LEWKNTE AVEC LES INSURGÉS. — MUTINERIE COMPRIMÉE PIB WASHINGTON
CornwalUs, confiant dans l'inertie du Congrès, se porta sur la Caroline du Nord. Mais, dès le début, Fergusson, l'un de ses plus braves lieutenants, à la tête d'un corps de loyalistes, fut attaqué avec fureur par une bande de partisans descendus des montagnes de la Caroline du Sud. Assailli de toutes parts, il fit bonne contenance; mais dan? le feu de Taction il fut tué, laissant les siens sans chef. sans tlîreclion. Vaincus par le nombre, ceux-ci mirent bas les armes et furent faits prisonniers. La haine des partisans survivant à la victoire, dix de ces malheureux fureot exéculês parla pendaison. Ces vainqueurs oubliaient trop qu'ils avaient devant eux, non plus des combattants, mais des inisonniers sans défense qui, s*ils n'eussent pas coraptt sur la loyauté de leurs adversaires, auraient mieux aime succomber les armes à la main par une lutte désespérée que de terminer leur carrière dans un supplice ignominieux! Tel fut le point de départ d'une guerre de guérillas, non seulement contre les Anglais, mais encore entre les habitants eux-mêmes des diverses agglomérations de population, suivant le drapeau whig ou tory qu'ils avaient adopté. Souvent, ces luttes acharnées n'avaient aucun traita la guerre ; elles ne servaient qu'à satisfaire des riva- Ittés jalouses, des vengeances individuelles, et semblaient
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autoriser des déprédations honteuses et des massacres indignes d'un peuple civilisé (1) (octobre 1780).
Cet état de choses obligea Cornwallis à beaucoup de circonspection. 11 se replia sur la Caroline du Sud, en atteodantun renfort qui ne larda point à lui arriver et qui elaîl composé d'un corps de 3,000 hommes sous les ordres du général Leslie, lequel attendait en Virginie roccasioii de venir en aide à Cornwallis. D'un autre côté, les Américains activèrent le recrutement et la mise sur pied des milices des États environnants. Mais lorsque Greene vint prendre le commandement de l'armée (décembre 1780), ses troupes végétaient dans le plus complet dénûment. Le Trésor était vide et les vivres ne s'obtenaient que par des réquisitions qui se payaient au moyen de certificats dont la valeur se dépréciait chaque jour davantage. Cette détresse prolongée, qui affectait au même degré l'armée du Nord, était une des graves préoccupations du Congrès. Ses agents en Europe ne pouvaient négocier des emprunts au çré de l'impatience des besoins; aussi arrivait-il que des traites étaient lancées par cette assemblée avant la dispïuiihilité des ressources espérées. Ces anticipations et ces demandes incessantes d'argent et de crédit provoquèrent, un peu plus tard, de vives représentations de la part du gouvernement français, aux yeux duquel le Congrès semblait considérer la France comme tributaire de l'Amérique. Di'jà cette puissance avait fourni aux États-Unis, tant en espèces? qu'en garantie donnée à un emprunt fait en Hollande, une valeur de dix millions de livres tournois; il était temps de s'arrêter, sous peine d'épuiser les finances qui devaient, avant tout, couvrir les services de la France (2). Cette absence de réserve de la part du Congrès trouve son explication dans l'état misérable de ses troupes, exposées qu'elles étaient aux rigueurs de l'hiver, sans protection contre ses atteintes, et privées de toutes ressources.
Quelque résigné que fût le soldat, la souffrance était
(i) HiLDRETH, vol. III, p. 327. — (2) HiLDRBTH, VOl. III, p* 363-
arrivée pour lui à un état d^acuité qui lui paraissait intolérable. Déjà en mai 1780, une mutinerie s'était déclarée dans les campements du quartier général, à roccasion d'une famine imminente qu'il semblait difficile de conjurer; deux régiments de ligne duGonnecticut s'étaient souleTés et avaient menacé de se débander pour retourner dans leurs foyers où ils trouveraient des moyens de subsistance assurés (1). L'ascendant de Washington et de sages mesures prises en temps opportun calmèrent ces justes grieCs et contribuèrent au rétablissement de Tordre. Mais quelques mois plus tard, c'est-à-dire en janvier 1781, un soulèvement ayant la même cause éclata au centre même des États-Unis. Les troupes de Pennsylvanie campées dans des huttes à Morristown, transies de froid, privées de vêlements et de toute solde, réclamèrent à grands cris leur libération du service. On leur répondit par un refus formel, parce que, disait-on, ils s'étaient engagés, non seulement pour trois ans, mais encore pour la durée de la guerre. Eux, au contraire, prétendaient n'avoir jamais voulu prolonger leur service pour plus de trois années. De là naquit une grande irritation qui se manifesta par une insurrection. Des soldats de ligne, au nombre de 1,300, se révoltèrent et tuèrent un de leurs officiers; ils en blessèrent plusieurs autres qui cherchaient à les ramener dans le devoir, et sous la direction de leurs sergents, ils se dirigèrent sur Philadelphie pour obtenir justice du Congrès, même à la pointe de la baïonnette. Cette situation était des plus dangereuses, elle pouvait [provoquer le même mouvement dans les autres corps qui étaient laissés dans le dénùment Au milieu de ces tristes conjonctures, le Congrès, d'accord avec le Conseil de Pennsylvanie, descendit jusqu'à parlementer avec les insurgés et leur accorda la satisfaction qu'ils demandaient. D'abord on leur fournil les vêtements qui leur manquaient. Des termes furent pris pour le payement de l'arriéré de leur solde, et on accorda
(1) HlLDRETH, YOl. Hl, p. 309.
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la libération du service à ceux d'entre eux qui, sous serment, affirmèrent n'avoir jamais entendu servir pour plus de trois années. Le succès de celte insurrection amena un mouvement analogue parmi les troupes de ligne du New- Jersey; mais cette fois Washington crut nécessaire d'ititervenir, et avec des détachements tirés des régiments de la Nouvelle-Angleterre, sur la fidélidé desquels il pouvait compter, il cerna le camp des révoltés et les désarma. Trois des plus compromis passèrent devant la cour martiale, qui les condamna à mort. L'exécution ne se fit pas attendre pour deux d'entre eux; celle du troisième fut suspendue, puis abandonnée. Quant aux autres insurgés, od lour accorda Toubli du passé, à la condition de demaader pardon à leurs officiers et de promettre une compltile soumission à l'avenir. Cette grâce était nécessaire; elle nv pouvait être refusée sans une grande injustice; car, si la tliscipline voulait une punition exemplaire, elle ne pouvait se montrer impitoyable envers des malheureux qu'on laissait à peine vêtus et menacés de la famine (1)1
(i) Voir sur ces agitalions militaires, Hildrkth, vol. III, p. 337.