PREFACE VII
La fable rapporte l'histoire de ce géant qui. soulevé de terre, perdait ses forces et ae les recouvrait qu'en retouchant la terre. En France, notre force est dans l'idéal de la Révolution française, c/ est-à-dire dans le recours direct au peuple lui-même.
Trop souvent, hélas !' la France confiante s'endort; elle se réveille toujours, comme l'annonce notre poète Déroulède qui, après ravoir longtemps tenue en éveil avec ses Chants du soldat^ la berce avec ses Chants du paysan^ lui qui espère :
Je crois en Dieu. La France attristée, abattue, - Laisse opprimer son âme et forcer son aveu. La grande Nation dort d'un sommeil qui tue ! Mais l'heure du sursaut viendra. Je crois en Dieu.
Oui, l'heure du sursaut viendra. Faisons en sorte qu'elle soit pacifique, et non violente. La Révolution et Napoléon eurent, comni^ dérivatifs, les sept coalitions de FEurope monarchique. La République de Napoléon s'était organisée devant ce perpétuel assaut ; toutes les institutions étaient conçues pour cette défense... Et, depuis 18 io. Jes gouvernements n'ont rien fait.
Aujourd'hui la République de Napoléon, c'est celle que. dès les périodes calmes, ce grand
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travailleur eût dégagée des principes de la Révolution, et qu'il eût donnée à la France, si, comme il le souhaitait tant, a il eût pu être son petit-fils »...
Napoléon et Jeanne Darc ! D'instinct le peuple revient à ces deux grandes figures. Et saiton à quoi cependant notre administration parlementaire S'emploie ? A confisquer les couronnes que la piété populaire voudrait consacrer à ces deux réconfortantes mémoires !
Dût-on nous reprocher de trop suivre les poètes, — qui cependant sont des prophètes, — ne lit-on. pas avec reconnaissance l'éloquente protestation d'un autre poète, François Coppée. s'élevant contre une administration qui veut que la République française interdise de célébrer les anniversaires d'Arcole et de Lodi, parce que c'était Napoléon Bonaparte qui menait alors à la victoire les armées de la Repu bh que?
(( Napoléon et Jeanne d'Arc ! — dit-il. — Nous avons chez nous, à nous, ces deux gloires extraordinaires, telles qu'il y en pas de semblables dans l'histoire universelle. La bonne Pucelle nous a révélé l'amour de la patrie, la grande pitié du royaume de France. L'immense
PREFACE IX
Empereur nous a enveloppés d'un tel éblouissenient de gloire, que la France de son temps restera éternellement, dans les lointaines profondeurs de l'avenir, la plus grande nation du monde. Et que faisons-nous, hélas? A Jeanne, nous marchandons les lampions officiels! Et nous balayons quelques pauvres fleurs, que des mains pieuses apportaient au bronze triomphal de la Grande-Armée!... Qu'ils jettent aux ordures une couronne d'immortelles sur laquelle est écrit un nom d'une victoire française ; cela les juge. Nous n'avons qu'à hausser les épaules devant ce sacrilège imbécile. Et nous pourrions leur donner l'occasion de le renouveler chaque malin. Car il y a, dans l'épopée impériale, assez de journées glorieuses pour toutes les éphémérides du calendrier. On se lasserait peut-être, à la longue, de cracher sur le drapeau. »
Quant à nous, en revanche, c'est sous l'abri de ce nom et de ce drapeau que nous avons voulu placer ce livre, nous qui, n'ayant servi aucun gouvernement, n'ayant prêté serment de fidélité à aucune Constitution, n'ayant rien reçu de la Monarchie, de l'Empire, ou de la République, ni injure, ni faveur, ayant entendu toutes les cloches et pouvant peut-être discerner le vrai son de chacune, n'oublierons jamais, d'ail-
PREFACE
leurs, — selonle conseil de M. Casimir Perier, (1) aujourcriiiii président de la République, et selon la leçon qui doit se dégager des récits qui suivent,— de placer toujours au-dessus de nos rivalités intestines le souci de ce que la patrie commande lorsque son territoire ébréché s'arrête à la trouée d^s Vosges.
Aux organisateurs Ae^ Assemblées primaires, aux premiers champions de l'Appel au peuple tels que Camille Desmoulins et Yerg-niaud, et
(1) Voici les l>elles paroles prononcées, conimo Président du Conseil, par M. Casimir Perier. le 16 Mars 1894. et auxquelles nous faisons allusion :
« 11 faut apporter, de ce côté [la droite) comme de celuici {la gauche), une véritable tolérance d'idées, une certaine largeur de vues ; il faut chercher à recueillir et à rendre acceptables et pratiques les idées qu'on n"a peut-être pas conçues soi-même, mais qu'on entreprend de réaliser avec cette noble et légitime ambiti-on de faire le plus de bien possible dans le temps le plus court {Applaudissements au centre et sur divers bancs à gauche.) Alors, il faut surtout se convaincre que le parti républicain n'est plus un parti, qu'il est la nation elle-même, la nation toutentière {Nouveaux opplaudisseynents subies mêmes bancs), et qu'il n"y a pas de tâche plus noble, c[u'il n'y en a pas de plus patriotique que celle de préparer en temps de paix cette entente universelle qui en temps de giiorie se ferait soudain à la frontière. »
Ce soiif lii (le nobles et patriotiques conseils, que le Président de la République n'oubliera pas. Le livre q^uenous publions a pour ambition d'indiquei' le terrain sur lequel la Répidjlique. — se dégageant enfin des doctrines de la monarcliie du 7 aoTd 1830. — se doit à elle-même de réaliser cette entente univei'selle qui seule permettrait de démocratiques réformes.
PREFACE
k leurs successeurs, les députés de l'Appel au peuple, qui viennent jusqu'à nous dans leur fidélité à ce premier principe de la première République dont ils ont interrompu ainsi la prescription, nous dédions les récits plébiscitaires qui suivent.
Aux jeunes gens qui entrent neufs dans la lutte et qui ont l'âme ouverte, comme un éclio vibrant, aux grandes paroles de notre grande Révolution, nous demandons d'être, eux aussi, de ceux qui réveillent et attisent ce fland^eau que nos pères de la première République allumèrent et qui, pour tout peuple démocratique, est toujours le flambeau de la vie. Vitaï /ampada tradunt...
44 Juillet 1894.
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