CONCLUSION
Nous avons dit tout ce que la nature a fait pour ces immenses contrées du Centre Amérique, auxquelles, en prévision du rôle qui leur était réservé d'être le grand chemin du commerce du monde, elle a donné comme à dessein le climat de l'Europe et celui des tropiques. Nous avons décrit plus spécialement la richesse de la république du Salvador, centre du mouvement et de l'intelligence de cette partie de l'Amérique. Nous avons dit sa position qui commande le Pacifique, cette admirable baie de Fonseca avec sa rade de la Union, à laquelle la voie ferrée de Honduras apportera un jour tout le transit interocéanique.
Plus que toute autre, la nation française est faite pour sympathiser avec ces populations douces, actives, envieuses de progrès. Les républiques hispano-américaines sont comme nous d'origine
latine ; notre religion est la même ; volontiers notre langue y est parlée, et le caractère de nos nationaux y plaît mieux que celui des hommes de la race anglo-saxonne.
Les produrs de notre industrie y seront toujours préférés à ceux de nos rivaux, parce qu'ils portent avec eux un cachet de bon goût et d'élégance, qui est un produit de notre sol, qu'on ne saurait implanter ailleurs et que les habitants de ces contrées savent distinguer avec un tact parfait. De là vient l'immense consommation qu'ils font des produits parisiens.
Le marché est désormais libre de toute entrave et de toute crainte pour l'avenir. La grande République du Nord ne peut plus menacer ces contrées depuis le succès de l'expédition mexicaine. La cause de l'ancienne prépondérance anglaise, la non protection de nos nationaux, n'est plus qu'un lointain souvenir, et dans ces contrées excentriques, c'est un titre de noblesse que d'être Français . Tout est donc prêt pour une lutte pacifique, franche, à armes loyales.
Pourtant hâtons-nous. Déjà une banque anglaise s'est établie à Costa- Rica, une banque allemande à Guatemala, et nos financiers français, si désireux d'affaires internationales, n'ont pas encore songé à
soutenir dans ces contrées un mouvement d'exportation qui est d'une importance vitale, absolue pour le commerce de Paris.
Personne ne songe non plus aux avantages d'un grand courant d'émigration qu'on pourrait cependant diriger sur ce pays. L'influence française ne pourrait qu'y gagner, et ce n'est pas dans ces contrées paisibles que nos compatriotes trouveraient comme à New-York un marché de chair à canon. D'ailleurs, ces mouvements de population d'un pays vers un autre ne nuisent jamais à une nation ; elle tire toujours honneur et profit de ces essaims qui quittent la ruche commune et portent au loin la langue, les lois et les qualités natives de la mère patrie.
L'heure nous semble venue.
Nous sommes déjà loin du temps où le système de protection, qu'on appelait le système Colbertiste, isolait les uns des autres les pays des deux hémisphères, chargeait le commerce d'entraves et rendait si onéreux l'échange des produits des climats différents.
Autrefois c'était par le monopole, l'oppression et la conquête qu'une nation arrivait à absorber les produits de telle ou telle contrée plus favorisée du ciel
et les revendait au poids de For à ses voisins moins heureux ou moins entreprenants. La domination anglaise dans l'Inde, le joug de fer imposé à ce malheureux pays , sont un dernier reste de ce procédé barbare et primitif qui tend à disparaître.
Aujourd'hui , les mers sont libres, les ports sont ouverts, les barrières ont disparu, et ces avantages, qu'il fallait jadis conquérir au prix de l'injustice et du sang, sont désormais le prix de l'intelligence, du travail, de la ténacité.
Celui qui ouvre un marché nouveau à son pays est un conquérant pacifique.
C'est le but que nous poursuivons depuis des années, en essayant de lier intimement le commerce du Centre Amérique et spécialement celui du Salvador avec le commerce français.
Cet écrit est un de nos efforts.
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