PREMIÈRE PARTIE
L'EXPÉRIENCE BALGE
ET
L'expérience belge, avons-nous dit, a une double signification. Elle prouve d’abord les bienfaits de la Représéntation Proportionnelle. Elle enlève ensuite tout fondement aux griefs des adversaires de la réforme, nombreux avant son application.
Cette première partie sera consacrée au premier de ces deux points. On y verra comment la Représentation Proportionnelle a servi non pas seulement les intérêts du pays, mais aussi les intérêts des partis politiques et ceux des électeurs eux-mêmes.
I. — La Représentation Proportionnelle a servi les intérêts du pays. N'est-ce pas ce nouveau
Ur
régime qui a, en quelque sorte, pacifié la Belgique en lui rendant le calme et la liberté perdus pendant les dernières luttes électorales ? Tous les partis obtenant désormais un nombre de représentants en rapport avec leur importance, la lutte pour la vie n'avait plus à préoccuper les adversaires aux prises. Il ne s'agissait plus pour eux d’être tout ou rien, mais d’être plus ou moins. Dans ces conditions, la violence, la fraude, la corruption perdaient une grande partie de leur intérêt.
Autre avantage pour le pays. La Représentation Proportionnelle à empêché que la Belgique ne restät divisée politiquement en deux partis, correspondant à peu près à la division des deux langues qu'on y parle, la langue française et la langue flamande. Sous le régime majoritaire, les provinces wallonnes dont le français est la langue n'élisaient guère que des libéraux et des socialistes, alors que les provinces flamandes appartenaient à peu près sans partage aux catholiques. Depuis l'application de la réforme, les catholiques ne sont plus, pour ainsi dire, exclus des provinces wallonnes et réciproquement les libéraux retrouvent des sièges dans les provinces flamandes.
II. — La Représentation Proportionnelle a servi les intérêts des partis. Nous verrons que sans elle, la fraction doctrinaire du parti libéral ne serait pas rentrée au parlement. C’est aussi cette institution qui à fortifié la majorité catholique en la rendant plus stable, tout en donnant aux socialistes
note
l'espoir de jouer désormais avec l'appui des libéraux quelque rôle sur la scène parlementaire.
Bien plus, le régime nouveau a contribué pour une large part à relever en Belgique la dignité et l'indépendance des partis, qui ne vivaient auparavant que de compromissions fâcheuses et d’alliances immorales.
II. — Enfin la Représentation proportionnelle a servi les intérêts de l’électeur lui-même. Désormais le droit de suffrage ne sera plus pour lui un droit illusoire. Cette réforme en établissant un heureux et juste équilibre entre les partis représentés au Parlement a complété l’œuvre du vote obligatoire en supprimant davantage encore les abstentions, déjà très rares chez nos voisins.
Faut-il ajouter que la Représentation Proportionnelle a contribué pour une large part à l’amélioration du personnel parlementaire. Chaque parti, ayant désormais sa représentation, était certain au moins du succès de ses chefs.
D'un autre côté, leur mandat étant plus stable, les représentants de la nation pouvaient plus efficacement s’adonner à leur véritable rôle, sans être toujours harcelés par le souci de leur réélection.
Telles sont les différentes questions qui seront traitées dans la première partie de ce travail et que nous allons passer successivement en revue dans les chapitres qui suivent.