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LES IDÉES SOCIALISTES

J'arrive au troisième exemple : je veux parler des idées fondamentales du socialisme.

Quand les socialistes demandent l'extension de la propriété sociale, quand ils parlent de concilier

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la propriété collective avec la propriété individuelle, il faut bien s'entendre : le but qu'ils se proposent n'est pas de généraliser la propriété sociale, publique, telle que nous la voyons se développer sous nos yeux : biens de l'État, des départements, des communes. Que chaque Français soit 38 millionnième copropriétaire du Louvre, des Champs-Elysées ou de la Canebière, ce n'est pas cela qui améliorera sa condition. Il ne faut pas confondre la propriété collective avec la propriété collectiviste, qui n'est autre chose que la reconstitution, au profit de la « collectivité », de ce droit de propriété souveraine, qui jadis appartenait au prince et d'où découlait pour lui le droit de confiscation. (Mouvement.)

Quand nous prononçons le mot « partage » les socialistes se récrient : « Vous ne comprenez pas, disent-ils; ces deux mots « communauté » et « partage » hurlent d'être accouplés ! » Et les malins ajoutent : « C'est la propriété individuelle qui est le partage. » — Comme si Tordre socialiste — la restauration de ce qu'on appelait le droit éininent de propriété au profit de « la collectivité » — n'avait pas précisément pour objet une réjiartition nouvelle des biens par voie d'autorité! Donc, ici encore, ce qu'on nous propose

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SOUS couleur de progrès, c'est de remonlor le cours des ûges, d'anéantir l'œuvre essentielle de 89 et de restaurer ce dédoublement du droit de propriété qu'elle a eu la gloire d'abolir. Ce qu'on veut, c'est attribuer à « la nation » — c'est-à-dire, en fait, aux comités de la révolution sociale — le droit de propriété souveraine sur tous les capitaux, et par suite, le droit d'en disposer à sa guise. Perspective rassurante I (Vifs applaudis^ i^ements.)

Nous discutions récemment à la Chambre doctrines socialistes; je m'attachais à démontre, la fausseté de la théorie de la plus-value de Marx : « Si je confie, disais-je, l'argent que j'ai gagné par mon travail et économisé à un entrepreneur, mon travail antérieur sert à faire traAailler et à faire vivre d'autres hommes : j'ai donc droit à une part du profit. » Et M. Jules Guesde me répondit : « Mais ce travail antérieur a déjà été rémunéré; vous voulez donc qu'il le soit deux fois? » Et ces paroles furent saluées à l'Extrême gauche par les plus vives acclamations. Oui, c'est là, en effet, un des dogmes fondamentaux du socialisme : la suppression de l'intérêt des capitaux. Cela, non plus, messieurs, n'est pas neuf : c'est l'ancien droit canonique. (Rires,) C'est la

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règle de l'Église catholique au moyen âge, règle à laquelle l'Église elle-même dut renoncer, car la suppression de l'intérêt légal des capitaux, c'est la réapparition fatale de l'usure, qui hâte l'endettement de l'emprunteur ! Cette idée est également contraire à la justice et à la civilisation : à la justice, parce que, en vous dessaisissant de votre capital au profit de l'emprunteur, vous perdez le pouvoir que ce capital vous donnait et le^ chances de le faire fructifier, et, par là, vous rendez un service qui mérite indemnité : et elle est contraire à la civilisation, parce que, si Ton ne pouvait plus tirer parti du capital au moyen du prêt à intérêt, on n'économiserait plus ou l'on thésauriserait, c'est-à-dire que la formation du capital cesserait ou deviendrait sans utilité. Les socialistes se plaignent, non sans raison, de la vie oisive que l'intérêt de l'argent permet à quelques hommes de mener ; mais ils perdent de vue le service social qu'il rend en créant des instruments de travail et en accroissant la puissance productive de la société. La suppression de l'intérêt des capitaux serait un coup mortel porté à la civilisation. (Applaudissements prolongés.)

Ainsi donc, pour résumer cette première parlie de mes observations : dans Tordre fiscal, la décla-

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ration et la taxation ; dans Tordre constitutionnel, l'omnipotence, en droit ou en fait, d'une assemblée ; puis, la restauration de la propriété régalienne et le dédoublement du droit de propriété; la suppression de l'intérêt des capitaux : telles sont les idées que nous repoussons, non parce que leur nouveauté et leur hardiesse nous effrayent, mais parce que ce sont des débris de formes sociales disparues, condamnées par l'expérience. Ce n'est pas l'avenir qui se dresse devant nous, c'est le passé ; ce ne sont pas des idées neuves, ce sont des idées mortes. (Vifs applaudissements.)

Eh î mes chers concitoyens, c'est l'amertume, c'est la misère de notre dur métier, à nous autres politiques, que chaque génération survenante, ignorante du passé, ramène avec elle les mêmes préjugés, les mêmes sophismes, dont la raison et la science ont vingt fois fait justice, et prennent pour de séduisantes nouveautés les vieilles et funestes erreurs qui ont traîné à travers vingt siècles d'histoire !

Et, si par probité d'esprit et de cœur, nous nous refusons à retourner vers un passé mort et à accepter des erreurs dont la défense nous rendrait populaires, alors ceux qui n'ont rien

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lu, rien éludié, — et d'autres, ceux qui les flattent et les exploitent, — nous traitent d'ennemis du progrès, d'esprits rétrogrades ou timorés I (Acclamations.)

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