‹ La république américaine. Édition française. Avec une préf. de M.E. ChavegrinChapitre 60 sur 60 · OD L OPINION PUBLIQUE RÉUSSIT · texte numérisé non relu

OD L OPINION PUBLIQUE RÉUSSIT

peuple que celle de Washington lui-même. Quand paraît un homme qui a quelque chose d'énergique ou de séduisant, il devient l'objet d'un si grand engoûment populaire, d'une si grande admiration, que les esprits calmes qui voient ses défauts et qui redoutent peut-être ses principes relâchés reprochent à leurs concitoyens leur penchant à faire une idole avec du bois ou de l'argile. La carrière d'Andrew Jackson en est une preuve, bien qu'on puisse supposer que le peuple serait aujourd'hui assez intelligent pour juger un tel caractère mieux qu'il ne le fit il y a soixante-dix ans. Je me demande s'il y a un pays où un homme réellement brillant, doué d'une grande confiance dans ses propres forces, et joignant le charme d'une personnalité remarquable au talent de l'éloquence populaire, pourrait arriver plus facilement à la renommée et au pouvoir et exercerait une plus grande influence sur l'esprit et les sentiments delà multitude. Un tel homme, qui parlerait au peuple avec l'indépendance d'un personnage qui a conscience de sa force, serait immédiatement apprécié et respecté.

Les luttes politiques sont encore violentes; on y trouve plus d'attaques personnelles qu'on se serait attendu à en rencontrer dans un pays où il n'y a pas de questions graves qui excusent la surexcitation. Mais à ce point de vue aussi il y a un progrès. Les membres actifs des partis ne respectent rien, mais la masse du peuple se prête moins aux campagnes violentes qu'à l'époque de Jackson, ou pendant les premières années de la République que l'on a considérées longtemps comme une sorte d'âge héroïque. L'opinion publique devient plus modérée, plus douce et certainement plus tolérante. Sa force même la prédispose à supporter l'opposition et les remontrances. Elle se respecte trop pour vouloir faire taire une seule voix.

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