TROUBLES SOCIAUX
un siècle ou deux. L'arbre de la liberté a besoin d'être rafraîchi quelquefois dans le sang des tyrans et des patriotesl... » Dans un autre endroit de sa correspondance il
ajoute : « Ce sang est son engrais naturel Il est bien vrai
qu'en échouant, les rébellions confirment généralement les empiétements qui les font naître! L'observation de ■cette vérité doit rendre un honnête gouvernement républicain assez modéré dans sa répression des insurrections, pour ne pas trop décourager le peuple; car si le peuple laissait sommeiller un instant son attention, vous et moi, Je Congrès et les assemblées, les juges et les gouverneurs, nous deviendrions tous des loups (1). »
Est-ce bien ainsi que Washington appréciait cette situation dangereuse? Écoutons-le! « Si quelqu'un m'eût dit, il y a trois ans, qu'une révolte aussi redoutable menacerait les lois et la constitution que nous nous sommes données,
j'aurais pris cet homme pour un fou digne de Bedlam
Après ce que j'ai vu, rien ne me surprendra. Il y a dans les États des matières inflammables qu'une étincelle pourrait
allumer Si d'ici au printemps on ne déploie pas la
plus grande sagesse, nous assisterons à des scènes affreuses (2). »
Que l'on compare le langage de ces deux hommes, et l'on verra bientôt de quel côté est le sens droit et moral aussi bien que le vrai sentiment patriotique!
La débilité d'organisation de la Confédération, la divergence d'intérêts suivant les régions, firent craindre que certains États ne fussent disposés à former, aux dépens de la Confédération actuelle, deux ou trois groupes distincts conseillés par certaines affinités, ce qui leur donnerait une force de cohésion qu'aucune autre combinaison ne pourrait leur assurer. Cette tendance à la désagrégation gagnait l'intérieur des États eux-mêmes. Depuis longtemps déjà, les habitants du territoire de Vermont avaient secoué le
(1) Voir Memoirs, correspondence and private papers of Th. Jefferson edited by Th. Jefferson Randolph. London, 1829, t. II, p. 85, 87 et 268. — (2) Voir Washington Writings, vol. IX, p. 226, 228, 231.
joug de rÉtat de New-York dont ii dépendait, et avaiecit orgaaisé uq go uveroe nient séparé dans Tespoîr d^ètre admis comme État distinct dons la Confédération ; mais New- York, aidé des États qui étalent menacés du même démembrement, fit échouer cette tentative, pour le moment au moins. En 1786, la Virginie et la Caroline du Nord eurent à craindre le même sort pour donner naissance au lientucky et au Tennessee. La Pennsylvanie était aussi sur le point de voir lui échapper une parlie de son territoire appelé Wyoming dont les habitants prétendaient s'ériger en État séparé. Le Maine, de son enté, voulait se détacher du Massachusetts pour devenir un membre distinct de la Confédération (1), Mais, en supposant que ces aspirations à l'indépendance n'eussent rencontré aucune opposition, le Congrès était sans pouvoir pour élargir les rangs de TUnion, A chaque pas se rencontraient des obstacles qui rendaient de plus en plus nécessaire la révision du pacte fédéral et Tabandon par les Etats de quelques-unes des prérogatives qui leur avaient été réservées.
(1) HiLDKETi, YQl 01, p. 457, 46$» 471 1 472.