‹ La Représentation Proportionnelle: Soumise à l'expérience belgeChapitre 31 sur 47 · NE · texte numérisé non relu

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C’est ainsi par exemple que le parti catholique n’a profité que légèrement de l'avantage que nous signalons. La Représentation Proportionnelle impliquait d’abord pour ce parti la perte de nombreux sièges dans le pays flamand et le gain seulement de quelques sièges dans le pays wallon. Il y a eu par conséquent depuis 1899 fort peu d'élus nouveaux dans les Flandres.

Il semblerait cependant que dans la plupart des arrondissements, on a montré plus de souci qu’autrefois de la valeur intellectuelle des nouveaux candidats, que de plus on a cherché à rajeunir les cadres de la droite parlementaire en choisissant des hommes plus jeunes. Ainsi les provinces wallonnes ont fourni au parti catholique quelques orateurs de talent : cette même tendance semble aussi se manifester dans certains arrondissements du pays flamand.

Pour le parti libéral, l'amélioration est incontestable non seulement comme quantité mais aussi comme qualité.

Les 12 ou 15 députés d'avant la Représentation Proportionnelle étaient pour la plupart d’obscurs politiciens, avocats de troisième ordre dans leurs petites villes. Aujourd’hui, depuis que les libéraux sont appelés à jouer un rôle au Parlement, ils se sont fait représenter dans tous les grands arrondissements par des hommes de haute valeur, orateurs et administrateurs de talent.

Les 12 à 15 députés d'autrefois étaient les élus de

quelques petits arrondissements : actuellement Bruxelles, Liège, Anvers, Gand ont des représentants libéraux qui font honneur au Parlement.

Chez les socialistes, la Représentation Proportionnelle n’a pas encore produit d'effets sensibles au point de vue du recrutement de ses députés.

En 1894 ce parti tout jeune et enthousiaste, fortement discipliné, avait imposé aux arrondissements industriels dans lesquels il avait des chances de succès les candidatures des principaux chefs, sans aucun égard à leur domicile ou à leur origine. C’est ainsi que lLiége élisait M. Anseele de Gand et M. Denis de Bruxelles ; Charleroi nomma M. Van der Velde et M. Turnemond de Bruxelles ; M. Bertrand, autre chef bruxellois, fut député de Soignies.

L'effet de la Représentation Proportionnelle fut de ramener tous ces étrangers dans leur propre arrondissement : Aujourd'hui M. Anseele est député de Gand, MM. Van der Velde et Bertrand se font élire à Bruxelles, etc...

C’est même probablement à cette circonstance qu'est dû le relâchement constaté récemment dans le parti socialiste. La discipline y devient moins forte, des ambitions locales surgissent partout, les éléments ouvriers jalousent de plus en plus les intellectuels. Il semble d’ailleurs que le socialisme recrute moins d’adhérents dans les nouvelles générations d’intellectuels, au barreau notamment.

Si donc cette institution n’a pas, au point de vue que nous examinons, donné tous les résultats qu’on

en attendait, ceci est dû à d’autres causes qui tendent, au contraire, à abaisser le niveau parlementaire et auxquelles, d’ailleurs, il semble difficile de remédier. C’est notamment l’extension du droit de suffrage, qui nécessairement tend à mettre l’élu au niveau des forces prépondérantes qui l'ont fait élire.

Puis, c’est une cause un peu spéciale à la Belgique à savoir le développement et la rapidité des moyens de communication qui permettent aux députés des arrondissements les plus éloignés de venir à Bruxelles chaque matin et de rentrer chez eux le soir de chaque jour de séance, d’où impossibilité de faire valoir d’autres candidatures que celles des hommes du terroir. On retombe ainsi en plein dans l’un des plus gros inconvénients du scrutin uninominal.

L'on peut dire pourtant, en toute impartialité, que la Représentation Proportionnelle à valu à la Belgique, dans son ensemble, un meilleur recrutement du personnel parlementaire. La composition des Chambres depuis le vote de la réforme électorale a révélé un niveau intellectuel bien supérieur à ce qu'il était sous la législature précédente, qui, de l’avis de tous, ne sortait pas de la médiocrité. Qu'il suffise, pour s’en convaincre, de jeter les yeux sur les oraisons funèbres prononcées sur sa tombe par les journaux de tous les parts !

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