LA SOCIÉTÉ LOCALE
adhérents, le dévouement servait d’instrument d’action: c'était le Lemps où les administrateurs se chargeaient à tour de rôle de répartir les marchandises entre les adhérents, où toutes les besognes depuis la mise du vin en bouterlles jusqu’à la tenue dela comptabilité étaient confiées au sein même de la Société à ceux qui voulaient bien y consacrer quelques heures de loisir, ou s’en occuper en dehors de leurs heures de travail.
Une pareille méthode ne pouvait réussir que grâce au caractère pour ainsi dire fraternel que la Coopérative revêtail. Forcément, c'étaient des amis attachés à une œuvre commune. La Coopérative devenait pour chacun sa propre affaire, il y laissait à son départ toujours un peu de lui-même, et le meilleur. Et une autre consé-
quence s en suivait : les coapérateurs étaient portés à
rester entre eux, à vouloir être de la même corporation, du même milieu social et de la même rue ou du même pays.
La coopération se restreignait d'elle-même et elle trouvait dans cette restriction même une certaine force. de vie, mais de vie médiocre.
Si cette phase première n’avait pu se produire, le mouvement coopéralif n'aurait probablement pas vu le jour. Elle correspondait du reste à un état historique du commerce, à un degré très primitif de son évoluüon. Les concurrents de la coopération étaient ou sont alors les petits intermédiaires. C’est le temps où le pelit commerçant est roi derrière son comptoir.
Dans cette situation, les bénéfices sont beaucoup
- plus élevés, les ‘écarts entre les prix d'achat en gros et de vente au détail plus forts. La Coopérative pou-
vait se payer le luxe d’être aussi mal installée, aussi mal achalandée que ses concurrents privés. Elle pouvail être administrée par des hommes insuffisamment capables, le coulage pouvait atteimdre des sommes élevées. Malgré tout, la Coopérative pouvait vivre économiquement, et elle était supérieure moralement. Elle était une imstitution dont la force résidait dans la solidarité étroite de ses membres.
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