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INFLUENCE DE L EXPÉDITION DU MEXIQUE SUR LE COMMERCE FRANÇAIS

Il y a quelques jours seulement, S. M. l'Empereur annonçait, dans le discours d'ouverture de la session, le retour de l'armée du Mexique et la fin de cette guerre lointaine où chaque étape a été marquée par une victoire.

L'expédition du Mexique est donc terminée; le rôle de notre héroïque armée est accompli ; il nous reste maintenant à exécuter les vastes plans qui ont germé pour nous dans les profondeurs de la pensée

impériale, et dont les développements promettent désormais une si riche moisson.

Une des conséquences immédiates de cette expédition mémorable est, suivant nous, l'ouverture complète, définitive au commerce et à l'influence française, des républiques du Centre Amérique et spécialement de celle du Salvador, à laquelle est consacrée cette étude.

Baignées à la fois par l'Atlantique et par le Pacifique, arrosées par de grands fleuves, remplies de riches vallées, où la température, d'une douceur exceptionnelle, se prête aux cultures de la zone tempérée et de la zone tropicale, ces belles contrées, que nous habitons depuis longues années, sont le passage obligé entre les deux océans; à ce titre elles sont l'objet de la convoitise des Yankees, mais semblent désormais dévolues à l'influence française depuis que les républiques espagnoles, d'origine latine comme nous, peuvent se grouper autour de l'empire mexicain, qui nous doit sa force et sa tranquillité.

A une autre époque nous eussions hésité à faire ressortir les bénéfices immenses qui doivent résulter pour la France de relations suivies avec cette partie du globe, la plus riche en produits divers.

On nous eût rappelé cette dure vérité : que nos personnes et nos biens n'étaient pas toujours en sûreté si loin de la mère patrie.

On nous eût cité telle circonstance douloureuse où les insultes faites à nos nationaux n'avaient pas été vengées, où des aventuriers comme Bustamente ou Rosas défiaient impunément notre pavillon ; où les sujets français, en présence pourtant de nos consuls impuissants, en étaient réduits à implorer la protection des agents de Sa Majesté Britannique.

Mais, grâce à Dieu, nous sommes loin des temps où prévalait le système de la paix à tout prix, et ces belles paroles de M. Billault, d'illustre et: regrettable mémoire, ont retenti dans les deux mondes : On ne touche pas impunément à l'honneur de la France.

Après avoir étudié le mouvement commercial sur presque toutes les places importantes du nouveau monde, nous nous sommes demandé quelle était la cause réelle de la prépondérance, aujourd'hui décroissante, du commerce anglais sur le commerce français ?

Pourtant, si nous consultons l'histoire de la France coloniale pendant les grands règnes* des

siècles précédents, nous voyons notre nation marcher de front avec l'Angleterre dans les entreprises les plus hasardeuses. Nos colons furent les plus intrépides pionniers des [deux hémisphères. Les troubles intérieurs de l'époque révolutionnaire ont pu sans doute retarder l'expansion extérieure ; mais d'où vient qu'avec la vivacité qui est le propre de notre caractère, nous n'avons pas regagné plus tôt la distance perdue ?

Cette prétendue infériorité, nous en avons per-: sonnellement acquis la certitude dans nos longs voyages, n'est venue que par le défaut d'une protection énergique refusée si longtemps, sous un autre régime, aux intérêts lointains de nos nationanx.

Aussi, le premier et le plus prompt résultat de 1 expédition du Mexique a-t-il été, en Amérique, le respect encore plus complet du nom français, l'extension des relations personnelles, l'ouverture de nouveaux débouchés.

Un instant peut-être, au début de la guerre* et sous l'influence de certains discours prononcés par la minorité du Corps législatif, les citoyens de l'Amérique Centrale ont redouté l'influence de nos armes et la perte de leur liberté; un ins-

tant, les résidents français ont pu craindre pour leur sûreté personnelle; mais cette effervescence passagère céda bientôt devant l'énergie, le bon sens pratique, la haute et légitime influence de M. de Cabarrus, consul général à Guatemala. Il comprit du premier coup d'œil et fit comprendre autour de lui les conséquences de ces grands événements pour l'extension du commerce français et la prospérité de F Amérique Centrale. Cette réaction fut si heureusement et si promptement obtenue, que peu de temps après, le président Carrera qui, depuis 25 ans, exerce à Guatemala un pouvoir fort et incontesté, disait dans un message : « J'ai vu l'établissement au Mexique d'un gouvernement fort et honnête avec une suprême satisfaction ; il importe aux républiques de l'Amérique Centrale de s'en rapprocher et d'entretenir avec le nouvel empire des relations amicales. »

Pourquoi faut-il que nous ayons à opposer à ces paroles les discours prononcés par certains députés de l'opposition au Corps législatif français? Certes, nous avons pu oublier l'émoi qu'ils ont causé sur le littoral du Pacifique, les dangers qu'ils ont fait

courir aux sujets français et à nous-mêmes; mais ces discours, traduits en espagnol, circulaient par milliers dans toutes les villes du Centre Amérique et surtout au Mexique, dans les places assiégées par l'armée française ; ils prolongeaient la résistance et amenaient une plus longue effusion de sang. Ces conseils d'abandonner les provinces déjà conquises et abritées par notre drapeau, de délaisser les populations opprimées qui, fortes de notre appui, s'étaient soulevées contre un gouvernement immoral et impuissant; tout cela nous semblait insensé. Aussi, nous comptions sur l'énergie du Souverain dont le nom seul est l'expression la plus élevée de notre gloire militaire dans le présent et dans le passé, et cette attente n'a pas été trompée.

Les membres de cette opposition, presque tous députés de la Seine, se sont-ils bien rendu compte des intérêts les plus chers de leurs commettants? Voyons plutôt.

San Salvador, Valparaiso, Lima, Mexico, toutes les anciennes colonies espagnoles, consomment pour plus d'un milliard des produits de l'industrie parisienne. Tous ces objets, dits de fantaisie, qui sont le résultat le plus caractéristique de l'imagination , du

goût, de l'originalité française ; ces armes ciselées et damassées, ces bijoux si artistement fouillés que Fart y dépasse la matière, ces meubles éclatants qui renvoient au pays qui les a produits les bois précieux des tropiques, mais découpés en arabesques, sculptés, vernis, entourés d'étoffes somptueuses, plies à toutes les exigences du confortable européen; tout cela part de Paris en innombrables colis , se charge au Havre, traverse le Centre Amérique et se répartit de Valparaiso à San-Francisco.

Les ouvriers en chambre de nos rues Saint-Martin, Sainte- A voie, etc., tordent et polissent les bijoux dont se parent les patriciennes de Lima, et les sénateurs du Honduras ou du Chili, siègent sur de bons fauteuils capitonnés que leur envoie le faubourg Saint- Antoine.

Voilà ce qu'ont oublié les députés de la Seine !

Imprudents ! qui n'ont pas compris que l'expédition du Mexique, en fondant un empire fort, étendu, définitif, sur la frontière des États-Unis, couvrait d'un bouclier impénétrable et conservait à notre influence les républiques latines que les Yankees couvaient déjà comme une proie.

Il est si facile, quand on mène une vie calme et

reposée, de n'effleurer les choses que théoriquement, de se perdre dans le vague des combinaisons politiques, et d'ignorer les intérêts pratiques et essentiels de ses mandants!

11 est si facile d'oublier les hardis pionniers du commerce et de la civilisation, qui alimentent au bout du monde le commerce de leur pays, au risque de compromettre leur fortune et leur vie !

Ce n'est pas à la Chambre des Communes qu'on entendrait de semblable discours, et qu'on chercherait à diminuer cette sollicitude qui, veillant au delà des mers sur les sujets britanniques, est tout le secret de la prépondérance commerciale de l'Angleterre.

Les malheurs passés du Mexique ont tenu à une illusion généreuse. Il avait acquis son indépendance et son autonomie dans une lutte qui ne manquait pas d'analogie avec celle des États-Unis contre la métropole.

L'Amérique était pleine des souvenirs de Washington., de Franklin, de tous ces grands citoyens aux idées sages, aux vertus antiques, si bien oubliées de leurs descendants.

Le Mexique s'est cru destiné à la forme démo-

eratique qui faisait la grandeur de ses voisins ; mais

il n'a récolté que la plus épouvantable anarchie. L'abus de la force, le vol, le pillage organisé admi-

nistrativement, y ont régné sous prétexte de liberté;

on rançonnait les villes, on pillait les maisons, on

attentait à la vie de l'étranger sans défense.

Ces belles contrées allaient devenir pour les envahisseurs du Nord une proie facile. Déjà, en 1846, l'armée des États-Unis était venue jusqu'à Mexico imposer une paix honteuse à la république. L'heure allait venir où le Yankee, s'annexant ces belles contrées, s'emparerait ensuite des passages du Centre Amérique, et un pied sur le continent du nord et l'autre sur celui du sud, imposerait au monde son despotisme industriel et commercial.

Mais la France veillait ; elle a fait son œuvre, qu'aucune puissance ne saurait détruire.

C'est en vain qu'on nous représente la puissance des Yankees comme menaçant le Mexique; elle repose sur des pieds d'argile.

Nous avons vu, de nos yeux, à New- York cette immense rotonde, nommée autrefois Casino, qui sert aujourd'hui de lieu d'embauchage; là, chaque jour, les navires du Havre, de Hambourg, de

Southampton débarquent des milliers d'Européens attirés par l'appât de l'or et par la faim. Pour mille dollars, ils vendent une vie qu'ils comptaient consacrer aux travaux agricoles dans quelque coin ignoré et paisible du nouveau continent.

C'est le sang européen qui se répand dans ces luttes acharnées qui depuis trois ans effraient le monde. Le jour où l'Europe arrêterait l'émigration, transformée, chose étrange, en contrebande de guerre, l'armée du Nord fondraitcomme neige, et c'en serait fait de la puissance militaire des Etats-Unis.

Mais pourquoi nous souvenir de déclamations qui sont l'œuvre de la presse américaine et dont le gouvernement de Washington n'est nullement responsable ?

Le Mexique est désormais reconstitué; il a mis à sa tête un souverain digne de le conduire à de hautes destinées. Appartenant à la religion catholique, doué d'une intelligence supérieure, d'une volonté énergique, d'une haute abnégation, il règne sur un grand pays qui n'est pas sans lui rappeler de grands souvenirs.

Prince de l'illustre maison d'Autriche, il des-

cend d'aïeux qui ont donné de longues années de prospérité à ce pays.

L'empereur Maximilien ne saurait déroger ; il est destiné à de grandes choses, surtout s'il rappelle à ses sujets, si longtemps éprouvés par l'anarchie, que non-seulement il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, mais aussi qu'il faut rendre à César ce qui est à César.

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