LA CAROLINE DU SUD PROVINCE ROYALE
beaucoup de progrès, quoique la colonie eût déjà un demisiècle d'existence. Les causes en étaient variées. C'étaient l'action énervante du climat, l'insalubrité du pays, les fléaux épidémiques qui s'y abattirent, et surtout les luttes \ioIeDtes et incessantes qui signalèrent cette période. Cette dernière considération ne fut pas la moindre sans doute, pour décider les Huguenots à abandonner la Caroline du Sud. Ils n'y avaient jamais eu d'influence réelle. Aucun de leurs noms n'avait figuré parmi les membres du Conseil, qui étaient tous, au contraire, de la race anglosaxonne (1). La grande différence d'habitudes et d'idiome entre eux et le reste de la population, l'état incessamment tourmenté de cette province les obligeaient à considérer ce lieu de leur séjour plutôt comme une étape que comme un asile définitif et une patrie d'adoption ; aussi jetèrentils les yeux sur la Louisiane, aussitôt que la France en eut pris possession. Il leur semblait qu'ils allaient y retrouver la patrie absente. Une pétition signée de quatre cents chefs de famille sollicita de Louis XV l'autorisation de s'établir dans celte possession sous son autorité, à la seule réserve de sa liberté de conscience. Mais ce prince, aveuglé sur ses vrais intérêts, repoussa inexorablement cette supplique. 11 ne voyait en eux que des dissidents, non un noyau de Français qui, de prime abord, auraient donné à cette colonie naissante un puissant essor (2). Obligés de se replier sur eux-mêmes, les Huguenots se résignèrent à rester citoyens de la Caroline du Sud à laquelle ils fournirent par la suite une excellente pépinière d'hommes d'État. Parmi eux se fit remarquer Henry Laurens, qui fut Tun des présidents du congrès né de la révolution américaine (3).
La Caroline du Sud devenant province royale reçut le même gouvernement que la Caroline du Nord, tel qu'on
(!) Carboll, vol. I, p. 284. — (2) Histoire des ré fugiés protestants de fronce par Wkiss, vol. I, p. 387. — (3) Deux aulres descendants des Huguenots, John Jay et Elias Boudinot, occupèrent le même poste pendant celte période. Voir Baird, Religion in America^ p. 161.
Ta vu plus haut, et qui ne différait guère de celui déjà établi peudant Tinterrègne. Ce fut le point de départ d'une ère^Ius pacifique. Une grande impulsion fut donnée ao\ affaires par les marchands anglais. L'intérêt mercantile venant à dominer, les luttes de prérogatives, les débals entre les sectes se calmèrent, et si Ton observa encore par intervalles quelque exubérance d'indépendance, ce ne (nt plus qu'à l'état passager et accidentel. Du reste le nouTeau gouverneur Robert Johnson, dans un but d'apaisement, fit remise de l'arriéré des guit rents, et consentit à une nouvelle émission de billets de crédit. Il s'appliqua surtout à solliciter et à encourager l'imniigration, en faisant préparer en 1733 un travail cadastral qui permit d'assurer à chaque nouvel arrivant un terrain ayant une assiette fixe dans une circonscription communale déterminée à l'avance. Onze towns furent ainsi créées sur des terres appartenaol à la Couronne, longeant les principales rivières. Chacune comprenait 20,000 acres, qu'on fractionna par lots de 50 acres. On accorda deux représentants dans l'Assemblée générale à chaque town lorsqu'elle compterait cent familles résidentes. Cette organisation était pleine de | sagesse ; elle associait étroitement Tintérét individuel arec la fortune du pays d'adoption. Mais la convoitise s'abattit sur ces terres et les fraudes se multiplièrent pour enrichir quelques-uns au détriment de la pensée généreuse qui avait présidé à cette conception. Le géomètre chargé de l'opération cadastrale» appelé Saint-John, fut le complice intéressé de ces spoliations. Des plaintes amères furent portées devant l'Assemblée générale, qui, fidèle à la tradition, lança de sa propre autorité des mandats d'arrêt contre Saint-John et d'autres encore impliqués dans ces accus» tions. Des writs d'habeas corpus furent réclamés et obtend du chief-justice, sauf en ce qui concernait le géomètre, q^ avait proféré des invectives contre l'Assemblée. C'est l'occasion de cette affaire que cet envahissant pouvoir crul devoir faire une déclaration de principes en opposition are4 la mise en liberté prononcée. Sa résolution portait eotrt