TENTATIVE DE CONVENTION
Un grave sentiment d'inquiétude s'était imposé depuis longtemps déjà à tous les bons esprits. Il semblait qu'on assistât à la décomposition rapide du corps social. Il ne fallait rien moins qu'un suprême effort pour sortir de ce marasme. Déjà dès 17821e Massachusetts et New-York, dont le commerce était en souffrance, sollicitaient un remède pour cette détresse ; mais ce fut la Virginie qui, la première en janvier 1786, prit l'initiative d'une convention dont les membres, fournis par tous les États, se réuniraient à Annapolis (Maryland), prendraient en considération la situation commerciale des États-Unis en général et de chacun d'eux en particulier, et proposeraient les moyens propres à donner satisfaction à ces divers intérêts. Neuf États nommèrent des délégués, mais cinq seulement furent représentés à cette réunion. L'insuffisance de cette représentation, comme nombre et comme limitation de mandat, fit avorter cette tentative. Cependant les commissaires présents, au nombre desquels figurait Hamilton, craignant de laisser échapper une occasion, unique peut-être, de rendre un signalé service à leur pays, résolurent de frapper Fattention des populations et de déterminer une crise salutaire. Hamilton fut chargé de préparer une adresse dans laquelle le Comité, faisant appel à tous les intérêls en souffrance et en éveil, les adjurerait d'arrêter sans retard leurs idées sur cette situation pleine de périls. Cette adresse méditée et préparée avec une grande habileté mit en relief l'extrême détresse du commerce et tous les dangers auxquels il était exposé en Tabsence d'une autorité protectrice. Puis elle fit ressortir ingénieusement l'étroite' con-
fH ^INDÉPENDANCE ET LA CONFÉDÉRATION.
nexion de ce sujet avec le système général du gouTe^ nernent. Enfin elle recommandait la convocation d'une convention composée de membres spécialement élus par tous les États, laquelle se tiendrait à Philadelphie et proposerait, ca connaissance de cause, les moyens de triompher de la situation. Le Congrès, dans l'économie de ce plan, prendrait communication du travail qui lui serait soumis, et, s'il y donnait son assentiment, les législatures de tous les États en seraient saisies à leur tour et en délibérerai en t* Présentée sous cet aspect, la Convention ne pouvait porter ombrage à qui que ce fût ; car elle n'était, à vrai dire, qu'une commission d'examen et de préparation. Mais llamilton savait très bien tout le poids qu^aurait sur les résolutions du pays l'œuvre des citoyens les plus éclairés et les plus patriotes entre tous, qui seraient appelés, dans cette crise suprême, à former la convention. Son rapport, approuvé par les autres commissaires réunis à Annapolis, fui soumis nu Congrès et expédié aux législatures, afin d'eu traîner dans le mouvement de réforme tous ceux qui. par leur situation, pouvaient aider au succès.
Les objections ne manquaient pas au plan proposé, et chaque intérêt, craignant d'entrer dans une voie nouvelle où rallendaient peut-être des déceptions et des mécomptes de plus d'une sorte, hésitait. La phase des discussions préparatoires aurait pu se prolonger indéfiniment. Mais le concours de circonstances graves précipita les résolutions. Ce fut, en effet, après la réunion des commissaires à Annapolis, qu'éclata la terrible insurrection du Massachusetts, qui njenarait d'anarchie le pays entier. A cette époque aussi doivent être rapportés les graves symptômes de la perte pour longtemps peut-être de la navigation du Mississipi, non moins que la ruine du commerce américain par TAngleterre, Tant de périls réunis donnèrent à l'opinion une vive secousse et les législatures d'État, quoique partagées d'idées sur le but à atteindre et sur les moyens de réussite, arrivèrent bientôt à comprendre que la voie proposée était la seule qui permît d'espérer un résultat fayorable.
Sm. .