‹ La République ArgentineChapitre 3 sur 3 · CB © © G »-] A CO H · texte numérisé non relu

CB © © G »-] A CO H

fc4

Pk

es

u O US eo

ce

PU

^^ CO 09 M o ©

^ 94 S tO CO M

eu

( es

CD

Pk

Gela ferait donc par journal, selon les circonstances, P. 12.2, P: 12 ou P. 10 (49, 48 ou 40 francs).

Voici, exprimée en fanègues, la quantité de blé

que douze familles de la colonie de San-Garlos

ont récoltée pendant les quatre années de 1860 à

I II III IV V VI VII VIII IX X XI xn

itmmm. 84 62 45 45 so so 45 so 45 30 50 sa

Voici les douze plus fortes récoltes de blé de colons de San-Garlos en 1863 :

En 1861, soixante-une familles, qui composaient alors la colonie de San-Garlos, ont produit 2400 fanègues de blé, représentant au prix de l'époque» et avec les autres récoltes de moindre importance, une valeur d'environ 170,000 francs.

En 1863, une centaine de familles ont produit près de 6,000 fanègues de blé, représentant une valeur d'environ 300,000 francs .

Vorge ne peut être cultivée que dans des terrains déjà employés pour d'autres produits. La manière de préparer la terre est la même que pour le blé.

On peut semer l'orge pendant les mois de juin et de juillet, mais nous conseillons de choisir de

préférence le mois de juin , afin qu'elle mûrisse assez longtemps avant le blé pour qu'on puisse la récolter en premier lieu; car lorsque les deux produits arrlyent à maturité en même temps, l'on est souvent obligé de négliger l'orge pour ne pas perdre le froment.

Tandis que pour le blé l'on peut quelquefois avec avantage enfouir la semence avec la charrue, pour l'orge , il faut toujours se servir de la herse.

Comme l'orge produit des touffes encore beaucoup plus épaisses que celles du blé , il faut bien se garder de mettre trop de semence: 15 à 20 livres suffisent pour un journal suisse quand le terrain est convenablement travaillé. Il est utile de renouveler la semence tous les quatre ou cinq ans .

Au moment où le grain se forme et se trouve à l'état laiteux, l'orge attire des quantités innomfirables de passereaux, qui en sont très friands et dont on ne peut guère se défaire qu'en les dispersant à coups de fusil.

La moisson de ce produit se fait de la même manière que celle du blé. Il est à remarquer que lorsqu'on sème l'orge de bonne heure, au mois d'avril ou de mai, par exemple, on peut la faucher une fois comme fourrage vert, et la laisser croître et mûrir ensuite. Dans ce cas on sème un peu plus épais.

L'orge est beaucoup plus productive que le blé: un journal suisse rapporte, selon que la récolte est faible ou abondante, de 2 V> à 6 fanègues , soit à raison de 300 livres par fanëgue, de 850 à 1800 livres ou de 40 à 90 pour un.

Le prix de l'orge varie de 3' à 6 piastres (12 à 24 francs) par fanëgue; mais cet article est beaucoup moins demandé que le blé.

Vavoine peut être cultivée dans les champs où il y a eu de l'orge ou du froment, moyennant un seul labour pratiqué peu de temps avant l'ensemencement. Il est à remarquer que l'avoine ne se cultive guère , parce qu'on en fait peu d'usage et surtout parce qu'arrivée à maturité, les grains tombent avec une telle rapidité qu'il est impossible de la récolter. Cependant nous recommandons ce produit trop négligé comme fourrage vert à donner^aux vaches laitières et aux chevaux, et surtout pour en faire du foin , qui rendra de grands services en hiver, dans les moments où le pâturage est mauvais.

Une espèce d'avoine sauvage, dont la graine est fréquemment mêlée au froment, envahit d'habitude les champs de blé après la récolte , et peut être utilisée soit pour en faire du foin , soit pour faire pâturer les moutons, qui empêchent en même temps les mauvaises herbes de se développer.

Le maïs est la céréale la plus cultivée par les

indigènes, qui en font âvec la viande la base de leur noarriture, et qui s'en servent aussi beaucoup pour fourrager les chevaux. A Texception des Piémontais et des Savoisiens, habitués à la po/^ra, les colons ont une prévention mal fondée contre ce produit et sont beaucoup trop portés à le négliger. Nous avons entendu dire avec beaucoup de vérité que le maïs est la pomme de terre du colon, et, en effet, lors même que cette graine est rarement la source d'un gain qui se convertisse en argent comptant, elle est toujours d'une grande utilité comme ressource dans le ménage, surtout pour ceux qui connaissent les nombreuses manières de l'apprêter, puis aussi pour engraisser les porcs et nourrir les chevaux et la volaille.

Le maïs est en outre très convenable pour préparer les terrains vierges à recevoir d'autres produits après lui, car on peut le planter de suite après avoir rompu le gazon, bien que la récolte soit plus assurée dans les terres préparées d'un peu plus longue main. Dans ce dernier cas, il faut donner un second labour immédiatement avant de planter.

Aucune autre culture ne présente autant de latitude quant à l'époque à laquelle on peut l'entreprendre , car on peut planter du maïs depuis le mois d'août jusqu'au milieu de janvier; cependant l'époque la plus favorable est le mois de novembre. Planté de très bonne heure, il risque de souffrir

des gelées blanches qui peuvent survenir jusqu'au commencement d'octobre; celui qui est planté pendant les plus fortes chaleurs ne se développe qu'à condition qu'il pleuve suffisamment , ce qui n'arrive pas toujours. Par contre, il n'y a pas d'inconvénient à ce que le maïs ne mûrisse qu'un peu tard, parce que les gelées blanches de mai et de juin, loin de lui nuire, ne font que le rendre plus facile à conserver. En résumé , nous dirons que Ton peut planter le maïs :

l^* Dans le gazon après un seul labour, à partir du mois de septembre jusqu'à fin novembre ;

2^ Dans les champs qui ont été en jachère, depuis le 15 octobre jusqu'au 15 décembre;

S"" Dans les champs de blé ou d'orge , où l'on passe la charrue immédiatement après la récolte, jusqu'au 15 janvier.

La quantité de semence à employer se règle d'après l'état plus ou moins bien préparé de la terre et d'après le temps plus ou moins favorable. Quand on plante da^s le gazon, il faut prendre de 18 à 20 liv. de graine par journal suisse; de 12 à 15 liv. quand c'est dans un terrain qui a déjà été cultivé.

La meilleure manière de planter le maïs est de faire suivre la charrue par un enfant, qui, chaque fois, au troisième sillon, dépose deux ou trois grains à la distance d'environ un mètre. La charrue

recouvre cette graine en faisant le sillon suivant, puis, quand l'opération est terminée, on passe d'abord la herse et ensuite le rouleau. Il faut laisser de l'espace entre les graines, parce que les plantes de maïs doivent pouvoir se développer librement de tous les côtés , et que , trop serrées, elles souffrent et produisent moins.

Si , à la suite d'une sécheresse, il arrive que le maïs lève mal ou se perde , l'on peut repasser la charrue dans le champ, en ne faisant les sillons qu'à un mètre environ l'un de l'autre, et y remettre de la graine, que l'on recouvre avec la herse.

Lorsque les tiges ont atteint la hauteur d'un pied à un pied et demi , il est très avantageux de butter le maïs, en faisant passer une petite charrue nd hoc entrç les plantes. Cette opération augmente le produit d'au moins un tiers et même de la moitié en temps de sécheresse, parce qu'elle conserve l'humidité au pied des plantes.

Outre ce soin, que les colons ont le tort de négliger presque toujours, le maïs n'exige aucun travail entre le moment où on le plante et celui où on le récolte.

Le maïs est exposé à souffrir des vers blancs comme le blé, des petites sauterelles vertes du campo, au moment où les plantes sont très jeunes, puis surtout des perruches, qui envahissent les champs lorsque la graine commence à se former.

Quelquefois aussi l'épi renferme un insecte qui le ronge.

L'époque de la récolte dépend naturellement de celle de l'ensemencement : elle peut commencer au mois de février et se prolonger jusqu'en juillet. Cette récolte peut se faire à l'aise, vu que l'épi ne souffre pas en restant attaché à la tige au delà da moment de sa maturité; dans ce cas» le seul incon- Yénient est d'en abandonner une plus grande portion aux perruches.

Pour conserver le maïs, le meilleur moyen est de l'entasser dans un endroit sec , en laissant autour de l'épi les feuilles tendres qui l'enveloppent naturellement. Toutefois, pour le livrer à la vente, il faut l'en dépouiller.

Pour l'égrener, ce que l'on ne fait guère qu'au moment de s'en servir, ou bien quaùd on craint qu'il ne commence à se piquer, on a des machines àbras nord-américaines fort simples et commodes. On fait aussi, pour réduire le maïs en gruau ou en farine, de petits moulins qui sont fort commodes dans les ménages.

Le produit d'un journal suisse de maïs peut varier, suivant les circonstances plus ou moins favorables, entre deux et sept faoëgues en épis, soit entre 40 et 120 pour un. Une fanègue de maïs en épis pèse environ 300 liv., et le prix varie entre 2 et 6 plast. (8 et 24 fr.). Le maïs est encore un pro-

duit dont la valeur, ordinairement minime au moment de la récolte, peut augmenter considérablement au bout de six ou huit mois.

Pour évaluer en argent le travail de la culture du maïs, on peut établir le calcul suivant :

Culture : Premier labour P. 1 »

Second labour, pendant lequel on plante ... 12

Semence » 3

Hersage » 4

Pour rouler » 3

Buttage » 4 P. 4 •

Moisson : évaluée à 3»

Total par journal, P. 7 • ou environ 28 francs.

Le millet n'est pas cultivé, mais il croît abondamment à l'état sauvage sans que Ton en tire aucun parti. Un essai que nous avons fait à San- Carlos avec de la graine venue d'Europe a très bien réussi, mais nous n'avons pas vu l'utilité de continuer cette culture.

Le seigle ne vient pas bien, ou du moins les essais de l'acclimater n'ont pas donné de résultat satisfaisant jusqu'à présent.

En fait de haricotSy on ne cultive que les haricots nains, parce que les haricots à rames ne conviennent guère, sans doute à cause du vent. Nous recommandons surtout les petits haricots blancs

d'Amérique, qui sont toujours très demandés et se paient fort bien.

Les haricots exigent un terrain bien préparé et qui ait déjà servi à d'autres cultures. Les champs les plus convenables sont ceux qui se trouvent en jachère. Il faut les labourer deux fois avec un intervalle de plusieurs semaines, et il convient d'avoir fini le second labour avant la récolte du blé, afin de n'être pas empêché par celle-ci de profiter du premier moment favorable pour planter. Au besoin, l'on peut mettre des haricots dans un champ où l'on vient de récolter de l'orge , mais alors il faut le labourer deux fois entre le 15 novembre et le 15 décembre.

Le meilleur moment pour planter les haricots est du 25 décembre au 15 janvier. On peut le faire aussi pendant la dernière moitié du mois de septembre. Il faut toujours choisir un jour où la terre ait été humectée par une pluie.

On peut mettre en terre les haricots de deux manières : avec la houe ou avec la charrue, mais il faut toujours commencer par herser le champ immédiatement avant de planter. Si l'on plante avec la houe, on fait avec cet instrument des raies à la distance de 2 V« à 3 pieds, et l'on y dépose à chaque pas 3 ou 4 fèves de haricot, que l'on recouvre de même. Quand on veut faire le travail avec une petite charrue, on creuse des sillons peu

profonds à la même distance , on y dépose la semence en l'espaçant comme nous venons de le dire , puis on la recouvre avec la herse. Il est nécessaire de veiller à ce que la semence ne soit pas recouverte de plus de deux pouces de terre.

Il faut mettre de 35 à 40 liv. de haricots par journal suisse.

Après avoir planté , il n'y a pas d'autre soin à prendre que 4*arracher les mauvaises herbes, s'il en vient, ce qui n'arrivera qu'en cas de pluies fréquentes.

Les plantes sont exposées à souffrir d'une espèce de scarabée ou de cantharide qui est souvent très abondante depuis le printemps jusqu'au . gros de l'été, et qui dévore beaucoup de végétaux tendres. En plantant au mois de janvier, on y est moins exposé qu'à l'autre époque, parce qu'alors ces insectes disparaissent à peu près au moment où les haricots se développent.

Les haricots plantés en septembre mûrissent à la fin de novembre ou au commencement de décembre, et ceux qui ont été mis en terre en janvier, à la 'fin d'avril ou au commencement de mai. Il va sans dire que pour les manger verts on peut en cueillir beaucoup plus tôt.

Quand les plantes sont sèches, on les arrache et on les met dans l'aire où l'on a battu le blé ; on les

bat avec des gaules et pnis on nettoie les grains à peu près de la mfime manière que le blé.

Un journal suisse peut produire de 6 à 18 qain* taux de haricots, selon les circonstances plus ou moins favorables , ce qui fait de 17 à 52 pour un. Le prix des petits haricots blancs varie entre 3 et 4 Vî piastres le quintal (12 et 18 fr.) ; les autres qualités sont beaucoup moins bien payées et se vendent plus difficilement.

Voici le calcul que Ton peut faire pour évaluer en argent le travail de la culture d'un journal de haricots :

Culture : Deux labours P. 3 »

Hersage » 4

Semence 1 »

Pour planter 1 »

Moisson: Pour faucher ou arracher

et porter dans l'aire . . 4 »

Battage 2 4

Nettoyage 3 »

Total, P. 15 »

ou environ 60 francs .

Il va sans dire que les frais de la récolte sont

moins grands s'il y a peu de produit. Au surplus,

nous répétons que ces évaluations du travail eo

argent ne sont données que pour préciser davan-

tage nos renseigoements aux yeux des agriculteurs, et nullement pour engager qui que ce soit à aller faire de l'agriculture avec des. ouvriers payés ; car une condition essentielle de réussite est , comme nous l'avons dit» de faire par soi-même tout le travail, sauf quelques exceptions inévitables dans les moments de presse.

On cultive dans les colonies plusieurs espèces de pois^ entre autres les pois chiches, qui sont assez estimés des créoles; mais l'espèce la plus répandue est le pois commun ou pois de champ. Ce que nous avons ditjîe la culture des haricots s'applique aussi à celle des pois, avec quelques légères différences. La meilleure époque pour les planter est le mois de juin, mais on peut le faire aussi depuis le 15 décembre jusqu'au 15 janvier. Les petits pois sucrés peuvent être plantés à toute époque, à la seule exception du milieu de l'été. La quantité de semence à mettre par journal est la même que pour les haricots, mais on ne plante les pois qu'avec la houe et jamais avec la charrue, et il faut herser le champ avant et après l'ensemencement. Si le sol n'est pas trop humide, il convient de passer encore le rouleau. Deux hommes peuvent planter cinq à six journaux par jour.

Les pigeons sont très friands non-seulement des pois, mais aussi des jeunes plantes lorsqu'elles

commencent à pousser : il faut donc tâcher d'effaroucher ces oiseaux le plus possible.

Le rendement des pois eû semblable à celui des haricots, mais le prix n'est pas aussi élevé ; il varie entre 1 et 2 Vs P. (4 et 10 franco) le quintal.

La luzerne ne constitue un produit à vendre que pour ceux qui s'établissent près des villes , et qui vont chaque jour y conduire ce fourrage vert, très demandé pour les chevaux tenus à domicile. Pour le colon, cependant, elle est très utile pour donner une meilleure nourriture aux vaches laitières et aux chevaux de service dans les moments où le pâturage est mauvais , ou même en tout temps si Ton veut prendre la peine de fourrager les animaux pendant la nuit.

Pour semer de la luzerne , il faut attendre que l'on ait du terrain mis en culture au moins depuis une année. Plus il aura été labouré et mieux cela vaudra, parce qu'il importe que les racines des herbes primitives soient complètement détruites. Il faut maintenir propres de mauvaises herbes les champs que l'on destine à la luzerne, et le dernier labour que l'on donne avant de la semer doit être très profond, ce que Ton peut obtenir en passant encore une petite charrue au fond du sillon creusé d'abord par la grande.

La meilleure époque pour semer la luzerne comprend les mois de mars et d'avril ; on peut la

semer aussi depuis le commeocemeut d'août jusqu'à la mi-octobre.

Il convient d'attendre pour semer un moment où il ait plu. 11 faut commencer par herser le champ très bien, de manière à rompre toutes les mottes et à avoir un terrain bien pulvérisé. Le semeur doit être fort habile, car il n'a que 14 à 16 liv. de semence à mettre par journal suisse, et il est assez difficile de bien répartir une aussi faible quantité sur un aussi grand espace. Après avoir semé, il faut passer le rouleau. Il n'est pas avantageux àê semer de l'orge avec la luzerne, parce que le développement de cette dernière en souffre.

Si l'on voit venir de la mauvaise herbe dans le champ, il faut l'arracher quand la luzerne a atteint la hauteur d'environ un demi-pied.

Lorsque l'on a semé en mars ou avril, on peut commencer à faucher en octobre. Il importe de couper la luzerne le plus bas possible , parce que c'est alors qu'elle repousse le plus régulièrement.

Les gens du pays ne la coupent pas avec la faulx, mais avec une espèce de couperet au moyen duquel ils atteignent la plante un peu au-dessous du sol , et c'est, de cette manière que l'on obtient les plus beaux champs. On peut faucher la luzerne environ trois fois la première année et quatre à cinq fois les années suivantes, quand le temps est favorable. Pour récolter de la graine, il convient

de choisir la seconde on la troisième conpe. Après cette récolte , profitant d'un moment où le sol est humide , on passe une herse de fer sur le champ, et l'on retourne la terre à la houe aux endroits où la luzerne serait très rare ou aurait entièrement disparu : par ce moyen le champ reprend de lui-même une nouvelle vigueur.

On peut calculer que dans des conditions favorables le produit de la luzerne est double de celui d'Europe. Quoique jusqu'à présent on ne l'emploie guère que comme fourrage vert» il serait très utile d'en faire du foin , que Ton conserverait pour les moments où le pâturage est mauvais. Le foin se conserve très facilement en meules, et par surcroit de précaution , l'on pourrait même recouvrir ces meules avec de l'herbe du campo.

Le sorgho, surtout la grande espèce nommée kaolien ou canne à sucre chinoise, constitue un fourrage excellent et fort utile. La culture de cette plante, qui peut encore servir à beaucoup d'autres usages, exige peu de soins, et, dans les années où l'humidité ne manque pas, son développement atteint une hauteur de 8 à 9 pieds. Dans les années sèches, le sorgho ordinaire réussit mieux que le kao-lien, parce qu'il lui faut moins de temps pour arriver à maturité.

On ne peut semer le kao-lien que dans un terrain qui a déjà été cultivé antérieurement et qui a

été souTent labouré. Les champs qui se sont tron* Yés pendant quelque temps en jachère conviennent le mieux. Avant de semer, il faut donner un labour très profond.

On peut semer aussitôt que Ton n'a plus à redouter les gelées blanches pour la jeune plante, qui est très délicate , c'est-à-dire à la fin de septembre et en octobre. Quatre à cinq livres de semence suffisent pour un journal suisse, attendu que chaque graine qui lève produit une grande plante dont les feuilles sont projetées sur une circonférence fort étendue, de sorte qu'il lui faut encore plus d'espace qu'au maïs, auquel il ressemble pour l'apparence. On reconnaît que la graine est bonne lorqu'elle est dure et d'un brun rougeàtre très foncé.

Avant de semer, il faut herser avec soin ; ensuite on fait avec une petite charrue des sillons très peu profonds à la distance de SVi à 4 pieds l'un de l'autre, et l'on y dépose la semence par 3 ou 4 grains à la fois, en espaçant d'un peu plus d'un pas. On recouvre ensuite avec la herse. Il ne faut pas mettre plus de deux pouces de terre sur la graine*

Au commencement la plante se développe avec lenteur, ce qui fait que le champ se couvre facilement de mauvaises herbes qu'il faut arracher.

Ceux qui ne veulent se servir de cette plante que comme fourrage, peuvent commencer à la couper

ayant qu'elle ne soit parfaitement mûre et en faire usage depuis le mois d'aTril jusqu'au mois de juillet, car même lorsqu'elle commence à sécher, les cheTaux et les mulets la mangent encore avec plaisir. Par contre, si l'on veut utiliser le suc très saccharifère du kao-lien pour en faire une mélasse fort bonne et capable de remplacer le sucre dans bien des occasions» il faut attendre la maturité de la plante, que l'on reconnaît par celle de la graine. Quant à cette dernière, lorsqu'on la récolte pour semence, il faut avoir soin de choisir les touffes oa panaches où elle est bien développée , parce qu'il y en a souvent où elle ne se forme pas d'une manière complète.

Les racine^ du kao-lien laissées en terre repoussent l'année suivante, surtout si l'on favorise leur végétation en labourant le champ à la fin de l'hiver, bien entendu sans les enlever.

Quoique la ipaxoxe n'atteigne pas les mêmes dimensions et le même degré de développement qu'au Brésil , où la température toujours chaude permet de laisser ce tubercule en terre pendant plus d'une année , elle est cependant un produit fort utile pour l'alimentation , et elle remplace à peu près notre pomme de terre, avec laquelle elle a beaucoup d'analogie. C'est aussi un produit assez facile à vendre, parce que les créoles ont l'habitude d'en faire usage; mais, sous ce rapport, il

est à regretter qoMl soit si difficile à conserVer, et que par conséquent l'on soit presque toujours obligé de s'en défaire rapidement, quel que soit le prix.

Il y a deux espèces de patates, l'une a la pelure rougeâtre, l'autre d'un brun tirant sur le jaune. On peut les planter dans les terres nouvellement défrichées, à condition d'avoir fait un labour profond; mais si l'on a le temps de faire deux labours, on se borne à peler le gazon la première fois et on laboure profondément la seconde. Quand on a du terrain en jachère, il suffit de labourer une fois.

L'époque favorable pour planter les patates s'étend depuis la fin d'août jusqu'à la fin de septembre; il ne faut pas choisir un moment trop humide, parce que dans ce cas la semence pourrit facilement en terre avant de germer.

Pour un journal suisse , il faut 18 almouds ou une fanègue et demie de patates comme semence. On choisit pour cela les plus petites , qui sont en même temps celles qui conviennent le moins soit pour la vente, soit pour la cuisson.

La meilleure manière est de planter les patates avec la houe, en les plaçant à la distance de 2 Vi à 3 pieds; cependant, dans les terres déjà cultivées, on peut aussi le faire avec une charrue , en creusant des sillons à la distance voulue et en y déposant la semence, que l'on recouvre avec la herse.

Comme les patates ne germent souvent qu'au bout de six ou huit semaines, les mauvaises herbes ont le temps de prendre les devants, et il faut dans ce cas les enlever légèrement avec la houe. Cependant, si le champ n'en est pas trop envahi , l'on pent attendre que les patates aient germé. Environ trois mois après avoir planté ces dernières, il faut leur donner un fort battage, au point de recouvrir presque entièrement les plantes, dont on ne laisse dépasser que quelques pouces. Cette opération se fait avec la houe et seulement quand le temps est humide ; si le temps est sec , il vaut mieux s'en abstenir, parce que dans ce cas l'on fait plus de mal que de bien ; mais il est pourtant nécessaire d'arracher les mauvaises herbes.

Les patates sont exposées aux dégâts des souris qui se trouvent dans les champs, et d'une espèce de chenille qui se développe quelquefois sur les plantes.

La récolte des patates commence au mois de mai et peut se prolonger jusqu'en août, si le temps n'est pas pluvieux ; par contre, si la terre est trop humide, les patates y pourrissent, et il faut se hâter de les récolter. A cet effet , on laboure le champ avec la charrue, et l'on ramasse les patates qui sont mises à nu dans les sillons ; on peut aussi 7 fouiller plus avant avec la houe pour découvrir celles que la charrue n'a pas déterrées. 11 faut avoir

soin de mettre de côté tous les tabercnles qui au* raient été attaqués par la charrue ou par la houe, parce que la moindre lésion produit la pourriture, et que celle-ci se propage rapidement de l'un à l'autre.

Pour conserver les patates, on creuse des fosses que l'on dessèche en y faisant un feu ; puis on j entasse alternativement une couche de patates d'environ un demi-pied et une couche de paille; ensuite on recouvre le tout avec de la paille disposée en forme de toit , et l'on creuse à l'entour des rigoles pour que les eaux pluviales s'écoulent et ne s'infiltrent pas dans la fosse. Ce procédé est le meilleur que nous connaissions , mais il est loin d'être infaillible, et il ne dispense pas de visiter de temps en temps la provision pour en éloigner les patates qui commenceraient à se gâter. Il faut se garder de les laisser séjourner dans des sacs, parce que la pourriture s'y développe très vite.

Il est à remarque que lorsque l'on a planté des patates dans un champ , il en pousse continuellement pendant deux ou trois ans. Cela est quelquefois assez commode, mais plus souvent défavorable pour les cultures subséquentes.

Un journal suisse peut produire , selon les circonstances plus on moins favorables, depuis 6 jusqu'à 30 fanègues de patates, soit de 4 à Id pour 1.

Le prix Tarie entre 3 et 6 piast. (12 et 24 fraDCs)

la fanëgae.

Voici le calcul que I^od peut faire pour évaluer

en argent le travail de la culture des patates par

journal :

Culture: Labourage P. 3 >

Pour planter et herser . • 3 >

Semence 7 »

Récolte : Travail à la charrue ... 2 >

Travail à la houe et pour

ramasser 6 »

Total par journal, P. 21 > ou environ 84 francs.

Les pommes de terre ordinaires , qui réussissent très bien dans la colonie de Baradero et y forment la culture principale, sont d'une réussite fort incertaine dans les environs de Santa-Fé. La plante est surtout exposée à être dévorée par une espèce de cantharide qui s'y développe à foison , et lorsque cela arrive avant la floraison, les tubercules ne se forment pas; par contre, une fois formés, ces derniers peuvent mûrir lors même que la plante serait mangée.

On ne peut pas planter les pommes de terre dans les terrains nouveaux, mais seulement dans les champs qui ont été en culture depuis une année

au moins. Un ou deux mois avant de planter, il faut donner un labour profond.

Si l'on veut mettre des pommes de terre dans un champ qui vient de porter autre chose , il faut d'abord enlever avec le cultivateur (extirpateur) les mauvaises herbes qui s'y trouvent, puis donner un labour profond avant de planter.

Il y a deux époques auxquelles on peut planter les pommes de terre, savoir, d'abord la fin d'août et le commencement de septembre, puis la fin de janvier et le commencement de février. Cette dernière époque convient le mieux, parce que les cantharides ont ordinairement disparu quand les plantes commencent à pousser. Il est assez singulier que les pommes de terre plantées à cette seconde époque ne portent pas de fleurs et se développent malgré cela.

De même que pour les patates, il faut une fanëgue et demie ou environ 5 quintaux de pommes de terre pour ensemencer un journal suisse.

La meilleure manière de les planter est avec la houe, en les espaçant à la distance d'un pas de tous les côtés; mais pour la culture en grand, on est obligé de recourir à la charrue, et dans ce cas l'on dépose la semence par deux tubercules ou morceaux, à la distance voulue, dans le troisième sillon, et l'on recouvre avec la herse.

Après avoir planté les pommes de terre , il ne

faut plus y toucher. L'eipérience a démontré que les soins que Ton voudrait leur donner ultérieurement ne font que leur nuire. La seule chose à faire, c'est d'arracher les mauvaises herbes, s'il y en a.

La récolte des pommes de terre plantées en août ou septembre a lieu à la fin de novembre et an commencement de décembre. Il ne faut pas les laisser en terre au delà de leur maturité, parce que la grande chaleur peut nuire à la qualité. La seconde récolte se fait au mois de mai. Il est à remarquer que si elle n'a pas été favorisée par le temps et qu'il n'y ait qu'un produit insignifiant, le meilleur parti à prendre est de labourer le champ profondément, en y laissant les pommes de terre qui s'y trouvent, et qui, selon toute probabilité, donneront à la fin de novembre suivant une récolte superbe.

Un journal suisse peut rapporter, selon les circonstances, depuis 4 jusqu'à 12 fanègues de pommes de terre , soit, au poids, de 13 à 40 quintaux environ, ce qui fait de 3 à 8 pour 1. Le prix varie entre 2 et 5 P. (8 et 20 fr.) le quintal.

Les raves, carottes, bettet;aves, navets n'ont pas été jusqu'ici cultivés sur une grande échelle, parce que l'on n'est pas obligé d'y avoir recours pour fourrager le bétail; mais c'est une culture qui réussit très bien, surtout sous le rapport de la

qualité, qui, notamment pour les carottes^ est meilleure qu'en Europe.

L'important pour cette culture , c'est d'avoir de la terre bien propre et bien pulvérisée ; c'est pourquoi il convient de choisir de préférence un champ qui ait déjà produit autre chose et qu'il suffit le plus souvent de labourer une seule fois. Pour semer des carottes ou des navets dans une terre vierge, il faudrait la laisser exposée à l'air et au soleil au moins pendant une année, et dans l'intervalle la retourner profondément avec la bêche de préférence à la charrue, ce qui évidemment ne conviendrait guère.

Le meilleur temps pour semer les raves, carottes et navets comprend les mois de mars et d'avril, mais on peut le faire jusqu'en septembre, par conséquent pendant toute une demi-année. On a donc le loisir de choisir un jour où la terre ait été humectée par la pluie, ce qui est très essentiel.

Avant de semer, il faut soigneusement herser le champ, afin de bien briser toutes. les mottes. Un journal suisse demande 1 Vt à 2 liv. de semence dé carottes et seulement une demi-livre de semence de navets. Après avoir semé, il suffit de passer le rouleau. Il faut éviter de semer par le vent. Il va sans dire que tout dépend d'avoir de la semence parfaitement saine et bien conservée.

Lorsque les plantes commencent à pousser, il

faut arracher les mauvaises herbes, en choisissant les jours où le sol n'est ni trop sec ni trop humide. Quelques semaines plus tard et quand les plantes sont grandes, si l'on voit qu'elles sont trop rapprochées les unes des autres , on arrache celles qui sont de trop , et d'ordinaire on peut déjà en employer les racines pour la cuisine.

A partir de quatre mois après l'ensemencement, l'on peut commencer la récolte en arrachant les rares, carottes ou navets à mesure que l'on en a besoin. Il n'y a point d'inconvénient à les laisser en terre pendant les mois d'hiver.

Uarachide , que l'on appelle dans le pays mafit, est une espèce d'amande de terre qui réussit très bien dans le sol de' Santa-Fé , mais que jusqu'à présent on ne cultive que pour les besoins des confiseurs des villes de Rosario, Buénos-Âyres, Montevideo, qui s'en servent à la place des amandes véritables, et pour la consommation des indigènes, qui mangent volontiers ce fruit après l'avoir fait rôtir légèrement au four. On sait que l'arachide est une plante très oléifère , mais l'on n'a pas encore trouvé convenance à en faire dans le pays un usage industriel.

On peut planter l'arachide dans les terres nouvellement défrichées , à condition d'avoir labouré profondément et de briser les mottes avec la houe. Quand on en a le temps, il vaut encore mieux dé-

fricher deux ou trois mois à TaYaDce, en ne faisant que peler le gazon, et donner pn labour profond peu de temps avant rensemencement. Dans les terrains déjà cultivés un seul labour suffit.

L'arachide doit être plantée au mois de septembre et si possible après une pluie. Il faut de 2 Vt à 3 almouds de grains en gousses pour ensemencer un Journal suisse. Dans les terrains nouveaux , il faut planter à la houe, en mettant chaque fois deux gousses à la distance d'un peu moins d'un pas. Quand on plante dans des terrains déjà cultivés, on fait un labour peu profond avec une petite charrue et l'on dépose la semence, à la distance indiquée, dans le troisième sillon, ensuite on recouvre avec la herse.

L'arachide germe lentement, de sorte que les mauvaises herbes ont le temps de croître en premier lieu ; il faut par conséquent légèrement sarcler le champ lorsque cela arrive. Dès qu'au mois de novembre les premières fleurs commencent à se montrer, il faut sarcler une seconde fois, et à la fin de décembre ou au commencement de janvier, avant que la floraison ne soit passée, il faut butter les plantes, sans mettre beaucoup de terre sur les côtés , mais en la jetant sur le milieu des plantes, dont on écarte les tiges, en recouvrant surtout les fleurs, parce que ce n'est que sous la terre , où il projette de petites racines, que le fruit se forme et

se développe. Cette opération indispensable coïncide à pen près avec la récolte do blé , et c'est la principale raison qui engage les colons à négliger la culture de l'arachide.

Cette plante est exposée à souffrir des vers blancs, surtout en terre fraîche , et des souris. Si à l'époque de la maturité le temps est pluvieux, le fruit peut aussi facilement pourrir en terre.

La récolte se fait au mois de mars, en arrachant les plantes et en les laissant deux ou trois jours sur le champ, tournées de manière à ce que les fruits soient le plus possible exposés au soleil, afin qu'ils sèchent. Ensuite on entasse les plantes en meules avec les fruits en dedans, et l'on peut attendre pour détacher les gousses de la plante que l'on en ait le loisir. C'est une occupation pour les femmes et les enfants, surtout pendant les soirées d'hiver.

Si l'on ne vend pas l'arachide tout de suite, on peut la conserver en sacs dans un endroit sec.

Un journal suisse de mani peut produire depuis 2 Vf jusqu'à 8 fanègues, soit de 10 à 38 pour un. Le prix varie entre 3 Vt et 6 P. (14 et 24 fr.) par fanègue de 12 almouds.

S'il fallait évaluer en argent le travail de la culture du mani par journal , on pourrait établir le calcul suivant :

(Mxwe : Deux labours P. 3 2

Hersage > 4

Semence' i 2

Planter et herser 2 >

Sarclage 4 »

Buttage 4 >

RécoUe : Pour arracher et entasser

les plantes 3 >

Pour détacher les gousses

des tiges 4 »

Total par journal, P. 22 > ou environ 88 francs.

Tous ces calculs prouvent que l'agriculture faite par des ouvriers payés au prix où est la maind'œuvre dans le pays, ne peut donner un bénéfice que lorsque les récoltes réussissent à merveille» ce qui est très loin d'arriver toujours.

Le lin, qui vient très bien, n'a été cultivé jusqu'ici que pour la graine, employée beaucoup pour les usages médicaux. On n'en fabrique pas encore de l'huile dans le pays , et nous n'avons pas eu l'occasion d'essayer si la plante » qui est très productive pour la graine, est aussi bonne qu'en Europe jpour l'usage textile.

Pour semer du lin, il faut choisir un terrain qui se trouve déjà depuis longtemps en culture» et que

Ton ait laissé reposer pendant cinq on six mois, sans négliger de le maintenir propre de mauvaises herbes en y passant le cultivateur quand cela est nécessaire. Avant de semer, il Caut dœiner un boD labour.

D y a deux époques auxquelles on peut semer le lin , savoir en février et en août. Quand on n'a d'autre but que d'obtenir de la graine, c'est cette dernière époque qu'il faut choisir; par contre, si l'on voulait cultiver le lin pour le filer, la première serait préférable, parce que la température adoticie de l'automne convient mieux au développement de la tige.

D faut de 50 à 60 liv. de semence pour un journal suisse. Il importe de choisir pour semer un moment où la terre ait été bien humectée par la pluie , car si le temps est au sec au moment de l'ensemencement, la récolte en souffrira beaucoup. Après le dernier labour, il faut soigneusement herser le champ après quoi l'on sème, et I'od recouvre la semence en passant le rouleau.

Plus tard on n'a pas autre chose à faire que de chercher à arracher les mauvaises herbes, si c'est nécessaire.

Le lin est exposé à souffrir des atteintes des pucerons , qui détruisent les germes , ainsi que des cantharides, qui dévorent les jeunes plantes, comme cela arrive pour les pommes de terre et beau-

coup d'autres légumes; cependant le lin est d'une Tégétation si vigoureuse que ces insectes ne paryieonent pas à le détruire entièrement.

Celui que l'on a semé en février se récolte en mai , et celui que l'on a semé en août peut être récolté dans le courant de novembre. On fauche les plantes, on les laisse sécher pendant quelques jours sur le champ, puis on les transporte dans l'aire à blé, où on les bat avec des gaules. La graine se conserve très bien en sacs.

La navette, loin d'être cultivée dans les colonies» y constitue, à l'état sauvage, la mauvaise herbe la plus redoutée et la plus difficile à extirper. Elle se développe surtout dans les champs où il y a eu du blé, probablement parce que la graine extrêmement fine reste souvent mêlée avec le froment sans que l'on s'en aperçoive.

Le ricin est aussi très abondant à l'état sylvestre, et quelques colons en ont semé sur la lisière de leurs cultures , où il se reproduit abondamment de soi-même par la graine qui tombe à terre. Si l'on voulait faire usage de cette plante pour l'élève du ver à soie qui se nourrit de ses 'feuilles , ou pour la fabrication de l'huile , le pays serait éminemment propre à la produire avec la plus grande facilité.

Le coton, qui croît surtout à l'état sylvestre dans les provinces de Gatamarca, de Tucuman et de

Sadta, et dont on a commencé à introduire la culture dans celles de Gorrientes et d'Entre-Rios, Tient très bien dans les environs de Santa-Fé , et la qualité du coton indigène est fort belle; toutefois, la cherté de la main-d'œuvre ne permet pas de le cultiver comme production industrielle. Nous avons fait à San-Garlos des essais avec du coton indigène, ainsi qu'avec de la semence qui nous avait été envoyée de la Nouvelle-Orléans et de l'Egypte. Ces différentes espèces ont réussi toutes trois , et il nous a semiblé que comme abondance de production le coton d'Egypte l'emportait sur les autres, tandis que la qualité du coton de Santa- Fé nous a paru la plus belle.

La culture du coton est fort simple : il suffit, après un bon labour donné dans une terre déjà cultivée antérieurement , de planter les grains de semence à une distance d'un peu plus d'un mètre et de maintenir le sol propre à l'entour. Avant l'hiver, il convient de coup^ les arbustes un peu au-dessus du sol et de recouvrir les tronçons avec de la terre pour qu'ils ne gèlent pas. Au printemps ils repousseront d'eux-mêmes.

Le coton se plante en octobre, et mûrit en avril et mai ; mais comme les capsules qui succèdent aux fleurs et contiennent le produit ne mûrissent pas toutes en même temps, il faut cueillir chaque jour celles qui sont ouvertes, parce que si on les

laisse à la plante le coton se gâte. Ceci demande une inspection journalière delà plantation pendant plusieurs semaines, et prend par conséquent beaucoup de temps.

Nous croyons que les colons feraient bien d'avoir quelques centaines de pieds de cotonniers, 4)ar exemple, en guise de haie autour de leurs champs ; cela ne leur donnerait pas de peinoi et ils pourraient en utiliser le produit pour leur propre usage en le filant eux-mêmes.

. Si Ton voulait s'adonner plus particulièrement à la culture du coton dans la province de Santa-Fé, il faudrait choisir de préférence les terrains du grand Ghaco, qui se trouvent sur les rives du Parana et du Salado, parce que le campo où se trouvent les colonies actuelles, n'est pas assez humide pour cette plante. D'ailleurs le voisinage immédiat d'un fleuve ou d'une rivière navigable , serait important au point de vue de l'expédition.

La culture industrielle dont l'avenir est le plus assuré est le tabac. Le tabac de Santa-Fé est renommé dans tout le pays pour sa qualité, et on le paie à Buénos-Ayres au double de celui du Paraguay. Aujourd'hui l'on en produit extrêmement peu, parce que les indigènes ne pratiquent cette culture que sur une très petite échelle, et que les colons n'ont pas encore pu s'en occuper convenablement pour plusieurs raisons : d'abord, il faut

atant topt coltiver les produits indispensables pour Talimentation , et notamment celui qui est le plus certain comme rapport pécuniaire , savoir le blé : ensuite la culture du tabac demande non-seulement des soins minutieux , surtout à Tépoque des semis et de la plantation, mais encore et principalement des connaissances spéciales pour la préparation après la récolte; enfin il est nécessaire, pour l'exploiter convenablement, d'établir des séchoirs, dépense que les colons ne peuvent faire que difficilement avant d'avoir acquis une position indépendante.

On sème le tabac à la fin d'août et au mois de septembre, dans des plates-bandes de jardin, qu'il faut préparer avec grand soin, de manière à ne pas laisser subsister le moindre grumeau de terre. L'on recouvre les semis avec de la paille soutenue à quelques pouces au-dessus du sol , afin de les garantir contre les vents, contre les gelées blanches et contre les trop grandes ardeurs du soleil au milieu du jour. Il faut aussi veiller à ce que les germes naissants ne soient pas dévorés par des pucerons, dont on se garde en répandant des cendres ou de la chaux sur les semis. Au mois d'octobre on transplante les jeunes pousses dans un champ très bien labouré, en les mettant à la distance d'un bon pas Tune de l'autre. Plus tard, lorsque les plantes ont atteint un certain degré de

développement, on enlève les feuilles que Ton ne veut pâs laisser mûrir, ainsi que les fleurs des plantes que l'on ne réserve pas pour recueillir de la semence. Quant à cette dernière, il est à remarquer que pour être tout à fait bonne il faut qu'elle soit recueillie au mois de février.

On peut commencer à détacher des feuilles mûres au mois de janvier. On les enfile pour les suspendre à l'ombre et à l'abri du vent, et on les laisse sécher ainsi.

Une plante de tabac peut produire environ une demi-livre de feuilles sèches, ce qui ferait monter le rendement d'un journal à la somme d'environ deux mille francs.

Il s'en faut de beaucoup que la culture des légumes soit aussi développée qu'elle pourrait l'être La plupart des colons y attachent peu d'importance , parce qu'ils ne s'en soucient pas beaucoup pour leur propre usage et que les colonies sont trop éloignées des villes pour que l'on puisse cultiver les légumes pour la vente. D'ailleurs, en généra], les créoles espagnols en usent peu; ils n'apprécient et ne cultivent eux-mêmes que les oignons, l'ail, le poireau, les tomates, les poivrons, les pois chiches, les choux et surtout les potirons, nommés dans le pays sapaUos, qui sont très bons, les pastèques, qu'ils appellent sandiasy et les autres espèces de melons. Cependant, depuis quelques

années, il y a dans le voisinage des villes des jardiniers européens qui cnltivent tous les légumes usités en Europe, et les créoles espagnols commencent à s'y habituer.

Tous les légumes, presque sans exception, réussissent très bien dans le pays; seulement pour plusieurs espèces, il est nécessaire de renouveler de temps en temps la semence, qui est exposée à dégénérer

Les potirons, les'concombres, les pastèques et les melons se cultivent dans les champs. On les sème depuis le mois d'août jusque dans le courant d'octobre , dans des terres bien labourées et qui sont déjà en culure depuis quelque temps ; Ton prend soin d'espacer beaucoup la graine, parce que les plantes se développent énormément et couvrent de grands espaces de terre en serpentant.

Pour établir un jardin dans un terrain nouveau, il fauti après avoir défriché à la charrue, retourner la terre à la bêche, en la pulvérisant bien, puis la laisser exposée à l'action de l'air et du soleil pendant trois ou quatre mois. Après cela, il faut encore retourner cette terre très profondément avec la bêche , de manière à mélanger entre elles plusieurs couches du sol. Dans ce but, on commence par enlever la première couche sur une largeur de trois à quatre pieds » puis on jette par-dessus la seconde et enfin la troisième , que l'on môle avec

les deux premières; l'on continue ainsi en reculant jusqu'à ce que l'on ait retourné tout le carré que l'on veut transformer en jardin. Par ce moyen, qui d'ailleurs détruit beaucoup de vers et d'insectes , on obtient une terre qui , sans être de l'humus pur, dont la trop grande force détruirait les semences délicates, est pourtant très fertile ; en même temps/ cette terre, remuée à une grande profondeur, laisse pénétrer davantage les eaux pluviales et en conserve plus longtemps l'humidité. Quand cette opération est faite, il faut encore laisser reposer la terre pendant une année avant de s'en servir comme jardin.

Le9 légumes et les plantes potagères se sèment depuis le mois de février jusqu'au mois d'octobre; en général, c'est l'hiver qui leur est le plus favorable, parce que les grandes chaleurs de l'été leur font du mal. Les différentes espèces de salade peuvent être semées pendant presque toute l'année. Quand la pluie manque , il convient d'arroser les jardins le soir avec de l'eau qui a été exposée au soleil pendant la plus grande partie de la journée ; l'eau fraîchement tirée du puits fait périr les jeunes plantes/ll faut surtout arroser les plates-bandes nouvellement ensemencées.

Il est nécessaire d'entourer les jardins de murs en briques séchées ou cuites (ce qui est plus durable), et il convient de les éloigner autant que

possible de l'endroit où se tient habitaellement la Yolaille.

Dans quelques jardins de Santa-Fé et de la colonie, nous avons vn des fraises en petite quantité; mais près des Tilles de Rosario et de Buénos-Ayres, on les cultive en grand, et l'on sert de superbes fraises-ananas aux tables des hôtels. A Buénos- Ayres, nous avons vu dans un jardin des framboisiers et des groseilliers, ce qui nous a paru très extraordinaire pour le pays.

Ceux qui aiment les fleurs peuvent se donner le plaisir d'en posséder avec beaucoup de facilité. L'on voit à Santa-Fé, dans les cours des maisons, des fleurs magnifiques cultivées par les femmes du pays. Dans les quintas ou maisons de campagne qui environnent les villes de Buénos-Ayres et de Montevideo , il y a de superbes camélias en plein vent ; on a soin seulement de leur ménager l'ombre et la lumière de telle façon qu'il y ait toujours alternation par l'effet de la rotation naturelle des rayons du soleil ; ce que l'on obtient soit par tin treillage, soit par les branches d'arbustes plus élevés plantés auprès.

Nous recommandons à ceux qui voudraient étudier l'horticulture dans le pays , de visiter le magnifique parc et jardin de M. Buschenthal, près de Montevideo, ainsi que le parc du général Urquita à San-José, que l'on dit également fort beau. On a

remarqué que ce sont en général les plantes et les arbres tirés de l'Australie qui s'acclimatent le mieux ; il y en a un très grand nombre dans le parc de M. Buschenthal, entre autres un arbre nommé eucalyptus, qui croît avec une rapidité extraordinaire, présente un bel aspect et procure beaucoup d'ombrage, trois qualités précieuses pour le campo de l'Amérique du Sud. Nous avons vu dans un faubourg de Buenos- Ayres (ccUle de Charcas, très loin hors de ville) l'établissement d'un horticul* teur européen, nommé Pierre Sontag, et qui a été J jardinier d'Urquiza, à San-José. Nous avons été surpris des résultats obtenus par lui, surtout dans les arbres fruitiers, qu'il a greffés presque tous sur des sauvageons indigènes, en choisissant le pêcher pour les fruits à noyau de toute espèce, à la seule exception des cerises , et le coignassier pour tous les fruits à pépins.

Le sol de Santa-Fé est beaucoup plus favorable à la culture des arbres que celui de Buénos-Ayres; par conséquent, lorsque l'on voudra se donner la peine d'y consacrer les soins nécessaires, on y obtiendra sans aucun doute des résultats au moins aussi satisfaisants.

En général, nous ne saurions trop recommander aux colons qui s'établissent dans le campo , de ne pas négliger la culture des arbres, car ils leur seront utiles sous bien des rapports, sans parler de

radoucissement de températare et de PaagmentatioD de ploie que , plantés en grande quantité , ils amèneront peu à peu ds^ns le climat. C'est d'abord un grand embellissement dans ces plaines à perte de Yue, où rien n'interrompt la monotonie du coup d'œil ; ce sera encore un abri très convenable pour protéger contre le vent bien des cultures qui le redoutent ; ce sera enfin l'avantage très considérable d'avoir, au bout de quelques années , tout son bois à brûler sur sa propre terre , et , plus tard, même du bois qui pourra servir à la menuiserie, au charronnage, ainsi que pour les constructions. Outre cela, les fruits sont un rafraîchissement précieux pendant les chaleurs de l'été , et ceux que l'on ne consomme pas peuvent être séchés ou distillés en eau-de-vie pour provision de ménage et pour la vente.

A notre avis, les colons feraient très bien d'en^ tourer leurs concessions d'une lisière d'arbres de la largeur de dix à quinze pas; outre l'embellissement, ce serait une barrière naturelle que le bétail ne franchirait guère , surtout si l'on y entremêlait des épines, qui ne manquent pas dans le pays. Pour cela , nous recommanderions surtout le parayso et l'acacia, que l'on peut semer et qui croissent très rapidement. Pour éclaircir ensuite ces semis ou ces pépinières autant qu'il le faudrait, on en prendrait les plus jolis arbres et on les trans-

planterait aax endroit que Ton Tondrait embellir ou abriter près des habitations, sans préjudice aucun des vergers à établir dans les emplacements convenables.

Quand on veut semer de la graine d'arbres , il convient de choisir un terrain qui ait déjà été en culture depuis quelque temps; on lui donne un labour profond, puis on le laisse pendant quelques semaines exposé à l'influence de l'atmosphère. On sème au mois de mars et d'avril, et l'on a soin de passer le rouleau après l'ensemencement.

Nous croyons que la première chose à faire, c'est de semer des noyaux de pêche (nous ne pouvons pas dire planter, car on peut les répandre à la volée comme la semence), qui germent avec la plus grande facilité. Au bout de deux ans, l'on pourra commencer à transplanter les jeunes arbres qui seront les plus avancés. Cette opération se fait en hiver, c^est-à-dire pendant les mois de juin, juillet et août. En transplantant , il faut couper le bout de la racine pivotante et tailler les racines chevelues; il faut incliner le pivot en plantant, parce que cela améliore la qualité du fruit. On plante les pêchers à la distance de dix ou quinze pas l'un de l'autre, et, si le temps est sec, on arrose les sujets nouvellement transplantés. Les racines produisent d'ordinaire une foule de jets superflus qu'il faut couper, afin de fortifier le tronc et de lui

ménager une forme élancée. A partir de Tannée suivante, on commence à tailler les arbres chaque hiver, ce qui, une fois qu'ils sont grands, procure une bonne provision de bois à brûler. Les pêchers commencent à porter du fruit dès la troisième année.

Au moyen des jeunes pêchers obtenus de cette manière, Ton peut préparer, en les disposant d'une manière convenable , un abri aux semis d'arbres forestiers que Ton désire faire dans la suite. Nous entendons par là le caroubier, le quebracho, le ncmdtibait le parayso, Vac(icia, et les arbres d'Europe dont on aurait apporté ou fait venir la semence. On pourra semer ces graines entre des allées de pêchers plantées de Test à l'ouest, afin de les protéger contre le vent du sud,- qui est le plus redoutable.

L'abricotier croît aussi facilement que le pêcher, mais comme il devient plus grand, il se développe plus lentement; il ne porte guère de fruit qu'à partir de la cinquième ou de la sixième année.

Un autre arbre dont la croissance est sûre et facile, c'est le coignassier. Cet arbre produit dans le pays un fruit beaucoup moins acerbe que les coings d'Europe; on le mange en compote, comme chez nous les pommes.

L'oranger est difficile à cultiver daûs le campo, parce qu'il demande à être abrité du vent et des

gelées de l'hiver pendant qu'il est encore jeune et délicat, avantage que lui procurent dans les villes les murailles des maisons et des jardins, ainsi que les grands arbres anciens qui ombragent et protègent les jeunes. Le meilleur moyen d'élever cet arbre est de planter des pépins, ou mieux encore, des oranges entières, et de transplanter ensuite les jeunes sujets que l'on est obligé d'enlever pour ne pas gêner le développement des autres; ceux que l'on pourra laisser en place croîtront plus vite. La transplantation doit se faire au mois de mai et de juin. Les jeunes orangers que l'on apporte des villes dans les colonies périssent très souvent, et même ceux qui reprennent sont entravés dans leur développement, parce que les gelées de l'hiver leur font perdre presque tous les jets encore verts qu'ils ont poussés pendant l'été. Le meilleur moyen de conserver ces jeunes arbres est de les entourer, à la fin de l'automne, d'une pile de briques entassées les unes sur les autres sans mortier, jusqu'à une hauteur qui dépasse un peu celle de l'arbuste; par ce moyen, celui-ci, sans être privé d'air ni de lumière, est préservé du vent et des rayons du soleil levant, qui détruisent en hiver les pousses tendres couvertes de rosée froide ou de gelée blanche. Au printemps, dès que cet inconvénient n'est plus à redouter, l'on enlève les briques. Nous avons vu à Espéranza des orangers traités de la sorte se dé-

velopper admirablement ; mais nous ne connaissons qu'un seul colon qui ait voulu jasqu'ici prendre cette peine. L'oranger est, comme on sait, un arbre toujours vert; c'est pourquoi il importe que pendant l'hiver il ne soit pas empêché de pousser des feuilles nouvelles, qu'il produit aussi bien en automne qu'au printemps.

Il ne faut pas tailler les orangers avant qu'ils aient atteint l'âge de quatre ou cinq ans. Placé dans les conditions les plus favorables, cet arbre peut commencer à porter du fruit dès la sixième année; mais d'ordinaire cela n'arrive qu'à la huitième ou même plus tard si l'arbre n'a pas pu se développer convenablement dès l'abord.

Ce que nous venons de dire des orangers s'applique aussi d'une manière générale aux citronniers, aux cédrats, et aux limoniers, qui sont de la même famille.

Le figuier est un arbre que l'on rencontre beaucoup dans tous les vergers de la République Argentine; il y devient très grand et porte en abondance des fruits de très bonne qualité. Il y en a de plusieurs espèces. Le figuier est très facile à obtenir au moyen de boutures ou rejetons .que l'on coupe au-dessus de la racine des vieux ar« bres, et que l'on met en terre au mois d'août, en les inclinant légèrement jusqu'à la profondeur d'ua pied, et en ne laissant sortir de terre que deux ou

trois odWs, comme on le fait pour les chapons de Yigne. Dans le courant de la seconde année on peut déjà commencer à tailler Tarbuste pour lui donner un tronc droit et élancé. Les fruits commencent à se montrer dans le courant de la cinquième ou de la sixième année. Tant que l'arbre est jeune il convient de l'abriter et de le protéger contre les gelées blanches, ce qui peut se faire par le choix d'un emplacement convenable ou, à défaut, au moyen d'une enveloppe de paille pendant l'hiver

Le grenadier est très abondant, il est facile de le transplanter, ainsi que de l'obtenir par la semence que l'on met en terre au mois d'août. La transplantation des jeunes arbres se fait dans les mois de mai et de juin et pas avant la seconde année.

Le meilleur moyen d'obtenir des pommes et des poires, c'est de les greffer sur des coignassiers. Nous en avons vu beaucoup d'exemples à Buénos- Ayres. On peut aussi planter des pépins au mois de septembre ou au moins de mars, et dans ce cas il faut attendre deux ou trois ans avant de transplanter ces jeunes arbres. Les poiriers deviennent très beaux et très grands , mais ceux que nous aTons TUS à Santa-Fé et à Goronda ne portaient pas de bons fruits, faute d'avoir été greffés; les pommiers, par contre, se développent moins bien et nous croyons que le meilleur système est de

les élever en pommiers nains oa en espalier. Ds commencent à porter du fruit à la quatrième ou à la cinquième année , les poiriers un peu plus tard. ^

Quelques essais faits dans les colonies avec des amandiers et des noyers ont réussi, mais nous n'avons pas eu le temps de voir ces arbres arriver à Tâge de porter des fruits. Par contre» nous avons vu chez un médecin européen, établi depuis longtemps à Santa-Fé, un ou deux amandiers en plein rapport, qui avaient été greffés sur des pêchers. Nous avons vu à Buénos-Ayres des pruniers de toute espèce greffés sur les mômes arbres.

Quelques colons piémontais ont apporté avec eux de la graine de mûriers et nous en avons vu plusieurs jeunes arbres qui venaient très bien.

Des noyaux de dattes que nous avons plantés à San-Garlos ont fort bien germé; les jeunes dattiers sont vigoureux, mais cet arbre se développe très lentement.

Les cyprès se transplantent assez facilement et viennent très bien.- Les peupliers se reproduisent comme en Europe par les boutures , mais ils ont besoin d'une certaine humidité pour se bien développer à la longue. Il en est de même à un plus haut degré des saules , qui se transplantent avec une très grande facilité et dont les boutures peuvent aussi être plantées, mais qui même après avoir

très bien repris d'abord, risquent de périr au bout d'un certain temps, si le terrain où ils se trouvent ne leur offre pas l'humidité dont ils ont besoin.

Tous les arbres des forêts dont le bois est un peu tendre et la sève abondante se transplantent facilement, même lorsqu'ils sont déjà grands. Il faut naturellement faire cette opération en hiver , c'est-à-dire pendant les mois de juin , juillet et août. Quand on transplante des arbres jeunes, dont l'écorce est encore tendre, il faut chercher à garantir le tronc des trop grandes ardeurs du soleil, parce que le dessèchement de l'écorce entrave la circulation de la sève et peut faire périr l'arbre, lors même que les racines auraient bien repris.

La plupart des arbres que l'on apporte d'Europe réussissent bien quand on leur donne les soins nécessaires au commencement. Nous avons vu chez un colon d'Espéranza quelques exemplaires de pins maritimes. Nous croyons que le platane , les maronniers, les châtaigniers, réussiraient bien; on n'en a pas encore fait l'essai à notre connaissance.

Les plantations de jeunes arbres, en général , ont quelquefois à souffrir, par places, d'un insecte ou d'un ver imperceptible, dont la présence ne se révèle que par ses ravages , et qui ronge l'écorce immédiatement au-dessus de la racine, ce

3iO

qui interrompt la circulation de la sève et fait périr Tarbuste.

Nous avons déjà eu l'occasion de dire que dans les villes comme Santa-Fé;, Parana, Coron da et autres , les treilles abondent dans les cours des maisons. Ces treilles sont presque toujours superbes et produisent un raisin excellent, soit rouge , soit blanc muscat. Le raisin est très doux et a de grands grains allongés dans le genre des raisins de Malaga. L'on a aussi déjà planté beaucoup de ceps de vigne dans les colonies, où on les élève également comme treilles le long des murs des jardins ou des maisons; mais pour cultiver la vigne sur une plus grande échelle , les plaines du campo présentent quelque difficulté à cause des vents et surtout du pampéro , dont il faut chercher à se garantir, sans cependant priver la vigne des rayons du soleil. Nous croyons que le meilleur moyen d'y parvenir serait de faire , dans la direction de l'est à l'ouest, des murs d'environ six pieds de hauteur et éloignés l'un de l'antre d'environ quatorze pieds, pour planter la vigne entre deux ; on pourrait aussi creuser la terre à peu près à la même distance, de manière à fair e des pans inclinés exposés au nord, sur lesquels on ferait les plantations en mettant les ceps en bas et faisant remonter les pampres le long de la pente.

un peu comme des espaliers. Mais il nous semble que le premier moyen serait préférable.

Pour planter la vigne, il faut commencer par faire des fossés d'environ deux pieds de large et <]eux pieds et demi de profondeur. Au fond de €es fossés l'on dépose une couche de deux ou trois pouces d'ossements d'animaux ou de débris de briques, ensuite une couche de trois pouces de l'humus que l'on a pris à la surface du sol en creusant le fossé; lé reste de l'humus est mélangé avec la terre de la couche inférieure, et ce mélange remis dans le fossé jusqu'à la profondeur d'environ un pied, qui reste vide. Dans les endroits ainsi préparés , l'on peut planter la vigne depuis le milieu de juillet jusqu'au milieu d'août. Si l'on a de jeunes plants avec des racines, il faut tes coucher de manière à enterrer de 1 7« à 2, pieds du jeune cep avec les œils, afin qu'ils poussent de nouvelles racines, qui , ajoutées aux anciennes, rendent le cep d'autant plus vigoureux. Si l'on n'a que des chapons, il faut veiller à ce qu'ils aient environ trois pouces de vieux bois; on les couche en. terre presque horizontalement; en ne laissant dépasser que quelques œils. Ces chapons croissent aussi sûrement et aussi bien que les plants qui ont des racines. En plantant les uns ou les autres il vaut mieux ne pas en tailler le bout. Quand le temps est sec il est utile d'arroser les

Donvelles plantations. En plantant la vigne, on met les ceps à trois pieds de distance les uns des au* très; plus tard, lorsqu'ils sont bien développés. Ton peut en ôter la noioitié et les transplanter ail* leurs. On disposerait naturellement ces rangées de ceps entre les murs dont nous avons parlé , de manière à leur ménager convenablement l'espace, l'abri et le soleil.

La première année après la plantation il faut tailler tous les nouveaux jets , en ne laissant que deux ou trois œils. Il ne faut pas laisser venir à la racine des pousses superflues, mais enlever ce qui pousse de plus que le tronc principal ou tout au plus un second.

Les années suivantes on taille la vigne comme en Europe, sur le bois ou sur le fruit, selon sa convenance. Cette opération se fait à la lune croissante du mois d'août et c'est la seule que l'on ait à faire; car il faut s'abstenir d'ébourgeonner ou d'ébrancher la vigne, parce que le fruit avorte par l'effet d'une surabondance de végétation si on ne laisse que les jets utiles; tout ce qu'on peut faire, c'est de briser à une certaine hauteur ceux qui ne servent à rien , pour les empêcher de devenir trop grands. Il ne faut pas non plus épamprer, parce que les raisins mûrissent mieux sous les feuilles que lorsqu'ils sont exposés directement et sans abri à toute l'ardeur du soleil. La vigne commence

à produire la troisième année , surtout lorsqu'elle a été plantée avec racine.

Plusieurs colons ont apporté de la semence de raisins d'Europe et toutes ces graines ont bien levé.

Il va sans sans dire que la plantation d'une vigne est un travail que le colon ne peut entreprendre qu'après avoir pourvu aux exigences premières de son installation et de son établissement; mais une fois que le plus nécessaire est fait , rien n'empêche de s'y mettre , et l'on pourrait facilement commencer par une ou deux rangées de murailles, puis en ajouter une chaque année, ce qui au bout de peu de temps, formerait une jolie plantation.

Quant à la fabrication du vin, l'on n'a fait jusqu'ici que des essais en petit, qui ont réussi. Il est très facile de faire de bonnes caves , attendu que le sol n'est pas pierreux et que l'on peut faire soi-même les briques nécessaires pour les murer. L'on peut acheter à bas prix les tonneaux (pipes) dans lesquels on importe les vins de l'Espagne et du midi de la France. D'ailleurs on pourrait au besoin faire de très bons fûts avec le bois de caroubier, à condition de le laisser tremper dans l'eau jusqu'à ce qu'il ait perdu sa matière colorante et la saveur âpre et forte qui lui est propre. On s'en sert très bien pour les seilles et les cuves.

Nous terminerons ces renseignements sur les cultures par l'aperçu suivant (d'ailleurs très sujet à varier) des travaux agricoles que peut faire par an, à partir de la seconde année de son établissement , une famille de colons possédant quatre travailleurs :

40 journaux de blé, produisant en cas de résultat médiocre P. 750

15 journaux de maïs, idem .... > 180

1 journal de patates > 50

Vi journal de pommes de terre, pour

mémoire. Vi journal de mani (arachide) ...» 15

2 journaux de haricots .... » 50

1 journal de pois » 15

2 journaux d'orge » 40

1 journal de légumes, pour mémoire.

63 journaux suisses, produisant . . P. 1,100

Nous estimons que l'entretien de la famille pendant une année lui coûtera

environ P. 350

et nous évaluons les faux frais et la déperdition des outils, du bétail de service, etc.,à > 120 » 470

Il resterait donc un surplus de . . P. 630 ou environ 2520 fr.

Nous avons évalué les produits asset bas, soit

comme quantité , soit comme prix , et il est facile qu'ils soient beaucoup plus considérables; par contre, ils peuvent aussi rester au-dessous de notre estimation si Tannée est tout à fait mauvaise. En revanche , notre calcul ne tient aucun compte des bénéfices que le colon retire de son bétail.

En effet» à côté de l'agriculture qui doit demeurer son occupation principale, le colon fera très bien de vouer une attention toute particulière à l'élève du bétail, pour laquelle le pays est si favorable. Les récoltes sont toujours subordonnées à l'état variable du temps; les bénéfices qu'elles procurent sont parfois magnifiques et d'autres fois très médiocres. La reproduction du bétail, par contre, est régulière et certaine ; il est très rare qu'elle soit sensiblement modifiée par dés maladies ou des accidents, surtout dans les colonies où les troupeaux ne sont pas trop grands pour être bien surveillés et où les animaux sont régulièrement abreuvés par les soins de leurs propriétaires.

Les vaches de la province de Santa-Fé ressemblent beaucoup à la race suisse ou fribourgeoise; quoique vigoureuses, elles ne sont pas très grandes et leur poids ne dépasse guère huit quintaux. Les génisses commencent à porter souvent un peu avant l'âge de deux ans accomplis ; c'est-àdire qu'elles font ordinairement leur premier veau

pendant la troisième année. Cette opération se fait toujours naturellement sans aucune assistance humaine : un beau jour la vache revient du pâturage avec un veau nouveau-né, comme si de rien n'était. Les vaches sont fécondes jusqu'à l'âge de 18 ou 20 ans. Leur lait^st d'une excellente qualité; mais il est moins abondant qu'en Europe, ce qui provient sans doute du manque de soin. On peut compter qu'une vache à lait de production moyenne fournit 2 livres de beurre par semaine. Le beurre se vend toujours très bien; il y a des marchands qui parcourent les colonies pour Tacheter et qui vont le vendre jusqu'à Buénos-Ayres. Le prix varie de 1 V, à 3 réaux (75 c. à 1 fr. 50) par livre, selon la saison.

Les vaches des estancieros ne sont pas accoutumées à se laisser traire ; par contre , celles qui ont été élevées par les colons sont aussi douces et apprivoisées qu'en Europe; mais on laisse toujours une partie du lait au veau, non-seulement parce que la vache se laisse traire plus volontiers après que le veau a teté, mais aussi parce que sans cela les veaux seraient trop chétifs et mal nourris. Comme le bétail est toujours au pâturage, il est difficile de régler l'époque où les vaches doivent porter, comme cela se pratique en Europe; il en résulte qu'elles font presque toutes leurs veaux

aa printemps et que le lait est assez rare pendant l'hiver.

Il n'y aucun avantage à tuer les veaux» d'autant moins qu'une vache cesse de donner du lait dès qu'elle a perdu son petit; il convient donc beaucoup mieux de conserver les génisses pour la reproduction et de ne vendre les jeunes bœufs pour la boucherie que lorsqu'ils ont dépassé deux ans. Pour les colons qui s'établissent il est très avantageux d'acheter de préférence des vaches laitières avec des veaux femelles, dussent-ils même les payer un peu plus cher, parce que l'augmentation sera beaucoup plus rapide.

Les estancieros n'élèvent le bétail qu'au seul point de vue de la reproduction, et leur revenu consiste dans le produit des jeunes bœufs (noviUosX qui atteignent chaque année l'âge convenable pour être vendus , soit aux bouchers , soit surtout aux saladerosy établissements qui font l'abattage en grand pour l'exportation des peaux, du suif, delà viande séchée, etc. Ces estancieros possèdent des propriétés de plusieurs lieues carrées , sur lesquelles les animaux paissent par milliers. Il y en a dont le bétail s'élève jusqu'à 10,000 têtes; on évalue à 200,000 celui du général Urquiza dans l'Entre>Rios,et à 300,000 celui du plus riche estanciero de la province de Buenos- Ayres. On calcule qu'une lieue carrée dé campo peut nourrir 2000 vaches,

et qae le troupeau se double eu trois ans. Les prix des terrains sont sujets à varier énormément selon la situation, les localités et les circonstances. L'année dernière on a vendu des estances assez bien situées dans les environs de Santa-Fé, sor le pied de 7000 piastres boliviennes (28,000 francs) la lieue carrée. Dans le nord de la province ou dans le Chaco on peut encore acheter des terrains superbes presque pour rien, tandis que près de la ville de Rosario on a payé jusqu'à 17,000 piastres (68,000 francs) la lieue carrée en 1864, et l'on éa demande aujourd'hui 25,000 piastres (100,000 francs).

Nous estimons que l'élève du bétail est en quelque sorte V assurance du colon et nous y avons toujours voué la plus grande attention. On aura pu remarquer que la colonie de San-Carlos, bien qu'elle soit une des plus jeunes et qu'elle ne se soit formée que très graduellement par l'arrivée successive de petits groupes de colons, présente la plus forte moyenne de bétail par famille. Cette moyenne est à San-Garlos de 29 bêtes à cornes, à Espéranza de 23 et à San-José de 18. Le manque de données statistiques nous a empêché de l'établir pour les autres colonies.

Néanmoins , l'exemple des estaucieros n'est pas bon à suivre pour les colons , mais ceux-ci doivent rester dans certaines limites à l'égard du bé-

tail. Nous croyons que chaque famille devrait se borner à conserver , outre les bœufs dont elle a besoin pour les travaux agricoles, le nombre de vaches qu'elle est capable de traire convenableinent; mais qu'alors elle devrait leur consacrer tous les soins nécessaires, leur bâtir une étable et les fourrager pendant la nuit avec de la luzerne et d'autres plantes cultivées à cet effet. Par ce moyen, la production de lait serait considérablement augmentée et, dans la saison où le beurre est à bas prix , nous croyons que l'on ferait très bien de se vouer à la fabrication du fromage, pour laquelle l'établissement d'une fruiterie, à la mode suisse, serait facile entre quelques familles bien placées et capables de s'entendre et de conserver la paix tout en travaillant en commun. Ce dernier point, qui est la principale difficulté et qui a fait échouer tous les efforts que nous avons tentés personnellement dans ce but, obligerait de limiter le plus possible le nombre des sociétaires proprement dits; mais la fruiterie pourrait acheter à ua prix déterminé le lait que les autres colons lui apporteraient. Moyennant la connaissance du métier et des arrangements convenables qui pourraient être pris sans difficulté, l'on pourrait faire un fromage excellent, qui se vendrait sans doute très bien pour la consommation des grandes villes, telles que Rosario, Buenos- Ayres et Montevideo.

Les bœafs sont très forts et très bons ponr le travail; ils atteignent la hautear d'environ cinq pieds et demi, et ils ont de fort grandes cornes. Comme on ne les engraisse pas» leur poids ne dépasse guère huit quintaux, et les jeunes bœufs que l'on tue d'ordinaire, n'en pèsent pas beaucoup plus de six. La peau se vend habituellement de 4 à 5 piastres (16 à 20 fr.).

Pour travailler avec les bœufs il convient d'éviter les heures de grandes chaleur et de choisir de préférence celles du matin et du soir. Les indigènes, qui emploient surtout ces animaux pour traîner les charrettes, ont l'habitude de voyager toujours pendant la nuit , excepté en hiver, et de se reposer durant la plus grande partie du jour.

Encore une raison pour laquelle nous conseil- Ions aux colons de ne pas conserver plus de bétail qu'ils n'en peuvent convenablement et utilement soigner, c'est le pâturage. Aujourd'hui l'on fait paître les animaux en dehors des colonies, et il est probable que l'on pourra continuer à le faire encore pendant plusieurs années. Mais il est à prévoir qu'un temps viendra où les propriétaires de ces terrains , aujourd'hui à peu près abandonnés , voudront ou les vendre , ou en tirer parti pour eux-mêmes , et alors les colons seront bien obligés d'augmenter à leurs animaux les rations de fourrage cultivé et de les faire pâturer sur une

partie de leurs propres terres. Il serait danc plus prudent et plus judicieux de prendre d'avance ses mesures de manière à n'être pas surpris et mis dans l'embarras par un. pareil changement, d'autant plus que le profit réel d'un bétail limité, mais bien soigné, sera très certainement plus considérable que celui d'un grsmd troupeau qu'on néglige.

Après cela , s'il y a des colons qui veulent absolument se vouer à l'élève du bétail, à l'instar des. créoles ^ le mieux qu'ils puissent faire c'est de louer ou d'acheter un terrain de quelque étendue en dehors des colonies, et d'y établir quelque membre de leur famille pour surveiller les animaux qu'ils y placeront. Gela pourrait aussi se faire conjointement par plusieurs familles qui s'entendraient pour élever ainsi le surplus de leurs ani^ maux.

L'élève des chevaux doit être abandonnée entièrement aux estancieros qui ont de vastes possessions sur lesquelles peuvent errer en pleine liberté de nombreux troupeaux de juments , que parfois le propriétaire ou les p^on^ de l'estancia ne revoient pas de plusieurs mois. Il leur suffit de savoir dans quelle direction ils ont à les chercher au besoin. Quelques eststncieros s'occupent aussi, dans une certaine mesure, d'élever des

mulets que Ton envoie surtout en Bolivie.

Là où il y a des csllQrea ii est natQrellemeBt impofisibhi de laisser des troapeaoi de chevaux en liberté» et quand ob est obligé de les mettre an corrai pendant la nuit, ils en souffrent toujours. Evidemment il ne convient pas pour le colon d'avoir plus de chevaux qu'il ne lui en faut pour son service; mais il ferait très bien de les mettre de nuit dans une écurie ou au moins sous un hangar*, et de les fourrager*

Jusqu'à présent les colons ont négligé presque entièrement rélève du mouton. Cependant le compo de Santa-Fé offre un pâturage très convenable pour ces animaux, surtout lorsqu'il a été broulé pendant deux on trois ans par le gros bétaii; d'ailleurs on sait que les moutons ont la propriété d'amélîo* rer eux-mêmes le p&turage où ils se troutent , et qu'ils le trsmsfomient peu à peu en ub chanq) de trèfle.

Les brebis mettent bas trois fois et^ deox ans, de sorte que l'augmentation est encore plus rapide que chez les bétes à cornes* On évalue le produit en laiM à 3 ou 4 liv. par mouton et par an. Selon la qaalité, la laine se vend, à Santa-Fé, de 2 à 4 P. l'arrobe de 35 liv., ce qpii équivaut à peu près à 39 et 64 francs le quintal. Si l'on achète des brebis ordinaires^ on peut facilement améliorer la race en leur donnant des béliers plus fins, que l'oo peut encore rfoofkcer fim tué par des lu|8ts tfaM

as3

qualité supérieure. Même lorsque Ton ne cherche pas à raffiner davantage un troupeau , il convient de changer les béliers de temps en temps, parce que la race dégénère si le sang n'est pas renouvelé.

Un seul berger suffit pour 800 à 1000 moutons, mais il ne convient pas de faire des troupeaux plus nombreux. Les soins à donner à ces animaux sont fort simples et faciles à apprendre en consultant des personnes qui en ont l'expérience ; mais sans être difficiles, ces soins sont indispensables, et si on les néglige, le troupeau en souffre.

Nous croyons que les colons feraient bien d'avoir un certain nombre de moutons par famille, et de se réunir pour former des troupeaux du nombre voulu, qu'ils feraient garder en commun. Outre les bénéfices résultant de la reproduction, de la laine et de la vente des mâles châtrés pour la boucherie, ils auraient l'avantage de pouvoir se servir des moutons pour préserver des mauvaises herbes les champs qu'ils doivent de temps en temps laisser en jachère, et qui offrent un bon pâturage, de même que ceux où l'on vient de récolter du blé, et où les grains tombés ne tardent pas à produire en abondance une herbe tendre dont les moutons et tous les animaux sont très friands.

Les moutons oQt encore Tavantage d'exiger

ponr les abreuver be&ncoap moins d'ean que les bètes à cornes.

Il y avait très peu de montons dans les enyirons de Santa Fé, il y a cinq on six ans ; mais aujourd'hui les éleveurs de la province de Buénos-Ayres commencent à s'y établir, parce que dans cette province, comme dans la Bande orientale^ les prix des terrains augmentent très fort, et que par conséquent le besoin de s'étendre vers le nord se fait de plus en plus sentir.

L'élève du porc ne se pratique pas en grand et pour l'exportation de la viande ; mais habituellement les familles trouvent utile et facile d'en élever ou d'en engraisser quelques-uns pour les besoins du ménage. Nous avons eo. l'occasion d'améliorer la race indigène par l'introduction de quelques sujets d'une race chinoise, et l'on a introduit aussi des porcs anglais et autres, de manière que l'on rencontre déjà passablement de croisement. L'on trouve chez les colons de la charcuterie qui ne le cède en rien à celle des gens de nos campagnes.

Les colons ont en général beaucoup de volaille : poules, dindons, sarcelles, canards, pintades leur coûtent fort peuànourir, vu l'abondance d'insectes qu'ils trouvent dans le campo, et dont la destruction est d'ailleurs fort utile, puis les déchets de maïs et d'autres graines font rarement défaut. La vente des œufs est une grande ressource : le prix

yarie» selon Tabondance et la saison, depuis demi réal jusqu'à 2 réaux (25 cal fr.) la douzaine. Quand le prix est bas, il y a plus de convenance à faire couver les œufs et à vendre les poulets à 1 Vi ou 2 réaux (75 c. à 1 fr.). Les bateaux à vapeur en font une grande consommation pour la table des voyageurs, et les transportent aussi aux marchés de Rosario et de Buénos-Âyres. Outre cela, la volaille et les œufs sont fort commodes et utiles dans les ménages.

Si Ton veut faire des poulaillers , on peut y enfermer la volaille pendant la nuit; mais pendant le jour, il faut la laisser courir librement daiis la prairie, sans quoi Ton n'a pas d'œufs. Les jeunes dindons sont difficiles à élever; ils réussissent le mieux quand la mère fait sa couvée dans le campo, loin des habitations, et qu'elle ne revient au logis qu'avec ses poussins déjà grands.

Nous nous sommes appliqués à consigner dans les pages qui précèdent les résultats de huit années de pratique dans l'agriculture et la colonisation à Santa*Fé; mais il nous reste à mentionner une expérience essentielle, savoir, que presque chaque jour, ou tout au moins chaque saison, l'on apprend quelque chose de nouveau qui vous amène à modifier ses observations précédentes. Nous sommes donc bien loin de^ prétendre que nos conseils et et nos renseignements soient complets ou défini

tifs; mais noas croyons que c'est ponr la première fois que des données aussi détaillées srat offertes an public sur ce sujet et pour ce pays, et nous sommes persuadé aussi que ceux qui voudront les prendre pour guide dsm leurs traraux, s'en trouTeront bien et s'épargneront des tâtonnements qui font souvent perdre un temps précieux.

Il n'entre pas dans notre but de rechercher en détail les causes qui font que , dans beaucoup de contrées de la Suisse et de l'Europe , les populations agricoles se trouvent dans une position gênée, souvent même pénible et alarmante. D'ailleurs ces causes varient selon les localités et nul ne les saurait mieux connaître que ceux qui en souffrent. C'est tantôt le prix démesuré de la terre, ou le morcellement excessif des propriétés, tantôt le peu de fertilité du sol, une situation peu favorable pour la vente des produits, ou encore des charges trqp lourdes à supporter, soit comme impôts, soit comme fermage ou comme intérêts d'un capital emprunté. Enfin, il en est de ragricnltut*e comme de toutes les autres branches : ce sont de plus en plus les grands capitaux qui envahissent tout et qui peuvent seuls travailler avec bénéfice , tandis que les gens dont les moyens sont limités et qui n'ont guère que leurs bras pour vivre, sont distancés et mis en quelque sorte dans une impasse.

D y a là un grave sujet de réflexions pour to«t

père de famille qui voit son travail et celui de ses enfants suffire à peine , ou ne suffire pas entièrement aux nécessités de la vie et au paiement des charges de sa position; pour lequel, par conséqaents dans le cours probable des choses^ les années qui avaiîcent n'amèneront qu'une diminution graduelle de sa fortune , au lieu d'une augmenta-

tiOQ.

La République Argentine offre aux agriculteurs qui sont ainsi placés, un faste cbamp de travail f^tcile, lucratif, et sussceptible d'un grand développement Ceux qui peiavent s'y transporter avec un capital qui, en Europe, ne suffirait pas au moindre établissement agricole indépendant, peuvent y acquérir un vaste domaine, et s'y cré^ par leur travail une position pleine d'aisanee et d'avenir. Plus la famille sera nombreuse, et surtout plus il y aura de fils, plus ses progrès seront rapides. Les parents auront en même temps l'immense avantage de pouvoir conserver tous leurs enfants auprès d'eux jusqu'à ce qu'ils se marient, tandis qu'en Europe ils seraient dans la dure nécessité de les mettre en service chez des étrangers, ou de les envoyer travailler dans les établissements industriels.

Le conseil que nous donnons, en terminant, aux personnes qui se trouvent dans la situation indiquée, et qui éprouvent le désir de s'affranchir

par un travail énergique et soutenu » par des privations passagères, et des sacrifices acceptés et supportés avec courage et fermeté, soit des charges et des inconvénients d'une position trop grevée et trop étroite , soit de la dépendance personnelle qui résulte de ce que Ton ne possède pas de terre à soi, et que l'on est obligé de travailler sans espoir d'avenir, pour enrichir davantage ceux qui en sont propriétaires, ce conseil, disons-nous, c'est de ne pas hésiter, mais de se décider tout de suite, tant qu'elles possèdent encore, pour s'établir en Amérique d'une manière convenable et avantageuse, des moyens qui vont en diminuant chaque année pour ceux qui se laissent aller à cette faiblesse do caractère qui induit tant de gens à n'émigrer que lorsqu'ils sont réduits à la dernière extrémité , et qu'à moins de trouver des occasions exceptionnelles où on leur fait des avances, le dénuement les met en présence de difficultés presque insurmontables, qui n'auraient pas existé quelques années auparavant.

/''eUE«»'69H

Page 1