DES FORCES DE C0RNWALU8 A YORKTOWN
Lorsque Green prit le commandement de l'armée do Sud, Cornwallis avait le prestige de la victoire. La conquête de la Caroline du Sud était achevée; son armée bien disciplinée avait reçu des renforts qui la rendaient redoutable. Quant au général américain, au contraire, il ne pouvait guère disposer, à cela près de quelques auxiliaires en cavalerie et en artillerie formée, comme on Ta vu, par le quartier général, que de recrues nouvellement acquises et de milices désignées par le sort. L'on ne devait poiot espérer de secours de l'armée du Nord, par suite de l'idée persévérante de Washington qu*à New- York seulement un grand coup serait porté à la puissance de l'Angleterre. Là étaient concentrés tous les moyens d'action pour faire face aux éventualités du concours de l'armée et de l'escadre françaises. Cette illusion longtemps entretenue par le général et partagée par le Congrès ne contribua pas peu à allanguir la marche des opérations militaires et à prolonger indéfiniment les calamités de la guerre. Dans cette situation, n'y avait-il pas plus à craindre qu'à espérer? Cependant Green ne s'arrêta point aux obstacles semés sur sa route. Pour lui, les chances de succès consistaient dans la nécessité de vaincre, mobile puissant chez un homme de cœur et qui a une force d'entraînement dont ne se doutent guère les hommes qui calculent froidement tous les moavements de la vie. Une fois entrés en campagne et élec-
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INVASION DE LA VIRGINIE. 5io
Irisés par leurs chefs, les soldats, à certaines e&ceptioas près dans la milice, montrèrent un véritable courage. Cette campagne, sauf deux batailles rangées, ne se composa que d'escarmouches où le terrain fut disputé pied à pied. Nous n'en ferons point la description; il nous suffira de dire que, bien qu'ayant le dessous dans la plupart des rencontres, à cause de l'infériorité du nombre et de l'inexpérience de ses hommes, Green n'en réussit pas moins, à l'aide d'une habile tactique, à forcer Cornwallis à reculer dans la Caroline du Sud jusqu'aux bords de l'Atlantique, affaibli qu'il était par ces divers engagements et ne voulant pas trop s'éloigner des ports où il pourrait recevoir des renforts. Le résultat de cette campagne pour les Américains fut la reprise de la Caroline du Nord et de la majeure partie de celle du Sud. Toutefois, assez de troupes anglaises restaient encore dans ces parages pour se maintenir et pour obliger Green à veiller de près sur elles.
Une circonstance pénible est à signaler comme épisode de la guerre étrangère. La suspension d'hostilités, occasionnée par Fextrême chaleur de l'été, ne put arrêter le cours de la guerre de partisans qui désolait ces contrées. Elle se fit remarquer par des actes d'acharnement sauvage. Tout fut mis à feu et à sang dans certaines contrées ; femmes et enfants ne furent point épargnés (1). Il semblait que ces hommes, frappés de vertige, eussent perdu toute notion de la vie civilisée. Bien différents en cela des gens de TEst qui, très unis en présence du danger commun, n'affligèrent jamais le pays d'un pareil spectacle! Ici encore se retrouvent les différences d'origine des populations de ces États. Dans les parties montagneuses de la Caroline, elles étaient encore à l'état abrupt, tandis qu'à l'Est elles jouissaient d'une civilisation héréditaire. De là des différences qu'il est juste de faire ressortir pour ne pas confondre dans une commune réprobation ceux qui furent toujours fidèles aux bonnes traditions de leurs pères.
(1) HiLDRETH, vol. m, p. 329.
Pendant le cours des opérations dans les Carolines, Clinton envoyait le traître Arnold avec un détachement de 1,600 hommes en partie loyalistes prendre possession de Portsmouth (Virginie) que Leslie avait quitté pour fortifier l'armée de Cornwallis. A peine arrivé à sa destînatioD, Arnold, voulant faire parade d'habileté et de dévouement et allant au delà de ses instructions, pénétra en Virginie a la tète de 900 hommes, et s'avança jusqu'à Richmond oii rien n'était prêt pour lui faire obstacle, grâce à Tincurie de Jefferson. 11 marqua son passage par des déprédations de toute sorte et par des incendies (1), violences auxquelles il paraissait se complaire, comme pour faire payer cher aux Américains la flétrissure de sa trahison. Mais bientôt cerné d'un côté par des troupes américaines, et de l'autre par des bâtiments français échappés du blocus de Newporl, il fit retraite sur Portsmouth où il était suffisamment garanti contre les poursuites de ses adversaires. 11 attendit là de nouvelles instructions. On le verra plus loin rappelé aa quartier général pour accomplir, au Nord et à TEst, h même besogne, comme si ce fût sa véritable mission d'être l'exécuteur des hautes œuvres du général anglais.
Averti de l'invasion de la Virginie, Washington se décida enfin à envoyer Lafayette avec 1,200 hommes tirés des régiments de la Nouvelle-Angleterre. Ce général élail en marche lorsque l'escadre française de Newport, surU demande pressante de Washington, brava le blocus qui la tenait captive et s'avança sur la Chesapeake pour opérer k mouvement projeté. Mais Fescadre anglaise, surprise par cette témérité, gagna de vitesse, et barra l'entrée de h baie. Un engagement eut lieu, dans lequel l'escadre française, trop faible pour résister à un ennemi supérieur, rentn immédiatement à Newport, tandis que les bâtiments anglais s'engagèrent dans la baie, mettant à contribution les populations riveraines qu'elles cherchèrent à appauvrir.
(i) HiLDRETH, vol. III, p, 340.
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