ÉPILOGUE
Ces « aristocrates » d'aujourd'hui — comme ceux de tous les temps — ont des intérêts, des amis, des clients.
Ils ont aussi parfois le sentiment de l'intérêt général. Et comme rien n'est fait pour le leur suggérer, c'est de leur part un raffinement.
Il subsiste, quoi qu'on dise, dans ce pays une merveilleuse probité publique.
La France n'a plus d'institutions : elle est parvenue progressivement à supprimer tout contrôle. Elle a érigé en loi morale la formule du libre-échange économique : « laissez faire, laissez passer w.
Pourtant, dans ce pays, où nul n'est plus chargé de défendre la probité, les malhonnêtes gens restent en minorité. La moralité publique, chez nous, est telle que personne, pour ainsi dire, ne vole. Il est vrai que tant de monde « se débrouille ))...
Les hommes politiques se laissent rarerement corrompre, mais ils se laissent toujours intimider.
Les fonctionnaires ne dilapident pas, ils se bornent à ne point économiser.
Pour parler le langage administratif, ils « épuisent les crédits ». Le malheur est qu'à force d'épuiser les crédits, on finisse par « éreinter » le régime.
Les magistrats ne trahissent pas la Justice, il leur suffit de ne point l'appliquer, dans toute sa rigueur, à tous les cas.
Les journalistes ne se font point les complices du scandale. Ils se contentent d'ignorer les pires scandales.
En somme, chacun s'accommode dans son coin et, pour n'être point gêné, se garde de gêner les autres.
Le chien qui portait à son cou le dîner de son maître, le défendit le plus longtemps qu'il put. après quoi il réclama sa part. C'était, tout de même, un très brave chien. Combien en est-il qui auraient