‹ La république du SalvadorChapitre 3 sur 10 · LE SALVADOR. TOPOGRAPHIE. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

LE SALVADOR. TOPOGRAPHIE. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Lorsqu'on embrasse d'un coup d'œil la carte générale du nouveau monde, ou est frappé de sa division en deux grands continents qui ont leur versant principal sur l'Atlantique ; l'un entièrement dévolu aux populations d'origine espagnole , et l'autre dominé en grande partie par la race anglosaxonne.

Ces deux masses continentales, séparées par deux grandes mers, la mer des Antilles et celle du Mexique, sont soudées néanmoins par un isthme de forme irrégulière, dont la partie la plus resserrée

se trouve à Panama, et qu'on désigne sous l'expression géographique d'Amérique Centrale.

Cette partie du nouveau monde est d'une superficie de près de 27,000 lieues carrées* presque la grandeur de la France. Pourtant, elle est restée presque inaperçue jusqu'au moment où l'extension des colonies australiennes, celle des républiques du Sud et la découverte des mines de la Californie^ eurent démontré au commerce la nécessité d'une route plus courte et moins dangereuse que celle qui se dirige par le cap Horn et la terre de Feu.

Alors seulement l'esprit d'entreprise, qui tourmente notre époque, s'est porté vers cette partie du globe qui lui offre un champ si vaste, et les projets , d'entrepôts de marchandises des deux mondes, de canaux, de chemins de fer^ suivis ou non d'exécutions, sont venus vivifier cette contrée, l'une des plus belles et certainement la plus heureusement située de l'univers entier.

L'immense chaîne de montagnes volcaniques qui, sous deux noms différents, Andes et Cordillères, traverse du nord au sud le nouveau continent, divise en deux parties le Centre Amérique. Elle projette, à droite et à gauche, des contre-forts

entre lesquels se développent de riches vallées et coulent de grands fleuves qui déversent leurs eaux dans l'un ou l'autre océan.

La république du Salvador, à laquelle est consacrée cette étude, s'étend sur le versant qui regarde le Pacifique ; elle est située entre les 13e et 14e degrés 10" de latitude nord, et les 87e et 90e de longitude ouest. Son littoral maritime occupe une étendue de 160 milles sur le Pacifique, du fleuve Para à la baie de Fonseca*

Ses limites sont, au nord et à l'est, l'État de Honduras; à l'ouest, le Guatemala ; au sud, l'océan Pacifique.

Son territoire est d'une contenance totale de 9,600 millesou 1,066 lieues carrées; il est situé entre le Pacifique et la chaîne des Cordillères, qui établit au nord une barrière continue, interrompue seulement par les vallées de Humogana et de Goascoran, coupure profonde de la grande chaîne des monts américains, sur l'importancede laquellenous reviendrons. Le littoral du Salvador forme tout d'abord sur le Pacifique une lisière de terrains d'alluvion, d'une largeur qui varie de 12 à 16 kilomètres. La température de cette partie du territoire , moins

clémente que celle des plateaux et des vallées, laisse du moins pleine carrière aux végétations les plus exubérantes des tropiques. \J acajou a parfois dans ces terrains 8 à 10 mètres de circonférence. Des cèdres, âgés de deux à trois mille ans, y atteignent 50 à 60 mètres de hauteur. Les plantes inter- tropicales y viennent également avec vigueur et procurent un rendement extraordinaire.

Après cette lisière se dressent comme une ligne de falaises, les rebords hauts de 2,000 pieds d'un immense plateau qui compose la plus grande partie du sol du Salvador et s'étend presque jusqu'à la chaîne des Cordillères, dont il n'est séparé que par la fertile vallée arrosée par le fleuve Lempa. Ce plateau contient quelques pics éteints de la grande ligne volcanique qui règne du Mexique au Pérou; il jouit d'un air salubre, d'une température douce et d'une remarquable fertilité. On y retrouve les plantes d'Europe, inconnues sur le littoral. Enfin, de l'autre côté et avant la chaîne des Cordillères, dont la ligne bleue sépare le territoire de la république du territoire de Honduras, se développe la grande vallée arrosée par le Lempa.

Le Lempa est l'artère principale d'où s'écoule-

— 17' — ront sur le Pacifique les richesses intérieures du Salvador, le jour où ce fertile pays produira tout ce qu'il est appelé à produire.

Le beau fleuve du Lempa ne le cède en rien à aucun de ceux de l'Amérique Centrale; il prend sa source dans l'État de Guatemala, au pied du pic Chingo; il coule d'abord de l'est à l'ouest, entre le grand plateau central et les Cordillères, arrosant une vallée de 15 à 20 lieues de large. Le solde cette vallée se compose d'un terrain d'alluvion, qui n'a pas moins de profondeur que celui du littoral, mais qui, grâce à une température plus douce, produit également les fruits des tropiques et ceux d'Europe.

Après avoir reçu plusieurs affluents, tels que le Sumpul, le Guarajumbola et la Torala, le Lempa forme brusquement un coude, et, contournant à l'ouest le plateau central, se dirige vers le Pacifique.

Il est navigable pendant quarante lieues environ. Des travaux de canalisation pourraient le rendre navigable presque jusqu'aux Cordillères. A trente milles de son embouchure, à la Barca, que le gouvernement éclairé et libéral de M. Duenas, président actuel, va doter d'un pont suspendu, jl n'a pas moins de deux cents mètres de largeur.

S Si

Ilpourraitencetendn)itservirderefugeauxnavires marchands du plus fort tonnage, sans la barre qui se trouve à son embouchure; mais quelques travaux de peu d'importance joindraient au delta du fleuve les lagunes de Jiquilisco et créeraient un excellent port.

Au nord du plateau central on trouve une autre vallée de forme triangulaire arrosée par un système de petits cours d'eau qui prennent leur source dans le volcan éteint de Santa Anna et vont se perdre dans la mer près du port d'Acajoutla.

Enfin, au sud, le fleuve San Miguel arrose une fertile vallée et se jette dans les lagunes qui avoisinent, ainsi que nous l'avons dit, les bouches de la grande voie fluviale de la contrée, lé Lempa.

La température de ces contrées mérite un examen spécial; inusitée dans les pays inter-tropicaux, elle a été longtemps un objet d'étude pour la science. Les brises qui soufflent sur l'Amérique Centrale viennent, pendant la plus grande partie de l'année, de la zone du nord-est ; elles n'arrivent sur les plateaux et dans les vallées du Salvador qu'après s'être débarrassées tout d'abord, au milieu des pics des Cordillères, des vapeurs de l'Atlantique, qui retournent en pluie, par les versants de l'est, vers la mer d'où elles sont parties.

Elles ne soufflent donc sur le versant du Pacifique qu'assainies et rafraîchies par leur passage à travers les montagnes. De là vient la salubrité et la douceur de température des contrées qui nous occupent.

Quant aux vents d'ouest, qui produisent la saison des pluies, ce sont de fortes brises de mer dont la durée n'est que passagère, et qui déterminent des pluies de quelques heures, le plus souvent le soir et pendant la nuit.

La température est donc partout, excepté dans le zone étroite du littoral, plus tolérable qu'à Paris au mois d'août. Sur les bords de la mer, elle est en moyenne de 22 à 28 degrés centigrades. Sur le plateau central et dans les vallées du grand fleuve, elle n'est plus, toujours en moyenne, que de 12 à 15- degrés. Plus haut, elle descend à 5 et 6 degrés et même à zéro.

Aussi un voyageur espagnol, du temps de Philippe II, dans son enthousiasme, comparaît naïvement ce beau pays au paradis de Mahomet (1).

(1) E particularmente por razon de los delicios de que alli se gozn, por lo que los Espaiïoles Ilamaron toda la provincïn il paraiso de Mahomet. {Voyage de TlwmasGage,\oi n, p. 240-248.)

Le Salvador semble avoir été négligé des géographes et des savants; le grand Humboldt, luimême, ne parait lui avoir accordé qu'une attention distraite. Notre long séjour dans ces contrées, les informations recueillies dans de longs voyages consacrés à l'étude, nous ont fourni de curieuses et nouvelles observations.

Plus qu'aucun pays du monde, le Salvador est d'origine volcanique, et dans toute sa longueur on rencontre les débris et les traces d'éruptions qui, au lieu d'enlever au sol sa force végétale, semblent la décupler. Sur le plateau central, on remarque une série de volcans à peu près éteints qui se prolongent jusqu'à la baie de Fonseca, et dont quelques-uns, comme le San Miguel, élèvent leur masse imposante jusqu'à 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer (1). Seul l'Isalco est en ignition; son cône, d'une régularité parfaite, se couronne à 2,500 pieds d'une colonne de feu perpétuelle; on l'appelle le phare du Salvador, parce que, placé au sommet

(1) Voici les noms donnés dans la contrée à ces différents volcans : Los Narangos, Santa Anna, Isalco, San Salvador, Usatlam, Tecapa, Surateloco, Chinameca, San Miguel et Couchovna.

des plateaux, il éclaire à plus de 60 lieues en mer, et prévient de l'approche du rivage les navigateurs du Pacifique.

La nuit surtout, et à l'approche de la saison des pluies, risalco lance des étincelles électriques d'une incroyable puissance. Ce phénomène précède l'éruption; une immense colonne de flammes s'élève alors à une vertigineuse hauteur et retombe lentement en lave incandescente sur les flancs de la montagne.

Le volcan de San Miguel, près de s'éteindre, ne dégage plus qu'une vapeur noirâtre, résultat du contact souterrain des eaux et - du feu central. Enfin, une série de petits cratères, nommés dans le pays infernillos, ne présente pas des particularités moins remarquables : quelques-uns, comme le San Vicente, ne répandent plus qu'une boue noirâtre ; enfin, Yausole d'Aoachapan, près de la frontière de Guatemala, est perforé comme une toile métallique ; il lance à la fois de mille côtés des eaux bouillantes et une argile multicolore. Sur un de ses flancs, un jet de vapeur perpétuel calcine peu à peu un immense rocher granitique.

Les eaux thermales sont nombreuses au milieu

de ces montagnes, et les solfatares, résultant de ce sol volcanique, ne le cèdent en rien aux gisements les plus riches de la Sicile.

Les lacs du Salvador méritent aussi une mention spéciale. Plusieurs, comme ceux de Jiquilisco et de Jaltepeque, au moyen de canaux de jonction peu coûteux, formeront peut-être quelques jours d'excellents ports. Le lac d'Ilo-Pango, voisin de la ville capitale, est un ancien cratère dont les rives sont hautes et escarpées. Ses eaux, qui ont des qualités thermales, dégagent des vapeurs sulfureuses quand le vent les agite, et, suivant l'expression pittoresque du pays, deviennent vertes comme un perroquet .

En terminant cet aperçu géographique, nous indiquerons en quelques mots la situation topographique du golfe de Fonseca et de la baie de la Union, dépendance du Salvador, nous réservant d'exposer plus au long l'importance de ce centre futur de tout le commerce inter-océanique.

Ainsi que nous l'avons dit, le nouveau monde a son versant principal sur l'Atlantique; de ce côté sont les grands fleuves, les baies propices, les larges échancrures des deux continents.

L'autre versant, peu étendu, est resserré entre le Pacifique et la grande muraille formée par les Andes et les Cordillères. De ce côté, l'immense rivage qui va de Bering à la terre de Feu diffère des bords mouvementés de l'Atlantique, et suit une ligne rigide de près de 2,000 lieues, presque sans point de refuge. On n'y trouve que la baie de San Francisco et le golfe de Fonseca, dont dépend la baie de la Union. Seulement la baie de San Francisco est spéciale au commerce californien, et celle de la Union, une des plus belles du globe, placée sur la route inter-océanique, est appelée à devenir l'entrepôt du commerce des deux mondes.

Page 1