La république de Napoléon
(( Prince, puisqu' aujourd'hui la fortune impériale est devenue solidaire de la Révolution; puisqu'il s'agit de la gloire de votre nom autant que de l'intérêt démocratique et social, rheure est venue de fouler aux pieds tout puritanisme et de sortir des réserves de F amourpropre. Quand l'étranger envahit la France, un répuhhcain austère, Garnot, s'offrit à l'Empereur pour la défense de ses places. A présent que la contre-révolution du dedans et du dehors nous écrase, il est temps que répubhcains et impériaux entrent en explication. Nous som-
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mes effrayés, et à bon escient. Ce qui se passe, au dedans et au dehors, trahit un système dont la pensée est trop claire et le but trop proche. . . , Cette communauté d'intérêts, qui unit en ce moment votre destinée à celle de la Révolution, est mon excuse. Qu'elle serve de passe-port à la présente ! »
xiinsi Proudhon s'adressait jadis au Prince Napoléon, fds de Jérôme Bonaparte.
Ainsi voudrions-nous, — maintenant que ce Napoléon républicain dort sous le marbre de la Superga, et que Proudhon Ta précédé dans la tombe, — reprendre l'explication entre républicains et bonapartistes, tout au moins en ce qui touche l'interprétation de la Révolution française; car, selon nous, le retour aux vrais principes de notre grande Révolution suffirait à résoudre pacifiquement, dans la République, les problèmes politiques et sociaux de l'heure présente.
A la lumière de ces principes, nous voulons donc éclairer d'abord les origines des quatorze systèmes politiques qui ont régi la France depuis 1792 : la Convention, le J3irectoire. le Consulat, l'Empire, la Première Restauration, les Cent-Jours, la Seconde Restauration, la Monarchie du 7 août 1830, la Seconde Repu-
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l)lique, la Présidence de Louis-Napoléon, le Second Empire, le Quatre Septembre, le Principal de M. Tliiers, la Troisième République.
Gomment ces gouvernements sont-ils nés?
Nous les prions d'exhiber leurs titres et leur état-civil, — sans haine et sans colère envers les hommes qui représentèrent jadis ou qui représentent encore ces divers régimes, ne voulant pas juger les hommes et n'exposant que les programmes, n'évoquant que le conflit des idées rivales, et seulement pour en dégager une leçon, un plan d'avenir.
Quand on est, comme nous, depuis vingt ans sur la scène parlementaire, voyant surgir et mourir tant d'ambitions, tant d'efforts, tant de rêves et tant de plans, on se risque difficilement à scruter les intentions, car on a vu si souvent les meilleures demeurer stériles ou même devenir funestes !
Mais, aujourd'hui que le mot de République, étant accepté par tous, ne dit plus rien, et que la question se pose de savoir de quels principes chacun veut que la République s'inspire, vers quel idéal on l'orientera, l'heure nous paraît venue de reprendre l'explication que provoquait Proudhon entre républicains et bonapartistes, afin que le peuple français, si attaché à la cause de la Révolution, puisse
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juger notamment, — puisque ce sont les lois constitutionnelles de 1875 qui régissent aujourd'hui la République, — si les députés républicains ont bien servi cette cause lorsqu'ils ont préféré, en 1875, faire triompher dans ces lois la doctrine parlementaire du roi Louis- Philippe, plutôt que la doctrine républicaine et démocratique de l'appel au peuple.
De cette préférence date la Charte constitutionnelle actuelle. Et, si, en annulant Fun par l'autre tous les rouages des pouvoirs publics, en stérilisant toutes les initiatives, en assujetissant même — à un suffrage indirect qui passe par trois ou quatre degrés et s'attribue de longues investitures — le suffrage direct de tous, cette Charte de 1875 a enfermé la démocratie, avec sa soif de réformes, dans une impasse sans issue oii elle est condamnée à tournerla meule d'Ixion,... à qui la faute?
De par la Charte de 1875, le Président de la République est irresponsable et ne peut rien; la Chambre des députés est responsable et ne peut rien, en face d'un Sénat, presque inamovible et antipopulaire, qui ne veut rien.
Restait encore cette administration nonagénaire que l'Europe ne nous envie plus et que sénateurs ou députés se partagent. Et voilà que les anarchistes l'intimident! Nous mar-
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chons ainsi au nihilisme. Le moindre heurt fera tomber tout en poussière ; et, faute de pouvoir donner satisfaction aux besoins contenus, aux progrès impatients, aux essors comprimés, aux réformes mûres, la machine constitutionnelle, hermétiquement fermée, sautera.
Le parlementarisme se comprend et s'explique avec Firresponsabilité d'un roi héréditaire. Et les lois constitutionnelles de 1875 étaient créées pour ce couronnement. En votant ces lois, sans admettre ce couronnement, les députés républicains ont livré la démocratie française à un rég-ime illog"ique : c'est le décapité parlant. Toutes les déceptions, tous les avortemennts, toutes les impossibilités de progrès, viennent de cette contradiction originelle. Les députés républicains de 1875, en immolant la République pour n'en sauver que le nom, sont arrivés à ce résultat! Propter vitam vivendi perdere causas...
En 1875, on leur disait : a Prenez garde au bonapartisme », comme on menace de Croquemitaine les enfants aésobéissants. Aussitôt, les députés républicains ont sacrifié tous les principes républicains parce que le bonapartisme s'en réclamait. Ils ont renié la Révolution française et son idéal parce que le bonapartisme
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s'en réclamait... «Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire. »
N'avait-on pas été jusqu'à reprocher au bonapartisme les Coups d'Etat et les invasions?
Eh bien ! nous voulons brièvement réveiller, dans ce livre, les origines cle nos quatorze g"Ouvernements depuis 179.2 et rappeler tous les Coups d'Etat républicains, bonapartistes et royalistes... Nous ferons alors le compte !
Nous voulons aussi raconter les trois invasions, pour en redire les orig-ines ; et, quant aux responsabilités de nos revers militaires, nous ferons le compte encore, avec des témoignages décisifs! Nous verrons alors si, pour ce passé, gouvernements et oppositions n'ont pas à se frapper la poitrine également ...
Entre tous ceux qui se réclament de la Révolution française^ nous sommes amsi amenés à voir lesquels Font mieux comprise et mieux servie dans le passé ? lesquels l'ont plus glorieusement ou plus utilement propagée ? lesquels, au contraire, l'ont plus douloureusement trahie ou compromise ? lesquels enfin, au temps présent, lui sont demeurés plus fidèles ? Il nous semble que c'est là le sujet d'un livre qui n'a pas été encore écrit,