‹ La république américaine États-Unis; institutions de l'union, institutions d'état, régime municipal, système judiciaire, condition sociale des Indiens; avec une carte de la formation politique et territoriale des États-UnisChapitre 142 sur 226 · LA CAROLINE DU SUD PROVINCB ROYALE · texte numérisé non relu

LA CAROLINE DU SUD PROVINCB ROYALE

autres choses : « l"" que c'était le privilège indiscutable de TAssemblée de faire renfermer quiconque lui paraissait mériter cette peine ; 2'' qu'en jetant du doute sur la validité des séquestrations ordonnées par elle, on violait un de ses privilèges essentiels ; 3"* qu'aucun writ d'habeas corpus ne pouvait être légalement délivré à quiconque avait été emprisonné par ses ordres et que tout fonctionnaire était tenu de refuser son concours à l'exécution d'un tel mandat. » Le chief-justice se pourvut contre cette usurpation d'autorité devant le Conseil colonial. Mais les membres qui le composaient, intimidés sans doute par l'attitude énergique de l'Assemblée, donnèrent gain de cause à celle-ci, en déclarant « qu'elle était investie des mêmes privilèges que la chambre des communes d'Angleterre (i). » Doctrine révolutionnaire, insoutenable en toute circonstance, surtout dans les rapports de subalternité de la colonie envers la royauté. 11 n'apparaît point qu'elle ait été dénoncée au Conseil privé, pour qu'il en fût fait justice.

Celle satisfaction ne suffisait point à l'Assemblée. Elle priva le chief justice de son traitement et elle le déclara indigne d'occuper aucun emploi public, en le qualifiant d'ennemi de la province (2). Ici l'abus de pouvoir était flagrant; car l'autorité judiciaire ne relevait en aucune façon de la législature; mais, une fois sortis des voies constitutionnelles, les pouvoirs publics n'y rentrent point aisément, et ici l'Assemblée tirait sa force principalement de la faiblesse des gouverneurs, qui dépendaient d'elle pour la fixation de leur traitement et n'avaient aucune troupe indépendante pour leur servir d'auxiliaire.

La soif des richesses allait toujours croissant; peu importaient les moyens d'y satisfaire. Après la mort de Johnson, ou eut le triste spectacle d'hommes très influents de la province employant les manœuvres les plus réprouvées, arrachant à la faiblesse de Th. Broughton, le nouveau gouverneur, des concessions énormes de terres très fertiles,

(1) Carroll, vol. I, p. 299. -• (2)Hildreth, vol II, p. 338.

au mépris du plan primitif qui visait à un grand morcellement du territoire. Il suffisait de s'approvisionner de nègres pour la mise en exploitation de ces vastes domaines; mais en agissant ainsi on créait un immense danger, c'està-dire la disproportion relative des races blanche et noire, disproportion qui, en 1733, était de trois nègres pour un blanc et menaçait l'avenir de la colonie (1),

Cette invasion de nègres n'arrêtait point Timmigration des Européens. 11 en vint d'Irlande, de Suisse, de Hollande, d'Allemagne et surtout du Palalinat. L'émigration d'Irlande dans la Caroline du Sud fut très nombreuse en 1737; elle se composait surtout de petits cultivateurs et d'ouvriers, probablement de race anglo-saxonne, qui étaient opprimés par les seigneurs et les évêques et se sentaient attirés par la perspective du bien-être que leur offrait cette province (2). Le mouvement de dépopulation fut tel, que les propriétaires irlandais s'alarmèrent et cherchèrent à l'arrêter. Le gouvernement anglais, au contraire, y voyait une cause d'enrichissement pour son commerce et le favorisait. Mais le grand écart de population entre les blancs et les noirs devint un objet de sérieuses inquiétudes. En 1738, le nombre de ceux-ci s'élevait à 40,000, chiffre double de celui trouvé en 1733. Quelques meneurs suscitèrent parmi eux des mécontentements; une insurrection s'ensuivit, non point totale, mais partielle. Elle fut cruelle et impitoyable, massacrant et incendiant partout sur son passage. Le châtiment ne se fit point attendre (3). De plus, des mesures énergiques furent prises pour empêcher la fuite des esclaves et prévenir une nouvelle révolte. Les colons n'avaient pas moins à craindre du voisinage des Espagnols de la Floride, voisinage contre lequel ils étaient insuffisamment protégés par la Géorgie, quoique cette province eût été érigée comme un rempart contre ces redoutables adversaires. Un renfort de troupes, réclamé de

(1) Carroll, vol. I, p. 306. — (2) Rahsay, Bistory of South Corolûia, vol. I, p. 20 et vol. Il, p. 23 et 548. — (3) Carroll, vol. I, p. 333 et suiv.

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