de deux années, ira très dignement » reprendre sa place très militante et juvénilement » combative à la Chambre. Enfin le citoyen » Donnay, élu à Liége, renforcera le groupe » ouvrier auquel il apportera l’aide précieuse des » qualités d’administrateur qu'il développe dans la » gestion d’une de nos plus prospères coopératives » socialistes (1) ».
Au reste, il faut pour apprécier exactement l'influence de la Représentation Proportionnelle sur le recrutement du personnel parlementaire établir une distinction entre les différents partis.
Des raisons particulières ont empêché tel ou tel d’entre eux de profiter aussi largement à ce point de vue spécial des bienfaits de l'institution nouvelle.
(1) Franz FiscHer. Revue socialiste 1902. Article cité plus haut.