EPILOGUE
cile de faire une grande carrière au Parlement, si l'on possède une chasse et si l'on a l'invitation facile.
L'avenir des fonctionnaires et des magistrats est subordonné à leurs amitiés.
L'importance professionnelle d'un journaliste se mesure moins à la qualité de son talent qu'à la qualité des gens qu'il est susceptible d'inviter à déjeuner.
(( Avoir des relations », c'est-à-dire une faculté de placement, si on est dans les affaires, une faculté d'intrigue, si on est dans la politique, tel est le rêve de tout homme moderne.
Nous vivons sous le règne des intermédiaires et nous ignorons les créateurs. Il faut que l'inventeur du froid industriel meure presque de faim pour que nous apprenions son nom. L'honneur et la fortune allèrent à ceux qui surent concilier assez d'éléments divers pour exploiter sa découverte.
Tant pis ])Our ïellier : il était de ceux qui ne connaissent personne.
Tout compte fait, il existe, en France, quelques centaines ou tout au plus, quelques milliers de personnes qui détiennent la puissance publique à des titres divers.
Elles sont chargées de se contrôler les unes les autres. Malheureusement elles préfèrent s'entendre toutes ensemble.
Ce n'est ni le gouvernement d'un seul, ni le gouvernement de tous : c'est le goument d'un certain nombre.
Montesquieu avait conçu la possibilité d'un régime de cette espèce : il l'appelait « aristocratie » et l'imaginait comme le gouvernement des plus dignes. L'erreur de notre époque fut de remplacer « les plus dignes » par « les plus pressés ».