‹ La République nouvelleChapitre 27 sur 49 · LE VOTE OBLIGATOIRE, ET LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE · texte numérisé non relu

LE VOTE OBLIGATOIRE, ET LA REPRÉSENTATION PROPORTIONNELLE

Mais encore faut-il que ce soit vraiment le suffrage universel qui parle, et non une partie seulement — et la plus faible partie — de la nation.

La représentation nationale devrait être comme un miroir, ou, pour mieux dire, une carte en miniature du pays, et, suivant l'expression de Mirabeau, « une image reproduisant exactement les rapports du tout et des parties ». Est-ce là ce que nous avons?

En 1881, les députés élus ne représentaient que 45 p. d 00 des électeurs, et, en 1885, i'j p. 100: pas la moitié! Et, si je prends ces deux dates, c'est parce

qu'en 1881 nous avions le scrutin d'arrondissement, et en 1885 le scrutin de liste, ce qui I)rouve que la représentation est aussi inexacte avec un mode de scrutin qu'avec l'autre.

Et alors, dans ces assemblées qui ne représentent même pas la moitié du corps électoral, vous prenez une majorité de quelques voix, d'une voix peut-être I — formée sous le coup d'un entraînement passager, d'une impression de séance, que sais-je? — et vous dites : « Voilà la volonté du peuple 1 Voilà le suffrage universel !» Et il faut qu'à l'instant même tout cède, tout plie, tout s'efTace devant cette majorité toute-puissante , et , si quelque influence entre un moment en balance avec celle-là, on s'irrite, on s'indigne, comme d'un attentat à la souveraineté nationale! Quelle illusion, messieurs!

Aussi est-il permis de penser, — j'exprime ici une oi)inion personnelle, car ces idées sont encore peu répandues dans le monde parlementaire, — que deux problèmes, déjà résolus en partie chez un assez grand nombre de peuples, et dont la solution changerait très probablement la face de la soriété, ne tarderont pas à s'imposer à l'attention publique : l'un est le vote obligatoire (Nouveaux applaudissements)] l'autre, la

LA RÉPUBLIQUE NOUVELLE 20u

représentation proportionnelle, que Louis Blanc réclamait déjà en termes admirables. (Applaudissements prolongés.)

Je conçois qu'en présence des difficultés que nous éprouvons à constituer une majorité de gouvernement, on ne songe pas encore à appliquer le principe de la représentation proportionnelle dans les élections politiques ; mais pourquoi ne commencerions-nous pas à l'introduire dans les élections locales? Les difficultés d'exécution sont beaucoup moindres qu'on ne le suppose, et nous ne ferions que suivre l'exemple de la Suisse, de l'Angleterre, de l'Italie, de l'Espagne et de l'Amérique.

Ne nous y trompons pas : là est l'avenir, parce que là sont la justice et la vérité. Et l'on aura peine à comprendre, dans vingt ou trente ans d'ici, que nous ayons pu donner si longtemps à toutes nos institutions politiques et sociales une base si factice et si chancelante I

Page 1