‹ La république neutre d'AlsaceChapitre 9 sur 9 · L OBJECTION BANALE · texte numérisé non relu

L OBJECTION BANALE

On la rencontre partout : toua les esprits

découragés et décourageants (on sait s'ils sont nombreux aujourd'hui !) tous ceux qui voient le côté négatif des choses, qui excellent à découvrir les difficultés, qui abondent toujours en raisons de ne pas espérer et de ne pas agir, tous ceux-là vont répétant : < T Alsace neutre sera un pays trop faible, le perpétuel jouet de ses puissants voisins. >

Les arguments tranchants ne leur font pas défaut. Passons-les rapidement en revue.

Le temps n'est pas aux neutralités ! — Je ne suis pas de.cet avis; sur trois petits pays neutres, notre temps en a créé deux. Ni la Belgique neutre, ni le Luxembourg neutre n'existaient il y a quarante ans. L'Europe actudle a précisément une tendance marquée à chercher dans les neutralités la solution des complications qui la troublent, et les garanties de l'avenir.

Autre cause de faiblesse : le respect des traités s'en va !— Ce fait, honteux et déplorable, serait-il particulier à la seconde moitié

du dix-neuvième siècle? L'histoire se charge de répoudre. Le respect des traités ne gênait beaucoup ni Frédéric II, ni la République française, ni Napoléon. Si nous remontions plus haut, à la guerre de Trente ans, au moyen âge, aux invasions des barbares, aux conquêtes romaines, nous verrions apparaître avec une impudeur croissante le règne de la force qui prime le droit. Aujourd'hui du moins la violation des traités fait scandale ; les diplomaties trop peu scrupuleuses éprouvent le besoin de se justifier bien ou mal ; Popinion s'inquiète et parfois s'indigne à la vue des engagements violés. C'est trop peu, et nous y mettons une insigne mollesse; mais les générations qui ont précédé la nôtre ont eu sous ce rapport encore moins d'énergie morale que nous; nous sommes en progrès, et on Ta bien vu ces jours-ci, lorsque la Russie et la Prusse ont essayé de mettre des traités en pièces, et ont reculé devant Topinion publique.

L'Alsace neutre sera faible, parce que ]à garantie européenne sera sans valeur ! — On

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a beau jeu pour tourner en raillerie T intervention des puissances. Mais ici eitcore il faut 86 reporter au passé, afin d'être juste envers le présent. Dans le passé, les égoYismes se déployaient sans vergogne. Nous ne sommes pas fort vertueux et fort généreux ; toutefois le sentiment des devoirs internationaux, Tin- ^lenoe des idées générales, la conscience d^une vie conunune de TEurope, ont pris rang de nos jours. L'opinion publique a son mot à dire dans les grandes affaires ; la pa- . lole n'est point à la force seule, quoi qu*OB dise, et jamais peut-être elle n^a eu à compter autant avec le droit. Les violences ne passent pas inaperçues ; il n'en était pas ainsi au siècle dernier, et le partage de la Pologne s'opérait alors assez paisiblement. Je ne serais pas surpris si, par l'effet même de Thorreur qu'excite la guerre de 1870, de la réaction que provoquent des politiques sans scrupules, des remords enfin qu'enfante le spectacle d'une médiation dépourvue de vigueur, on voyait se former en tout pays une vraie ligue des honnêtes gens, décidés à défendre la foi des traités et le respect des petits pays neutres.

.L'Alsace neutre n'aura aucune consis-

tance, parce qu'elle restera française de cœur et livrée aux intrigues françaises ! — Je rai dit, et je crois ea outie Vmk prouvé, c^est l'Alsace oonqtuse et non TAlsace indépendante qui sera agitée par cet esprit-là. La liberté a en elle une puissance dont on ne tient jamais assez compte. L'Alsace indépendante aimera son indépendance; elle sera alsacienne et ne sera plus française. Ne le montre-t-elle pas déjà ? Les manifestations qui nous arrivent de ce côté ne prouvent-elles pas à quel point sera vif le patriotisme alsaden? H y a tellement là un pays, une véritable individualité nationale, une vie énergique qui saura se faire respecter, que la création d'une république d'Alsace se pré^ s^te comme souhaitable en vertu de sa var leur propre, et alors même qu'il ne s'agirait pas de compléter la zone neutralisée. Mais cette zone existe. Dieu merci, et elle nous fournit notre decai^ra^ponse à l'adresse des esprits morod^ quh se lamentent but la faiblesse du nouvel Etat.

Il sera bien petit, bien mince; il opposera une barrière bien insufâsajite aux ambitions de droiiè^l^ fJtç ^^^cbellMO^e ^urrais rappeler que rAiU^6jnieMf& pas le i^us faible des . * ^ • >.

neutres, tant s'en faut. Sa position entre le * Rhin et les Vosges, le caractère indépendant

et les qualités militaires de son peuple la rendent capable de résister, assez du moins pour mettre r£urope en demeure. Mais n'oublions pas sa principale force : elle formera la clef de voûte de la 2one neutralisée.

Qu'est-ce que cette pauvre petite pierre qu'on appelle la clef de voûte V Elle est bien mince 1 £lle n'est rien, comparée à la masse qui s'entassera sur elle! Cette masse Técrasera évidemment ! Laissez faire , la petite pien-e mince soutiendra tout l'édifice, cai' elle ferme la voûte.

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