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LA STÉRILITÉ RADICALE

D'ailleurs, ceux-là qui nous lancent cette accusation, qu'ont-ils donc à offrir de plus à la démocratie? Un impôt vexatoire, et des théories constitutionnelles surannées et périlleuses; et c'est tout.

Quant à la séparation de l'Église et de l'État, ils seraient assez mal venus à nous reprocher de ne pas la faire, eux qui naguère, étant au pouvoir, faisaient voter le budget des cultes et les

crédits pour l'ambassade du Vatican, les évêchés non concordataires et les écoles catholiques d'Orient ! (Rires et applaudissements répétés.)

Non ! pas un homme sensé, pas un homme de bonne foi ne saurait prétendre que la politique dont je viens d'esquisser les principaux traits soit une politique d'inertie et de sommeil I

l'instabilité gouvernementale.

Mais, messieurs, — et c'est par là que je termine, — l'instrument essentiel de cette politique progressiste et réformatrice, c'est un gouvernement.

Autrefois, lord Brougham disait : « Heureusement que la France fait une révolution tous les quinze ans : sans cela elle serait la première nation du monde. » Aujourd'hui, nos rivaux peuvent dire : « Heureusement que la France change de ministère tous les huit mois : sans cela elle serait la première nation du monde. » H n'y a pas très longtemps, je comparais la France aux pays étrangers, — et non seulement aux gouvernements absolus, mais aux gouvernements parlementaires, l'Angleterre, par exemple, où les ministères durent en moyenne cinq fois plus que les nôtres, — et l'on m'interrompait, sur les bancs

des radicaux, pour me dire : « Vous travaillez pour la monarchie ! » — Comme si c'était travailler pour la monarchie que de vouloir améliorer et perfectionner la République I Toujours la même erreur, toujours le môme sophisme, qui consiste à confondre l'incessante mobilité avec le progrès, et la stabilité, — qui est la condition essentielle des réformes, — avec la routine ou la réaction ! (Très bien! très bien!)

Par bonheur, nous avons fait quelque chemin, depuis lors; et il se trouve que l'un de ces radicaux, un des plus autorisés, éclairé par l'épreuve et aussi peut-être par la perle du pouvoir (rires), a tenu naguère le même langage que nous. Voici comment s'exprimait dans un discours récent M. Léon Bourgeois :

« Il est impossible que, dans un grand pays, l'ensemble des études nécessaires à la préparation et à la solution des grands problèmes politiques se poursuive avec suite, si, tous les six mois ou tous les ans, un changement dans la direction de la politique générale vient interrompre les travaux, substituer aux idées en voie de réalisation de nouvelles idées, et jeter ainsi, non seulement dans la besogne parlementaire, mais dans l'esprit du peuple lui-même, un trouble toujours renouvelé. »

Oui, voilà bien noire plaie. C'est ce que nous avons toujours dit. Et c'est même pour cela que nous avons toujours blâmé l'Extrême gauche d'avoir renversé, avec la Droite, dix-sept ministères en seize ans ! (fîires et applaudisseinenti^ répétés.)

Seulement, après avoir clairement indiqué le mal, que nous propose-t-on pour le guérir ? Un vote formel de blâme et de déliance. Ah ! le bon billet ! C'est mal connaître le cœur humain, que de s'imaginer qu une telle formalité suffirait pour arrêter les ambitions, les appétits, et pour fermer la chasse aux portefeuilles ! (Rires.)

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